Jeux d’ocres…

le palais Laascaris, Nice, gildalliere, 2016

le palais Lascaris, Nice, gildalliere, 2016


Photo/Gilles Dallière/Palais Lascaris/Nice

Dans ce palais pittoresque, perdu au cœur du vieux-Nice, les dissonantes et âpres notes baroques nous mènent dès l’entrée à l’escalier monumental. Entourés d’arcades de marbre, de trompe l’œil et de statues, les murs aquarellés d’ocre rose répandent un jour mystérieux qui invite à la méditation. Et même si les pierres s’étiolent distillant un charme fugace, c’est un bijou de grand seigneur italien.

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Jeux d’ocres…

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Madame de…

Les moulures d'un salon orienté, gildalliere, Paris,2018

Les moulures d’un salon orienté, gildalliere, Paris,2018


Photo/Gilles Dallière/Richard Alcock/Paris

Au XVIIe siècle, ce qui faisait la différence entre une femme et une précieuse, c’était l’esprit, et que pour porter ce nom, il était absolument nécessaire qu’une personne en ait, ou affecte de paraître en avoir. J’aime l’idée qu’elle pourrait faire salon dans cette pièce aux murs patinés gris perle, encadrés par de fines baguettes d’or. Elle s’allongerait sur cette dormeuse en velours violine, posée là, sur un épais tapis à grandes rosaces. En face, sur la cheminée, deux bergers de Watteau se conteraient fleurette au-dessus d’une pendule rocaille aux côtés de laquelle deux amours bouffis supporteraient une touffe de lis disposée en candélabre. Il y a surtout ce meuble syrien marquetté de nacre qui s’impose. Tout cela est un peu futile, peut-être, mais de bon ton, et l’absence de ces petits riens coûteux qu’on nomme bibelots, prouve que Madame de, est une femme de goût.

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Madame de…

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Le muscle et l’effort…

Terrassier au travail, Alfred Boucher, 1850-1934, le muscle et l'effort, gildalliere, musée Galliera, Paris, été 2020
Photo/Gilles Dallière/Terrassier au travail, Alfred Boucher, 1850-1934, le muscle et l’effort/Musée Galliera/Paris

Un homme nu émerge d’un bloc de marbre sculpté par Alfred Boucher. Une conversation étonnante entre la duchesse de Galliera et le terrassier au travail. Avec son décor nouvellement restauré la coquette est consciente de son élégance citadine devant ce nu idéal, ce corps au travail qui nous convie à rebrousser le temps. On ne reste pas indifférent face à l’homo-érotisme du terrassier. Alfred Boucher met en avant la musculature du corps. Les veines saillantes attirent l’attention sur l’effort fourni, les mollets sont frappants de précision, le sexe est dévoilé, et le visage hiératique semble montrer que rien ne détournera l’homme de sa besogne jusqu’au mouvement de la pelle qui se courbe sous l’effort. À la faveur de sa réouverture le 1er octobre, le palais Galliera, musée de la mode de la ville de Paris, présente la première rétrospective en France d’une couturière hors-normes : Gabrielle Chanel.

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Le muscle et l’effort…

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La belle époque…

Escalier, 1900, 29 boulevard des Batignoles, Paris, gildalliere, 2020

Escalier, 1900, 29 boulevard des Batignoles, Paris, gildalliere, 2020


Photo/Gilles Dallière/Boulevard des Batignolles

C’est sous les larges bords de pierre que la lumière de l’ombre entre en scène. Dans cet escalier du Paris des années folles, je promène mon regard sur les volutes de fer forgé qui voilent la clarté d’un ciel à la poursuite des nuages. Je frôle l’étrange, le paradoxe, l’inquiétant. J’invente des histoires de personnages naviguant dans l’océan des nuances de gris. La ligne est limpide, directe, libre. Elle module les tentions d’une ronde d’iris noirs qui se croisent, se chevauchent, se contredisent pour mieux souligner le style de la belle époque.

