Les bleus au ventre

rue des ursins, paris, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

Le crépuscule tombe. Encore un jour absurde qui touche à sa fin. Ma tête n’est plus qu’un marécage, incapable de penser. Il faut attendre… Les maux finiront bien par passer et les vertiges aussi… En sortant de l’Hôtel-Dieu, je me pose, comme captivé par le décor du Paris de Catherine de Médicis. L’œil est embué. Dans le silence paralysant du quartier, seuls les battements cadencés de mon cœur résonnent sur le Quai aux Fleurs. La France fête sa coupe du monde et cette incroyable popularité galactique n’efface pas mes bleus au corps. Au bout de ce mince ruban de bitume, la flèche de Notre-Dame transperce le ciel bleu blanc rouge de son amer d’ardoise métallisée. Je me surprends à regarder sans cesse derrière moi alors que je devrais contempler le passé où tout était encore possible. Le ravissement peut hypnotiser et mettre dans un état second.

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Les bleus au ventre

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Le temps suspendu

Trocadero, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

Cette harmonieuse perspective en un instant saisi par le regard a quelque chose de l’arbitraire du souvenir. Le soleil de midi plombe l’esplanade du Trocadéro. Elle traverse l’histoire malgré les incivilités d’une foule envahissante et des pigeons qui s’approprient ses charmes. Mais le temps s’arrête pour qui l’admire. Il ne s’écoule plus linéairement mais se fige, se suspend entre rêve et réalité. Les formes se dissolvent dans le contraste du noir et du blanc. Le silence frissonnant des lignes d’acier de la Tour Eiffel semblent sortir, dans l’éclat de son orgueil, du Champs-de-Mars saturé de manifestations. Le temps est suspendu.

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Le temps suspendu

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La marque blanche

Musée Galliera, Paris, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

Le blanc laisse sa trace sur l’académisme du Palais Galliera. Martin Margiela s’efface derrière le blanc de son anonymat. Sa signature : une étiquette vierge cousue de quatre points au fil blanc. Son univers : un vocabulaire vestimentaire unique, un monde créatif immersif mis en scène dans un labyrinthe tracé pour l’occasion. Cent trente silhouettes qui retracent la carrière du très iconoclaste pionnier belge de la mode minimaliste. Jusqu’au 15 juillet.

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La marque blanche

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Palais Caïs de Pierlas

Le palais Caïs de Pierlas, Nice, gildalliere, 2017
Photo/Gilles Dallière

Tu es purement spectaculaire dans le désordre du Cours Saleya. Ta façade attire tous les regards passionnés mais l’ocre de ton jaune brûlé par le soleil paraît bien fatigué. Ton crépi s’effrite, tes persiennes n’en peuvent plus d’être fermées. Ton désordre a du charme tu sais mais aujourd’hui il a besoin d’être courtisé. De livrer ses mystères, de refléter cette lumière chère à Matisse. Il a boulonné son chevalet au quatrième étage créant une baie vitrée sur la Promenade des Anglais pour mieux absorber la lumière. Cette lumière monumentale qui s’éteint aujourd’hui face à ta décrépitude. L’ouverture est barrée d’un volet roulant cassé. Tes lignes baroques sont ficelées pour ne pas s’écrouler. Réveille toi merde, dévoile tes multiples dérobades, livre tes secrets d’alcôve. Tu es devenu sec, désert et austère et pourtant je t’aime passionnément.

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les bains publics

Douches, Nice, gildalliere, 2018
Photos/Gilles Dallière

Sous la pesante chaleur, dans l’éblouissement furieux de la lumière, la grille s’intègre au contre espace. Tout est affaire de décor. L’angle mort de la Promenade c’est la descente aux bains publics ou seul les bruits d’ablution viennent perturber le silence. Faire du sens en utilisant les surfaces, les matières, les lignes de fuite, cela ne suffit pas à illustrer ce rapport des bains de la ville, entre l’intime et le public. J’ai posé le décor, celui de l’intention, il y a de la place pour la surprise, la déception, ou l’émerveillement. Il ne reste que dans ce bain de multitude, la ville est entre parenthèse et les murs sont couverts de graffitis dans lesquels s’exprime toute la misère sexuelle du monde.

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Les emprunts de l’antique

Église Notre Dame du Port, Nice, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

Notre Dame du Port laisse sa trace dans le paysage architectural de Nice. Dieu seul le sait ; elle est belle comme l’antique. Un seul trait sur l’azur du ciel et le fond outremer du bassin Lympia. Un fronton, un portique et des vagues de chapiteaux, de colonnes, de frises, de rinceaux et de festons, cadrent la perspective s’inspirant du style palladien. Les courbes sont abandonnées. Le clou du spectacle : une façade élancée dont l’ornementation est empruntée au vocabulaire néoclassique. Elle a su épouser la révolution, illustrer le Directoire et le Consulat et offrir son décor à l’Empire. Du bout de la digue, dans l’étroitesse du bassin, il y a de l’immensité.

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L’ocre de tes murs

Les ocres de Nice, gildalliere, 2018.jpg
Photo/Gilles Dallière

À “Nicaea”, sur un ciel essoré, le noir et blanc de mes envies s’incline devant l’épure de ta lumière. Entre les murs, de quoi nourrir mon appétit de couleurs vives, elle tranche comme une lame la beauté de tes aplats. Je saute dans le vide de ta venelle et mon ombre se déshabille dans l’ocre de tes murs. Dans ce crépuscule en couleur annoncé, l’empâtement des jaunes pose au soleil couchant tandis que l’ocre rouge frotte le gris bleuté des marches de l’escalier. Au creux des murs maçonnés un glacis vert pousse l’argile vers sa puissance maximale.

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L’ocre de tes murs

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