Les emmarchements de l’histoire…

Escalier de l’hôtel de Sandreville, 26 rue des Francs Bourgeois, Paris, gildalliere, 2020

En plein cœur du Marais, l’architecture classique joue un rôle essentiel. Recherche de la profondeur, succession de plans, recul pris par rapport au rez-de-chaussée, le cadrage de l’escalier de l’hôtel de Sandreville occupe tout l’espace. Le sens des pleins et des vides est dominé par la maîtrise de la perspective. Le sens des volumes et le jeu des emmarchements traduisent un emboîtement de formes ou la rigueur domine, accentuée par les jeux de lumière et d’ombre et même le léger balancement de la lanterne suspendue. La rampe est plongée dans l’obscurité pour que l’œil se concentre sur la vue de la cour intérieure, baignée de lumière. 

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Les emmarchements de l’histoire…

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La liberté de l’ornement…

Le petit bureau, où salon anglais, musée Nissim de Camondo, Paris, gildallière, 2020

Le petit bureau aux murs tendus de soie cramoisie est aménagé avec raffinement. Moïse de Camondo redresse toutes les idées fausses sur un style où la discipline n’est pas moins importante que l’imagination, où la pensée du tout prime sur la liberté de l’ornement, où la soumission à la règle compte plus que le caprice de la fantaisie. Ici, l’exceptionnel ensemble d’esquisses montrant divers épisodes des chasses du roi Louis XV, voisine avec des Guardi. Une série de médaillons de terre cuite par Jean-Baptiste Nini représentant les profils de personnalités du XVIIIe siècle constitue une saisissante galerie de portraits. Le baroque souvent jugé comme une explosion désordonnée d’extravagances est au contraire l’art qui exige le contrôle le plus stricte. Malheureusement il va falloir patienter au moins trois semaines encore pour visiter un musée.

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La liberté de l’ornement…

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Les courbes du temps…

MAD, musée des Arts Décoratifs, escalier, Paris, gildalliere, 2020

Bye bye 2020 et welcome 2021, mais en même temps rien a changé. Et que dire de la culture ? Que dire des courbes de la nouvelle architecture du Musée des Arts Décoratifs : le MAD ?
Dans cet espace vidé de ses visiteurs, il se dégage une puissance tellurique venue d’ailleurs. Cette écriture linéaire, précise, minimale, fluide, radicale, aérienne, montre la nostalgie d’un futur qui appartient au passé, comme un temple moderniste fossilisé dans un avenir utopique qui n’a pas eu lieu. Un décor à échelle réelle, où la fiction se mélange à la réalité. La beauté brutaliste de ce ruban de béton, atterri au milieu de nulle part, est aujourd’hui gelé par la pandémie. Pour combien de temps encore ?

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Les courbes du temps…

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Ablutions…

Le ghat du maharaja de Varanasi, Inde, gildalliere, 2008

Loin des infobésités de notre monde, je regarde le fleuve sacré charrier ses flots sous un ciel lointain. Son courant indifférent file en bordure des pensées foisonnantes de mes jours et de mes nuits. Au pied des marches, l’eau s’éclaircit. Le sable se voit au fond, et la pâleur des fastes épuisés des ghâts du palais du maharaja ne la trouble guère. Le matin est arrêté, interdit, et le ciel blafard semble fermer les yeux sur les ablutions silencieuses des indiens.

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Ablutions…

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Le marbre attendri de Flore…

Flore, Antoine André, 1676, jardin des Tuileries, Paris, 2020

Que cette femme est jeune et belle ! Comme elle est grande dame en même temps que déesse. Le vent est tombé, les feuilles ne se balancent plus et restent en équilibre sur les branches chargées de soleil couchant, taillées en marquise. La copie de Flore, de la collection Farnèse, sculptée par Antoine André en 1676 s’est avancée jusqu’à l’extrême bord de l’image. Jamais sculpteurs grecs ou romains ne possèdent à ce degré l’art de tailler et d’attendrir le marbre. Dans la lumière ocre de la façade de l’Orangerie, sur fond d’automne confiné, elle nous toise depuis 1798 au jardin des Tuileries. Sa toge ouverte sur la chair blanche de ses cuisses devient noire à l’endroit d’une fente cachée.