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La belle époque…

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La lumière de l’ombre…

Le passage, Villa Domergue, Cannes, gildalliere,  2019

Le passage, Villa Domergue, Cannes, gildalliere, 2019


Photo/Gilles Dallière/Cannes

J’ai secrètement pressé la télécommande de la vie sur pause. Le temps s’est arrêté. Dans ce monde devenu tout à coup immobile, j’ai vu l’essence de la beauté. La lumière offre ses mains tendues. Elle glisse sans fin le long des parois éternelles. Elle est là, devant moi, fragile. Elle éclabousse les blancs pilastres qui soutiennent la petite ombre qui me dépasse. La contempler ainsi, dans sa nudité, assouvit un désir de sacré qui, dans le même temps, se révèle inextinguible.

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La lumière de l’ombre…

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À fleur de peau…

La lumière de l'ombre, Cathédrale, Antibes, gildalliere, 2018

La lumière de l’ombre, Cathédrale, Antibes, gildalliere, 2018


Photo/Gilles Dallière/Antibes

Devant mon objectif, il y a le silence. Le silence d’une cathédrale qui ne déborde pas d’ors ni de stucs. Dans cette pénombre, je ressens une timidité semblable à celle qu’inspirent les cultes inconnus. Je me pose, j’écoute, je prends de la distance, j’observe, je m’inscris exactement dans le champ du baptistère à la limite de la ligne de démarcation entre l’ombre et la lumière. Face à moi cohabitent la gloire et l’humilité, le sublime et le dérisoire : la vie.

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À fleur de peau…

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Dieu seul le sait…

Église Notre Dame du Port, Nice, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière/Nice

Notre Dame du Port laisse sa trace dans le paysage architectural de Nice. Dieu seul le sait ; elle est belle comme l’antique. Un seul trait sur l’azur du ciel et le fond outremer du bassin Lympia. Un fronton, un portique et des vagues de chapiteaux, de colonnes, de frises, de rinceaux et de festons, cadrent la perspective s’inspirant du style palladien. Les courbes sont abandonnées. Le clou du spectacle : une façade élancée dont l’ornementation est empruntée au vocabulaire néoclassique. Elle a su épouser la révolution, illustrer le Directoire et le Consulat et offrir son décor à l’Empire. Du bout de la digue, dans l’étroitesse du bassin, il y a de l’immensité.

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Dieu seul le sait…

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La pose…

Castro nu masculin exposition, Folegandros, gildalliere, 2006
Photo/Gilles Dallière/L’atelier/Folegandros/Grèce

Il y a des jours comme ça où il y a un homme, nu, immobile, figé. Dehors, le ciel est immense, si vivant. À l’intérieur, dans une atmosphère silencieuse, méditative et feutrée, la nudité donne de la puissance. Sans un murmure il offre l’indicible perfection de ses muscles, de son sexe, aux crayons, aux fusains, aux pinceaux et pastels. Il bouge le moins possible et il y a si peu de vie entre l’homme et l’artiste que le moindre écart peut tout faire basculer. La pose terminée, le jeune homme s’étire, se dégourdit, regarde ma peinture, se réjouit, s’élance et disparaît. Voilà. Le manque s’efface, s’écarte, s’éteint et l’air se met à circuler.

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La pose…

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L’air sombre…

Monastère des Hiéronymites, Lisbonne, Portugal, gildalliere, 2007
Photo/Gilles Dallière/monastère des Hieronymites/Lisbonne/Portugal

Au coucher du soleil, l’air s’ombrage de lumière pâle et la beauté se passe de tout accessoire. La lumière indirecte et diffuse est le facteur essentiel de cette beauté. Et pour que cette lumière épuisée imprègne à fond les murs, il faut la laisser se cramponner à la surface de la pierre crépusculaire. Cela vaut tous les ornements du monde.

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L’air sombre…

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Un monde révolu ?

La plage, Massimo Vitali, Trouville, gildallière, 2017
Photo/Gilles Dallière/Trouville sur mer

Je suis là depuis un moment à regarder la plage déserte. La vue est comme un décor de théâtre, deux caps délimitent l’anse et ferment la plage de sable blond. Le soleil emmagasiné dans la fenêtre du salon se reflète sur celle bondée de la photo de Massimo Vitali. Un monde qui, aujourd’hui, devrait être révolu. Doit-on se perdre dans cette foule ? Ne plus savoir où l’on est ? Se retrouver bloqué dans une image et s’agacer ? Ne plus trouver son chemin et se désespérer ? Non, le voyage mérite d’être réfléchi. Il doit être une expérience rare, particulière, de la pensée et du corps.

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Un monde révolu ?

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