Couleur rubis…

Le bouddha rouge, Bagan, Birmanie, Myanmar, gildalliere, 2005

Se perdre dans une pagode birmane, c’est se perdre vraiment, ne plus du tout savoir où l’on est, se retrouver bloqué par un mur et s’agacer, ne plus retrouver son chemin et se désespérer. Heureusement il y a la lumière. Au bout de la nuit, il est là, assis en lotus, la main droite posée au sol, la main gauche, paume vers le ciel, contre son abdomen. Les épaules tombent naturellement, comme effacées et rejetées en arrière. La pointe de la langue touche le palais. Sous sa couronne d’or, son regard se pose de lui-même à environ un mètre de distance. Il est en fait porté vers l’intérieur. Les yeux, mis-clos, ne regardent rien, même si, intuitivement, il voit tout.

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Couleur rubis…

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Le rituel…

Méditation, femme moine, Swedagon, Yangon, Birmanie, gildalliere, 2005

En Birmanie, il y a du matin au soir, autour des temples, la vénération rituelle. On dénigre beaucoup le rituel de nos jours, en particulier les gens les plus intelligents, je devrais peut-être dire les plus intellectuels. Mais c’est une façon d’élever le niveau de conscience et qui a fait ses preuves. Le seul fait d’offrir quelques fleurs ou d’allumer une bougie en face d’une statue ou d’une image modifie mon esprit, et je suis parfois surpris de voir l’étendue du changement. Je peux lire beaucoup de livres sur la vie spirituelle, je peux même avoir essayé de méditer, et peut-être réussi, mais je trouve que le simple accomplissement d’une action rituelle symbolique quand elle est chargée de sens, m’aide beaucoup.

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Le rituel…

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Le marché Bogoyke Aung San…

Le marché Bogyoke Aung San, Yangon, Birmanie, gildalliere, 2005

Le marché Bogoyke Aung San, construit par les britanniques en 1926, est connu pour son architecture coloniale et ses ruelles intérieures pavées. Toutes les modes les plus sensationnelles d’Asie s’y étalent. Des femmes kachins sont vêtues de sarraus chinois, une spirale argentée en borde l’encolure avec élégance. Des palaungs enturbannées mâchent le bétel à longueur de journée jusqu’à se marquer les dents et les lèvres de traces indélébiles. Les taungthus sont habillées de chemises vagues bleues indigo. Les shans minces ont un genre plus recherché et dans la foule disparate du marché, elles font figure de grandes bourgeoises. Leurs grands chapeaux champignons les dérobent aux regards jusqu’au moment où elles lèvent les yeux, alors on contemple parfois un visage d’une beauté inouïe. Derrière leurs étalages, de jeunes femmes regardent leurs clients avec l’expression distante et hautaine qu’ont les vendeuses dans les commerces de luxe. Shan, Môn, Karen, Kachin, Chin, Rakhaing, avec huit ethnies nationales et soixante-sept sous-groupes, la Birmanie est une véritable mosaïque ethnique, dont le séjour dans le triangle d’or donne un aperçu immédiat et assez déroutant. Car si les Was ne coupent plus les têtes, les Akhas qu’on rencontre au marché de Kengtung portent toujours leurs coiffes ornées de piastres indochinoises frappées de la mention « République française – 1928 ». Une joie pour les nostalgiques.

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Le marché Bogoyke Aung San…

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L’éveil…

Bouddha du temple de Htilominlo, Bagan, Birmanie, Myanmar, gildalliere, 2005

Dans le temple de Htilominlo, le dernier des grands temples bouddhiques de Bagan, édifié entre 1211 et 1218 par le roi Nantaungmya pour commémorer le fait qu’un parasol, symbole du pouvoir, se serait incliné devant lui au cours de son intronisation, plus haut encore, juste sous le dernier étage à quarante-six mètres de haut, il y a quatre bouddhas, quatre recueillements immatériels. Des êtres dépourvus de corps dont la durée de vie est si vertigineuse qu’on se croit tout petit. Je me laisse envahir par la paix quand le soleil darde ses premiers rayons. Je me sens heureux. J’ai compris qu’aucun rite, aucun sacrifice, aucune cérémonie, aucune prière ne remplacera l’effort personnel.

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L’éveil…

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À la recherche de l’éveil…

Les couloirs du temple Dhammayangyi, Bagan, Birmanie, Myanmar, gildalliere, 2005

Après avoir traversé un dédale de couloirs, les portes s’ouvrent sur une salle de dix mètres de haut qui s’étend devant moi sur plus d’une trentaine de mètres. À l’extrémité trône une statue colossale recouverte de feuille d’or. La tête est éclairée par les rayons du soleil à travers une unique fenêtre, et l’expression du visage est débonnaire. La paume du bouddha se tend vers moi dans un geste d’indulgente admonestation comme pour m’inviter à ne pas aller plus loin. J’ai balayé les murs de mon regard et découvert seize niches dans les ombres desquelles se dressent des statues. Je me sentis envahi par une émotion que je réprimais aussitôt avant de me rapprocher de plus près d’une des statues. Je ne veux pas laisser aux bouddhas la moindre occasion de bouger ou de s’adresser à moi.

