Grandeur nature.

Thomas Schütte, Monnaie de Paris, gildalliere, 2019-
Photo/Gilles Dallière/11 quai Conti/Paris

À l’étage du 11 Conti Monnaie de Paris, en plein milieu de la salle Dupré, j’entre dans la « Kristall II » de Thomas Schütte. J’y pénètre pour voir, tout en observant les points de vue choisis par l’artiste allemand sur la toile marouflée du plafond peint par Jean-Joseph Weerts en 1892. Les flammes du crépuscule s’évanouissent dans les ors des moulures. Le lustre en cristal trace un sentier fictif entre la toile et les planches de bois clair serties de cuivre. C’est comme la scène d’un théâtre quelques secondes avant le lever de rideau. Tout au long de la visite, la céramique, la cire, le dessin, la peinture, l’architecture, participent d’un mouvement incessant qui absorbe et renouvelle les problématiques et les formes des matériaux les plus traditionnels aux techniques les plus pointues, de la maquette à l’architecture grandeur nature, de la miniature à la sculpture monumentale.

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Grandeur nature.

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Canicule.

Canicule, Nice, gildalliere, 2016L1001250-Modifier
Photo/Gilles Dallière/Coulée verte

On bouge dans un cauchemar, un monde de sable et d’air qui a la couleur de l’ambre. C’est que nous sommes en plein Paris. On peste, on sue, on gesticule. Il faut fuir, aller n’importe où. La chaleur est intense, humide, crasseuse, et tous les enfants qui s’aspergent ne voient pas les arbres s’opaliser, les jardins poussiéreux se dresser au milieu d’une succession infinie de banlieues et d’usines, de centres commerciaux et de squares, tous silencieux et oubliés sous une mante de lumière vernissée.

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Canicule.

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Des poudroiements de rêve.

Pauline de profil, Antonio Canova, palais Masséna, gildalliere, Nice, 2019
Photo/Gilles Dallière/Pauline Bonaparte/Antonio Canova/Palais Masséna/Nice

Au revoir Pauline. Avec toi j’ai connu des moments extraordinaires, des moments de suspension et d’air du soir. La chaleur du dehors nous a enfermés dans cet état de légèreté. Tu es assise pieds nus, le dos au mur dans cette pièce blanche et vide. Le dénuement de tes épaules prend une singulière beauté. Tu passes des heures à regarder le jour qui filtre par les persiennes du Palais Masséna, et la chaleur y dessine des poudroiements de rêve. Je regarde ton profil de marbre blanc sans me lasser, et c’est fou ce que tu ressemble à ton frère.

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Des poudroiements de rêve.

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L’académisme.

Vase Médicis, Hôtel Westminster, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Hôtel Westminster/Nice/Salon Belle Époque

Boiseries, statues, frises, vases, et colonnes : toutes et tous y sont passés, victimes d’un geste iconoclaste, depuis leur création jusqu’aux mains des décorateurs. J’ai cadré une image académique. Ma vision est trompeuse, les gros sous comptent plus que l’idéologie, car dans ce superbe salon Belle Époque, la décoration est en totale contradiction avec le style French Riviera. Là où il fallait de la passion et de la légèreté, les portes coupe-feu cassent les perspectives et le rouge cramoisi des tissus et l’or, créent des espaces indéterminés et étouffants. Quel dommage.

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L’académisme.

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La Gare du Sud

Gare du Sud, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/La Gare du Sud/Nice

Sushis, glaces, coucous, hot-dogs, street-food indienne, spécialités gasconnes, cuisine libanaise, bar à olive Alziari, comptoir nordique Laks, et à l’étage Emmaüs, Kothai, et les artisans designersde la maison Mammout’ & Copains, ça m’a donné le tournis. 700 places assises, soit au total 28 commerces de bouche au cœur de cette Gare du Sud construite en 1892 par l’architecte Prosper Bobin qui affiche un répertoire décoratif Belle Époque et une halle métallique de 87 m de long sur 18m de haut et 23 m de large, inspirée de Gustave Eiffel, et créée pour le pavillon de la Russie et de l’Autriche-Hongrie de l’exposition universelle de 1889 à Paris. Le bâtiment est désaffecté en 1991. Vingt-six ans après, la Gare du Sud ouvre ses portes, et toute cette structure disparaît dans le capharnaüm d’une friperie.

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La Gare du Sud

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Le palier.

Palier villa Mercédes, promenade des Anglais, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Villa Mercédès/Nice/Réflexion de palier

Voilà un miroir qui ne capte pas l’apparence éphémère d’un visage humain. Il est capable de se saisir d’une infinité d’espaces. Coupé, décalé, il se dédouble à l’infini. Il devient quelque chose de toujours différent. Il cristallise et communique une perspective, un jeu de lignes inaltérables, une insondable mer morte, verticale, cadrée et ornementée au fond de laquelle une fausse vie anime ce qui n’existe pas.

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Le palier.

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Mademoiselle Bressant

Grand escalier du musée Chéret, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Escalier d’honneur du Musée Chéret/Peinture : Les écoles du XIXe, 1878, Nicaise de Keyser (1813-1887)

Du haut des marches de son escalier de marbre gris, la divine mademoiselle Bressant connue la Belle Époque. L’actrice, devenue princesse, tant d’allure que d’esprit, reçoit dans sa villa de Nice. Elle se met en scène dans des envolées de tulle, de gaze, et de mousseline à faire pâlir tous les habits noirs immortalisés sur la toile peinte par Nicaise de Keyser.

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Mademoiselle Bressant

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