Les marques de la vie

La vieillesse, Bahia, gildalliere, 2012
Photo/Gilles Dallière

Comme cette femme est belle. Elle me regarde derrière le voile de ses yeux et me sourit. Je détaille ses mains desséchées par la vie. Depuis sa naissance elles lui ont permis d’éviter de tomber lorsqu’elle était enfant, elles ont porté la nourriture à sa bouche et lui ont permis de s’habiller. Petite fille, sa mère lui a montré comment les joindre pour prier Dieu. Elles ont embrassé un mari et essuyé ses larmes quand il est parti. Elles ont été sales, coupées, rugueuses et enflées, maladroites à tenir son enfant et plus ouvertes à ses petits enfants. Elles ont tremblé quand elle a enterré l’homme de sa vie. Elles ont couvert son visage, peigné ses cheveux et lavé son corps. Elles ont été collantes et humides, sèches et rugueuses. Ces mains portent la marque de ce qu’elle a fait et des accidents de la vie, mais le plus important est que ce seront ces mêmes mains que Dieu attrapera pour l’amener avec lui dans son paradis.

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Les marques de la vie

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Contre jour

Ombre chinoise, Bahia, gildalliere, 2002
Photo/Gilles Dallière

Une drôle de ronde se forme sur la plage de Vermelho. L’air y est tiède et humide. Un couple silencieux s’enlace au rythme chaloupé de la Samba. L’océan glisse derrière eux, puissant et opaque. Le noir de leur peau, pailleté de sueur, est lisse et lustré. Sous la caresse de ses yeux elle est entrée dans mon champ de vision, nette et élégante. Dans les nuages, ses tresses répandent de la lumière. Brûlante de désir, une paire de bras à son cou, elle se laisse aller. Son bikini collé au corps moule la rondeur de ses seins aux mamelons dressés. La chaleur monte au ventre, un souffle humide charrie l’odeur salé de l’océan, elle se colle aux battements de son cœur, à son sexe bandé, la tête étourdie par ses propres tourbillons. Ce n’est qu’un jeu de lumière qui seul donne de l’épaisseur au contre jour qui me coupe le souffle.

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Contre jour

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La cité de Dieu

Pose Sao Luis, brasil, gildalliere, 2002
Photo/Gilles Dallière

Assis dans la rue, tu es entouré d’éléments qui ne te comprennent pas. Tu inventories la géographie lourde de ton corps engourdi de fatigue. Dans la cité de Dieu même l’air libre a besoin de changer d’air. Tu t’écoutes vivre au ralenti avant d’ouvrir les paupières. La bière te monte à la tête et tu es persuadé que Dieu t’as oublié. Le sommeil adhère encore à toi comme une glu qui tarde à se dissoudre. Le temps s’ouvre devant toi, sans perspective que de rester assis dans la pénombre de la rue. Ta maison derrière toi ne s’écroulera pas tant qu’il y a de la joie en elle, mais elle s’écroule et s’écroulera toujours s’il n’y a pas de joie.

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La cité de Dieu

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Le temps qui passe

Pelourinho, Bahia, gildalliere, 2012.
Photo/Gilles Dallière

Plaqué contre le mur, il y a comme un je ne sais quoi tout près de dégringoler dans cet extérieur décrépi. Il est tôt, la fraîcheur de la nuit s’attarde sur le Pelourinho et je devine la senteur iodée de l’océan. Un léger brouillard d’émotion se dresse au fond de moi. Ici, il n’y a plus de filles et de garçons à baiser. Il y a la brique qui se désintègre, la patine jaune qui bégaie la mort, le bois qui craque et le carrelage qui transpire les senteurs de soufre d’une nuit arrosée… À l’époque c’était un bar. De la terrasse enflammée de néons pourpres, la vie s’est doucement retirée et il ne reste plus que des images glacées peuplées de personnages qui ne parlent plus.

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La croix couchée

croix de salvador de bahia, gildaliere, Brésil, 2012
Photo/Gilles Dallière

J’ai de la pluie dans les yeux, mais déjà je la vois au dessus des nuages ou le ciel est toujours bleu. J’ai patauger dans l’ordure, grimpé sur le muret et sauté dans le vide pour m’installer dans l’arbre patiné par la brume du matin. Je vois enfin scintiller ses bras en croix. Je ne pouvais pas m’empêcher de mettre sa géométrie au cœur de mon cadre. La « Cruz Caida » est comme une apparition, une immense réalité que je veux voir flotter tout au dessus des nuages. Sous son acier, dans la lumière grise de l’automne, il y a un homme presque nu qui semble déjà parti à la dérive d’un voyage sans issue.

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La croix couchée

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La perspective de l’épure

Perspective des Invalides, Paris, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

J’ai été tenté de faire de la construction de l’épure perspective un exercice spirituel. La lumière du couchant souligne les ambitions esthétiques de l’Hôtel des Invalides et m’invite à franchir le seuil d’un espace sensitif cadré aux limites du vertige. Le soleil projette l’ombre de l’architecture sur les surfaces réfléchissantes des cellules qui permettent de révéler l’instabilité de ma perception du temps et de l’espace. Que la perspective pose la question de l’infini, du point fixe, du crédit à accorder aux apparences, quelle soit un modèle d’appréhension du réel sont des faits entendus. Ici il y a de la brillance, de la légèreté, de la transparence, du rythme, de la fluidité et de l’équilibre.

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La mesure de la théâtralité

Grand escalier de l'hôtel des Invalides, Paris, gildallière, 2018
Photo/Gilles Dallière

J’ai pris pension à l’Hôtel des Invalides. Un esprit de grandeur souffle sur cet escalier. Il est sage et mesuré. Sa théâtralité se révèle dans une harmonie exceptionnelle entre la pierre et le fer forgé. Une alchimie presque sacrée présentant le pouvoir mystique de la lumière sur la pierre et des ombres effilées sur les marches. C’est un lieu de passage symbolique d’une grande pureté, exprimant à la fois de manière grandiose la puissance du bâtiment et le vœu de silence qui s’y impose.

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La mesure de la théâtralité

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