Dans la salle à manger du palais Querini Stampalia, trois figurines semblent avoir suspendu le temps. Elles demeurent là, dans la pénombre, entre le marbre rose et les murs fatigués, comme si le dernier repas venait de s’achever. La lumière glisse sur leurs corps immobiles. À Venise, même le silence a des souvenirs. @gillesdalliere
Vénitiens qui nous racontez votre orgueil et votre faste comme si vous n’en étiez plus vous-mêmes persuadés, je vous aime. Dans vos décors de reclus intemporels, vos postures nous disent la force de votre attachement et la crainte du dernier déluge. Plus encore que vos palais, vous nous invitez à explorer le sens du tragique pour approfondir les résonnances qu’il trouve en nous. #venise#palazzoquerinistampalia@gillesdalliere
Installé dans ce grand palais gothique délabré et magnifique, Mariano Fortuny a fait de sa demeure un laboratoire d’alchimie artistique. Entre ses célèbres tissus plissés inspirés de la Grèce antique, ses jeux de dômes lumineux pour la scène et ses velours peints, le lieu suspend le temps. Le palais n’est pas seulement un contenant : il participe de l’œuvre elle-même, unissant l’Orient et l’Occident au cœur d’une Venise intime, mystérieuse et lointaine. @gillesdalliere
Fujiko Nakaya travaille depuis plus de cinquante ans avec ses « sculptures de brouillard ». Elle ne cherche pas à le représenter, mais à produire une matière instable qui dépend de l’air, de la température, de l’humidité et des mouvements des visiteurs. À la Bourse de Commerce – Pinault Collection, elle confronte cette matière insaisissable au béton de Tadao Ando. Le véritable sujet est finalement ce que l’on croit voir. Et là, son travail devient presque philosophique. Ici, les corps disparaissent. Il ne reste bientôt que des présences, quelques gestes, une conversation, puis plus rien. @gillesdalliere@boursedecommerce
À la Bourse de Commerce – Pinault Collection, au centre de la rotonde, dans la brume de Fujiko Nakaya, sculpture de brouillard, intitulée « Cloud #07156 », les corps disparaissent, les silhouettes flottent, et il cherche son visage. @gillesdalliere@boursedecommerce
Toute foule finit par disparaître. Il suffit parfois d’un peu de brouillard, parfois d’un peu de mémoire. Alors ne reste que ce jeune homme dont la superposition des vêtements et l’élégance résiste au tumulte. Le reste s’efface. À la Bourse de Commerce – Pinault Collection, au centre de la rotonde, Fujiko Nakaya ne sculpte pas le nuage. Elle révèle cet instant où le silence reprend possession du monde. @gillesdalliere@boursedecommerce
Il y a des lieux qui ne demandent pas qu’on les traverse, mais qu’on les regarde. La galerie du musée Bonnat-Helleu déploie ses arches, ses colonnes et ses dentelles de fonte avec la rigueur tranquille de ceux qui savent que la beauté tient autant à l’équilibre qu’à l’ornement. Au centre, Aurèle ne photographie pas un tableau. Elle photographie ce qui les relie tous : l’espace. Son téléphone devient une petite fenêtre ouverte dans une fenêtre plus vaste. Regarder pour retenir. Cadrer pour comprendre. L’architecture devient sujet, et pendant un instant, la pierre, le fer et la lumière semblent respirer d’un même souffle. Peut-être est-ce cela, finalement, la photographie : l’art discret de révéler que certains lieux nous observent autant que nous les regardons. @gillesdalliere@aurele_duhart @museebonnathelleu
Au musée Bonnat-Helleu, BLP & associés semblent avoir choisi de ne pas construire autour de l’art, mais de construire pour le regard. La pierre, les murs, les ouvertures, les ombres et la lumière composent une architecture qui s’efface juste assez pour laisser les œuvres prendre leur place. Ici, un corps de marbre apparaît dans l’encadrement d’une ouverture, comme une apparition. La lumière glisse sur la pierre et découpe le fragment dans l’obscurité, et l’architecture disparaît. Il ne reste que l’œuvre d’art. @gillesdalliere@museebonnathelleu@blpassocies
Au musée Bonnat-Helleu de Bayonne, l’art semble se laisser contempler dans une nouvelle sérénité. Dans l’histoire de la peinture, Job apparaît souvent dans un dénuement absolu, seul, décharné, presque réduit à son propre corps. Léon Bonnat le représente ainsi, dans une nudité qui n’a rien d’érotique, mais tout du supplice. Le vieil homme semble s’être abandonné tout entier à l’Éternel, comme si, ayant tout perdu, il ne lui restait plus que cette attente. Une lumière presque surnaturelle tombe sur lui. Elle semble le traverser, le surexposer, comme si Dieu lui-même venait de paraître dans cette clarté. Peut-être sommes-nous à cet instant du Livre de Job où, après le silence et l’épreuve, Dieu s’adresse enfin à son serviteur. Bonnat, peintre du réel jusqu’à l’hyperréalisme, ne cherche rien à épargner au regard. Le corps vieilli, amaigri, meurtri, occupe presque toute la composition. Chaque os semble affleurer sous la peau, chaque pli raconte la souffrance. Et pourtant, dans cette chair si fragile, quelque chose demeure : une présence, une dignité. Job n’est plus seulement le supplicié. Dans la lumière qui l’enveloppe, il devient presque une apparition. @gillesdalliere @museebonnathelleu
Elles se tiennent côte à côte depuis si longtemps qu’on les croit nées d’un même rêve. Pourtant, le temps a laissé sur chacune une empreinte différente : une teinte plus douce, un bois plus sombre, une fenêtre entrouverte comme un souffle. À Trouville, les jumelles se répondent, avec cette élégance discrète que seuls les embruns et les années savent offrir. @gillesdalliere