De l’air…

Graffitis, Barriol & Dalliere, Andrézieux-Bouthéon, gildalliere, 2012

Un matin, j’ai glissé à l’intérieur du vide des usines Barriol & Dalliere. Dans cet étrange intervalle, je restais immobile devant ces murs, captivé par la beauté de l’architecture ouvrière, par une soudaine perspective, où les formes et les couleurs vous sourient. Et puis il y avait le dessin de cette tête étrange, homme, femme. Une sorte d’épouvantail, cancrelat de sortilège, poisson-sorcier. Il y avait du vaudou dans l’air. Du coup, cette tête prenait l’aspect menaçant d’un rite. Elle m’a jeté un sort.

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De l’air…

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Le marbre attendri de Flore…

Flore, Antoine André, 1676, jardin des Tuileries, Paris, 2020

Que cette femme est jeune et belle ! Comme elle est grande dame en même temps que déesse. Le vent est tombé, les feuilles ne se balancent plus et restent en équilibre sur les branches chargées de soleil couchant, taillées en marquise. La copie de Flore, de la collection Farnèse, sculptée par Antoine André en 1676 s’est avancée jusqu’à l’extrême bord de l’image. Jamais sculpteurs grecs ou romains ne possèdent à ce degré l’art de tailler et d’attendrir le marbre. Dans la lumière ocre de la façade de l’Orangerie, sur fond d’automne confiné, elle nous toise depuis 1798 au jardin des Tuileries. Sa toge ouverte sur la chair blanche de ses cuisses devient noire à l’endroit d’une fente cachée.

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Le marbre attendri de Flore…

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Luxes…

Vase des arts, bronze patiné, argenté et doré d’Albert-Ernest Carrier-Belleuse, Gustave-Joseph Chéret, Léon Mallet pour Christofle & Cie,Paris, musée des Arts décoratifs, gildalliere, 2020

Ici, je ne vous montre que l’ombre de ce grand vase des arts, il est confiné dans la mise en scène millimétrée de l’exposition LUXES au MAD. Exécuté par les sculpteurs Albert-Ernest Carrier-Belleuse et Gustave-Joseph Chéret pour la maison d’orfèvrerie Christofle, il bouscule les repères de la décoration en jouant sur l’ornement. Il fut présenté en 1878 à l’Exposition universelle de Paris puis en 1883 à l’Exposition internationale coloniale d’Amsterdam. Minerve, la déesse des métiers, porte haut les palmes de la victoire. Quatre anses sur lesquelles s’appuient des putti munis des symboles des arts libéraux encadrent une frise de feuilles de chêne et de lauriers, frappés des masques de la gorgone supportés par des chouettes aux ailes déployées. Que du luxe…

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Luxes…

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Dieu ?

Le dôme de la basilique du Sacré Coeur, Montmartre, Paris, gildalliere, 2020

Je me demande souvent où vous êtes ?
C’est à dire, je sais que vous êtes là, mais où exactement ?
Je cherche à vous photographier. Certes, vous êtes invisible mais si vous êtes dans cette basilique, comment pouvez-vous me voir, et à quoi je ressemble à vos yeux ?
Et à quoi ressemblez-vous ?
Comme l’air, vous êtes partout, mais il est terriblement difficile de vous photographier, de même qu’il est très difficile, voire impossible de photographier la mort. Mais parce que je suis un homme curieux, j’essaie de le faire. J’y suis presque arrivé une fois et je continue d’essayer.

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Dieu ?

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Le Sacré Coeur de Paris…

Le dôme de la basilique du Sacré Coeur, Montmartre, Paris, gildalliere, 2020

Alexandre Legentil et Hubert Rohault de Fleury, expriment publiquement ce qu’ils nomment un vœu national : la construction à Paris d’une église consacrée au cœur du Christ. Dans l’esprit des deux hommes, les attaques menées contre la religion au cours du dernier siècle, depuis la révolution de 1789 jusqu’à la Commune de Paris en 1871, la défaite contre l’ennemi d’outre-Rhin, le terrible siège de la capitale sont interprétés comme une punition céleste, et il convient de faire œuvre de piété pour obtenir le pardon divin. La basilique sera achevée le 16 octobre 1919. Sa vocation est la prière d’intercession : le Corps du Christ est adoré sans interruption dans le Saint-Sacrement, pour l’église et pour le monde. En l’apercevant, chacun peut se dire : ici, le seigneur est présent. Ici, quelqu’un prie pour moi.

