Karl Lagerfeld

Karl Lagerfeld, la Vigie
Reportage/Gilles Dallière/Photo/Nicolas Millet

Karl Lagerfeld aimait la démesure. Il avait le sens de l’invention et de la réinvention. J’ai eu le plaisir de photographier la Vigie à Monte Carlo, au bord du golfe de Monaco. Une Villa toute blanche qui évoque la Riviera d’antan. Louis XV et Louis XVI s’y sentiraient chez eux. Volubile et drôlement présent, Monsieur Lagerfeld était disponible, concentré, pertinent, c’était un abîme de culture sans pédanterie. À la Vigie, le temps n’existait plus. Pour lui, c’était l’aisance avec laquelle on habitait les maisons qui était important. La maison idéale ? C’était toujours la prochaine, comme une collection. C’était le rêve inaccessible qui poussait à créer. Faire des robes, du dessin, de la photo, de l’édition, des maisons, peu importe, c’était la seule façon qu’il avait de vivre, en travaillant, en s’amusant, en utilisant ses défauts, en les récupérant. Vous êtes, Monsieur Lagerfeld un merveilleux souvenir.

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Karl Lagerfeld

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La conversation des objets

Andrea Branzi, nature morte, gildalliere, 2010,CZ
Photo/Gilles Dallière

C’est une photographie de la mémoire, du souvenir, de l’histoire. Ici, quasiment un seul objet est cadré, un objet trivial et quotidien au possible, un meuble objet qui est surtout une œuvre d’art. « L’objet doit susciter d’emblée une pensée, bien avant d’être conçu comme fonctionnel, dans l’hypothèse utopique qui se construit en vue d’élaborer une synthèse cohérente », affirme Alessandro Mendini. Je suis ému par ce mouvement anti-design qui remet en cause la vision des choses. Il bouleverse les formes convenues. Je suis heureux de l’assemblage audacieux de ces boîtes peintes, stratifiées, marquetées. Curieux de découvrir qu’au sommet de la pyramide improvisée, une tête de mosaïque d’or m’observe étrangement pour me voler mon âme.

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La conversation des objets

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L’intense obscurité

Bol, nature morte, Anvers, gildalliere, 2006
Photo/Gilles Dallière

Entre Orient et Occident, il faut apprendre à être paisible. Il faut apprendre à regarder la lumière sculpter l’objet. Un objet précis posé sur un coussin de soie rouge confronté au couvercle d’un vieux coffre de bois d’une beauté imparfaite. Dans le bol, il y a le vide. Autour, la pénombre est essentielle. Le rayon de soleil qui illumine l’intense obscurité révèle l’incroyable beauté de la robuste structure du bois.

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L’intense obscurité

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Elle fait non

Nature morte, gildalliere, 2007
Photo/Gilles Dallière

Au début, c’est pour jouer. On déshabille la poupée mais à force, en voyant ses bras vaciller, ses mains de porcelaine se détacher, ses joues et ses lèvres devenir pâle, on l’abandonne. Cette poupée là, n’a même pas la bouche ouverte pour satisfaire le client. Elle ne réchauffe plus les nuits de personne. Son regard émaillé ne voit plus la vie en rose bonbon. Un pied dans le vide, elle perd son équilibre. Beauté fragile, c’est une poupée qui fait non.

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Elle fait non

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Objet d’exil

Coloquinte,Michel Biehn. 2008, gildalliere
Photo/Gilles Dallière

Le silence est long pour cet objet d’exil. Il y a des fêlures qui ne mentent pas. À regarder cette cucurbitacée, je décèle dans l’archaïsme de ses formes un souffle de vie. Il suffit de palper son galbe généreux et suivre de l’œil les nuances d’ocres rouges de ses traits pour admettre que seule la vie manque à cet objet qui n’a jamais dépassé le stade de l’utilitaire.

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Objet d’exil

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La chaise musicale

Andrea_Dall_Olio, gildalliere,2013
Photo/Francis Amiand/Gilles Dallière

Dans ce jeu de la chaise musicale, je suis l’animateur qui s’occupe de poser un regard toujours lucide et solitaire sur la création. Je me nourris d’architecture et de décors décalés, de détails et d’inventaires. Je donne à ce sujet une atmosphère où le temps est suspendu. Le décor créé par Andrea Dall’Olio se fige dans le noir d’un graphisme immuable. La vrai beauté ne fait pas de bruit, elle reste cachée.

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La chaise musicale

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Comedia dell’arte

L'orangerie, Paris, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

Ce célèbre tableau du musée de l’Orangerie est une commande de Paul Guillaume à André Derain. Il représente deux personnages de la Commedia dell’arte italienne : Arlequin dans son costume à losanges colorés, coiffé d’un bicorne et Pierrot dans son habit blanc à collerette, la tête recouverte d’une calotte noire. Ils sont figurés sur un fond neutre, dans une danse sans fin, tels des marionnettes ou des pantins. Leur regard ne se rencontre pas et l’expression de leur visage est grave. Ce que l’on sait, c’est que Pierrot est le portrait de Paul Guillaume et il y a dans ses yeux beaucoup de mélancolie.

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