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À la recherche de l’éveil…

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Côte à côte…

La cérémonie des nat, Bagan, Birmanie, Myanmar, bouddhisme, temple, gildalliere, 2005

Il est vrai que jadis, avant 1167, furent en cette ville deux riches et puissants rois : Alaungsithu et son fils Narathu. Quand ils vinrent à mourir, on fît édifier le plus grand temple bouddhique de Bagan. Resté inachevé, le Dhammayangyi fut l’objet de beaucoup de soins : ses briques furent frottées les unes contre les autres, afin qu’aucun interstice ne fut visible, et collées par un enduit végétal d’une extrême solidité. Ce que fît faire le fils pour sa grandeur et pour son âme afin qu’on eût souvenance de lui après sa mort, c’est l’unique représentation de ces deux bouddhas à tête d’or. Siddhārtha Gautama, le bouddha éveillé, et Maitreya, le bouddha de l’amour et de la bienveillance, assis côte à côte, ils rehaussent le bien-être du monde et l’orientent vers l’éveil. Et quand le soleil les atteint, une grande lueur en rayonne.

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Côte à côte…

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L’or birman...

Temple, Bouddha, Bagan, Birmanie, Myanmar, gildalliere, 2005

Le Bedin-Saya, qui interprète les rêves dans les coins ombragés des marchés aux odeurs aromatiques, m’a raconté une légende selon laquelle le soleil qui se lève en Birmanie n’est pas le même que celui qui se lève dans le reste du monde. Il lui suffit de regarder le ciel pour le savoir. De voir comme il inonde les rues, s’immisçant dans les fissures et les ombres des temples, anéantissant les perspectives, les textures et l’or recouvrant les Bouddhas. De voir comme il brûle, scintille, s’embrase, et le bord de l’horizon est comme un daguerréotype qui prend feu, surexposé, avec les bords qui se recroquevillent. Comme il liquéfie le ciel, les banians, l’air épais, son propre souffle, sa gorge, son sang. Comme les mirages s’approchent pour lui tordre les mains du fin fond des routes lointaines.

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l’or birman…

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Le chemin…

Le passage, Birmanie, Myanmar, gildalliere, 2006

Tous les mondes, quels qu’ils soient, après une période de grande paix et de stabilité, finissent par être détruits par les vents qui soufflent sur les quatre continents et les quatre-vingt mille îles de la mer ; tous les mondes, quels qu’ils soient, après une période de grande paix et de stabilité, finissent par être détruits par l’eau de la mer qui monte et noie peu à peu, sous l’effet de la houle, les étages du monde ; tous les mondes, quels qu’ils soient, après une grande période de stabilité et de paix, sont détruits par le cataclysme du feu dont les flammes sont attisées par le vent. Après leur destruction, les mondes se recréent avant d’être à nouveau détruits, et ainsi de suite. Celui qui réussit à atteindre le nirvāna sort de ce cycle de destructions et de créations. Au Myanmar, le bouddhisme redresse ce qui est courbé ; dévoile ce qui est caché ; montre le chemin aux égarés.

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Le chemin…

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Vertigo…

L’escalier, atelier de Karel Aubroeck, Belgique, gildalliere, 2011


Il se trouve que les degrés, conduisant d’un étage à un autre, peuvent mener conjointement d’un état à un autre…

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Vertigo…

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La conversation …

La chambre de Marc Massa et Roger Liekens, Tamise, Belgique, 2011

Il pleut sans cesse en Belgique. Cette inondation continuelle a un effet étrange sur les habitants : ils aiment la couleur. Dans l’ancien atelier du sculpteur Karel Aubroeck chaque mur a été peint d’une couleur vive, traité comme une scène en soi. Ce sont les tableaux qui tout d’abord s’imposent à moi sur fond criard, s’additionnant pour former une conversation. À la vérité, ces nus académiques me somment de faire un lien entre eux. Dans mon élan, je leur ajoute de la perspective, moi qui regarde toujours les choses en face, je me mets en mode profondeur de champs. Je deviens l’intercesseur entre l’exposition et le spectateur, qui me prie instamment de laisser ici, comme un vestiaire, l’accoutrement des visites habituelles. Cette tentation de la narration, que les expositions d’ordinaire s’interdisent , je la devine m’attendre dès le seuil de chaque salle franchie, dans le parcours à venir.

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La conversation…

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