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Le Sacré Coeur de Paris…

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J’automne…

36 rue Saint Vincent, Montmartre, Paris, gildalliere, 2020

Je reste dans mon périmètre : Montmartre, 36 rue Saint-Vincent. Ma conversation, face au confinement se fait progressivement. Je me tourne vers un univers plus poétique. Je m’attache à la symbolique, à la réalité immédiatement perceptible. Ici, j’automne. J’invente un verbe, une histoire de couleurs qui se fanent. Je me sens petit et floué devant ces volets clos et je me dis que je n’aime pas les choses qui s’en vont. Ni même qu’on me quitte. Alors je guette ce que je n’ai pas prévu, je sens la saison basculer, un ralentissement s’opère, le monde vert lentement se défigure, une certaine mélancolie s’installe et j’espère le hasard. 

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Le jardin des Tuileries…

Pause au jardin des tuileries, Paris, gildalliere, 2020

Comment ne pas évoquer ma passion des saisons. L’automne plus qu’une autre peut-être. Un jardin est beau que s’il est regardé. Celui-ci est comme un paradis et je le parcours toujours comme la dépendance du musée du Louvre. Entre les marbres blancs et les moulages classiques, la force en marche des fils de Caïn de Paul Landowski, la sensualité d’Apollon et Jeannette de Paul Belmondo, Le Baiser, Eve, La Méditation, L’ombre d’Auguste Rodin, sans oublier la sculpture moderne avec Henry Moore, Germaine Richier, Raymond Mason, Jean Dubuffet, Erik Dietman, Roy Lichtenstein, et l’extraordinaire Louise Bourgeois, tant de sculptures y habitent. Malgré son tracé à la française, la nature reste première et entière. Ce qui est beau en automne, c’est le désordre des feuilles mortes. Il trouble l’ordonnance millimétrée des parterres de dahlias, chrysanthèmes, cosmos, rudbeckias, tous mélangés à des graminées qui s’affolent et chavirent.

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Le jardin des Tuileries…

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Tu es étrange…

Le buste du docteur Pitchal, cimetière de Montmartre, Paris, gildalliere, 2020

Dans la chanson « Romantica »,Dalila chante « tu es étrange, tu n’en laisses rien paraître, et nul ne peut te connaître. Tu es étrange, jamais tes yeux ne s’enflamment, mais j’ai deviné ton âme. Est-ce la ton secret, mais je le reconnais, tous mes rêves sont fait à ton image c’est vrai … »
À travers les mailles de toutes ces trames successives, il y a de temps en temps d’étranges insufflations, ou infiltrations, et tout à coup, on dirait que le corps débarque pour quelques secondes dans un monde où toutes les lois semblent s’effriter. Où toutes ces choses qui semblaient si implacables, tout à coup, étaient dissoutes dans ce regard concave qui nous poursuit. Quelque chose de plus fort que la loi de la maladie ou de la mort, pour qui tout cela est une illusion. Au cimetière de Montmartre, cette sculpture étrange, ce regard qui fait face à la tombe de Dalida, c’est celui du docteur Guy Pitchal, son psychologue.

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La vitrine…

Confinement, rue Danrémont, Paris, gildalliere, 2020

Dans la solitude du confinement, il y a une géométrie insoupçonnée dans le désordre quand tout devient immobile. Une équation sidérante de grâce dans l’orgasme au moment où tout meurt en étoile et même dans la rage, même là, dans la violence primaire de l’acte le plus arbitraire, une généalogie mystérieuse est à l’œuvre. Nous sommes tous des danseurs étoiles du vide.

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La vitrine…

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Est-ce donc ça la vie ?

Télé travail, Paris, rue Darwin, gildalliere, 2020

Entre les clics et les hics, le jour baisse. Derrière la vitre dépolie elle est seule. sait-elle que les États Unis ont un nouveau président ?pas encore, elle est seule de cette solitude intérieure que l’on ressent parfois même en présence des autres. Elle s’est fait avaler par le grand spectacle de la pandémie, l’état d’urgence sanitaire, le télétravail, les gestes barrières, l’oppressante répétition des statistiques mortuaires. Sa vie est ralentie.
Ce qui est merveilleux, c’est qu’en ralentissant on devrait parvenir à mieux apprécier de vivre et à s’intéresser à autre chose qu’à nous-mêmes, jusqu’à se faire avaler par le grand spectacle du monde avec les arbres, les sentiments, tout ce qui vibre en ce moment autour de nous dont le retour de la démocratie en Amérique. Mais pour mesurer une pareille ardeur, il faut savoir ralentir.

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