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Le marbre attendri de Flore…

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Luxes…

Vase des arts, bronze patiné, argenté et doré d’Albert-Ernest Carrier-Belleuse, Gustave-Joseph Chéret, Léon Mallet pour Christofle & Cie,Paris, musée des Arts décoratifs, gildalliere, 2020

Ici, je ne vous montre que l’ombre de ce grand vase des arts, il est confiné dans la mise en scène millimétrée de l’exposition LUXES au MAD. Exécuté par les sculpteurs Albert-Ernest Carrier-Belleuse et Gustave-Joseph Chéret pour la maison d’orfèvrerie Christofle, il bouscule les repères de la décoration en jouant sur l’ornement. Il fut présenté en 1878 à l’Exposition universelle de Paris puis en 1883 à l’Exposition internationale coloniale d’Amsterdam. Minerve, la déesse des métiers, porte haut les palmes de la victoire. Quatre anses sur lesquelles s’appuient des putti munis des symboles des arts libéraux encadrent une frise de feuilles de chêne et de lauriers, frappés des masques de la gorgone supportés par des chouettes aux ailes déployées. Que du luxe…

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Luxes…

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Dieu ?

Le dôme de la basilique du Sacré Coeur, Montmartre, Paris, gildalliere, 2020

Je me demande souvent où vous êtes ?
C’est à dire, je sais que vous êtes là, mais où exactement ?
Je cherche à vous photographier. Certes, vous êtes invisible mais si vous êtes dans cette basilique, comment pouvez-vous me voir, et à quoi je ressemble à vos yeux ?
Et à quoi ressemblez-vous ?
Comme l’air, vous êtes partout, mais il est terriblement difficile de vous photographier, de même qu’il est très difficile, voire impossible de photographier la mort. Mais parce que je suis un homme curieux, j’essaie de le faire. J’y suis presque arrivé une fois et je continue d’essayer.

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Dieu ?

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J’automne…

36 rue Saint Vincent, Montmartre, Paris, gildalliere, 2020

Je reste dans mon périmètre : Montmartre, 36 rue Saint-Vincent. Ma conversation, face au confinement se fait progressivement. Je me tourne vers un univers plus poétique. Je m’attache à la symbolique, à la réalité immédiatement perceptible. Ici, j’automne. J’invente un verbe, une histoire de couleurs qui se fanent. Je me sens petit et floué devant ces volets clos et je me dis que je n’aime pas les choses qui s’en vont. Ni même qu’on me quitte. Alors je guette ce que je n’ai pas prévu, je sens la saison basculer, un ralentissement s’opère, le monde vert lentement se défigure, une certaine mélancolie s’installe et j’espère le hasard. 

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Le jardin des Tuileries…

Pause au jardin des tuileries, Paris, gildalliere, 2020

Comment ne pas évoquer ma passion des saisons. L’automne plus qu’une autre peut-être. Un jardin est beau que s’il est regardé. Celui-ci est comme un paradis et je le parcours toujours comme la dépendance du musée du Louvre. Entre les marbres blancs et les moulages classiques, la force en marche des fils de Caïn de Paul Landowski, la sensualité d’Apollon et Jeannette de Paul Belmondo, Le Baiser, Eve, La Méditation, L’ombre d’Auguste Rodin, sans oublier la sculpture moderne avec Henry Moore, Germaine Richier, Raymond Mason, Jean Dubuffet, Erik Dietman, Roy Lichtenstein, et l’extraordinaire Louise Bourgeois, tant de sculptures y habitent. Malgré son tracé à la française, la nature reste première et entière. Ce qui est beau en automne, c’est le désordre des feuilles mortes. Il trouble l’ordonnance millimétrée des parterres de dahlias, chrysanthèmes, cosmos, rudbeckias, tous mélangés à des graminées qui s’affolent et chavirent.

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Le jardin des Tuileries…

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Tu es étrange…

Le buste du docteur Pitchal, cimetière de Montmartre, Paris, gildalliere, 2020

Dans la chanson « Romantica »,Dalila chante « tu es étrange, tu n’en laisses rien paraître, et nul ne peut te connaître. Tu es étrange, jamais tes yeux ne s’enflamment, mais j’ai deviné ton âme. Est-ce la ton secret, mais je le reconnais, tous mes rêves sont fait à ton image c’est vrai … »
À travers les mailles de toutes ces trames successives, il y a de temps en temps d’étranges insufflations, ou infiltrations, et tout à coup, on dirait que le corps débarque pour quelques secondes dans un monde où toutes les lois semblent s’effriter. Où toutes ces choses qui semblaient si implacables, tout à coup, étaient dissoutes dans ce regard concave qui nous poursuit. Quelque chose de plus fort que la loi de la maladie ou de la mort, pour qui tout cela est une illusion. Au cimetière de Montmartre, cette sculpture étrange, ce regard qui fait face à la tombe de Dalida, c’est celui du docteur Guy Pitchal, son psychologue.

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Tu es étrange…

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