L’écrasement du temps…

Le regard du Nil sur le démontage du défilé Dior, marbre de Lorenzo Ottone, jardin des Tuileries, Paris, automne 2021

Que regarde la statue ? Elle regarde un temps auquel elle n’appartient pas. Une époque que son auteur, Lorenzo Ottone, n’a pu envisager. Elle contemple, stoïque, le chemin qu’elle a parcouru. À moi d’imaginer les événements traversés, les hasards auxquels nous devons sa présence. « Le Nil » sculpté prend alors tout son sens. Le regard de marbre se laisse happer par la destruction des bâches blanches du défilé Dior. Écrasement du temps, ce que cette photo donne à voir n’est pas là mais cela a bien été.

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L’écrasement du temps…

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Les icônes de la sculpture figurative…

Sculptures figuratives, Jeannette et Apollon, bronze, Paul Belmondo, jardin des Tuileries, Paris, gildalliere, automne 2021

Arrivé sur place, il y a des interdictions : défense de marcher sur les pelouses, propriété privée de Paul Belmondo, chantier interdit, chien méchant, etc… je suis obligé de passer outre et je deviens vite un promeneur suspect. Mais il y a Jeannette et Apollon. Ils apparaissent brusquement sous la pluie du Grand Couvert au jardin des Tuileries, et ils sont beaux. À la netteté des corps mouillés et ciselés dans le noir du bronze s’oppose le flou de l’automne, les arbres et la distance. Ces grands corps sculptés justement qui ont l’air si simple, si évident avec cette frontalité mangée d’ombre, supposent en fait un dispositif rigide, une source de lumière unique, autant de contraintes discrètes qui ont pour effet de vider insensiblement la sculpture d’une subjectivité trop évidente. Et là, sous la pluie ils sont véritablement achevés.

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Les icônes de la sculpture figurative…

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Fashion victime…

Le Tibre de Pierre Bourdict, fashion-week, Dior, Jardin des Tuilleries, Paris, gildalliere, automne 2021

Dior aurait-il empaqueté le grand bassin octogonal du jardin des Tuileries ? Nous sommes en pleine Fashion week et mardi 28 septembre à 14h30 le marbre « Le Tibre », sculpture de Pierre Bourdict s’est retrouvé backstage au défilé des collections de prêt-à-porter femmes « printemps/été 2022 ». Et oui déjà. À l’intérieur du cube blanc, beaucoup de noir et beaucoup de couleurs. L’imaginaire de cette collection se nourrit de curiosité et de désirs. Maria Grazia Chiuri explore la longue période où Marc Bohan était le directeur artistique de la maison. Mais dans le noir, pas de bassin octogonal. Il s’était faufilé sous le podium ludique, pop et hypnotique qui rendait hommage à l’œuvre d’Anna Paparatti, figure emblématique de l’art italien des années 60. 

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Fashion victime…

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Le bâtiment Perret…

Détail, architecture, façade du Mobilier National, Paris, gildalliere, 2021

J’ai fait beaucoup de photos de murs. Pour moi, là où il y a un mur c’est le commencement de l’architecture, et quelle architecture : le Mobilier National installé depuis 1937 dans un bâtiment construit par Auguste Perret sur les anciens jardins de la Manufacture des Gobelins. Un mur sépare un lieu d’un autre. Construit en béton armé le bâtiment Perret est coloré d’un badigeon ocre jaune essuyé après séchage et légèrement brossé. Le mur est lourd et tiède. On y cache derrière des tapisseries et toutes les prestigieuses collections du mobilier français.

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Le bâtiment Perret…

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Exposé…

Détail, fauteuils Premier Empire, 1804_1815, Jacob Frères, Palais des Tuileries, Mobilier National, Paris, gildalliere, 2021

Je suis toujours là, avec mes déchirures, à peine masquées par le flou artistique du plastique qui me protège de la poussière ambiante de la réserve Perret. Je pose sur mon étagère au cœur des prestigieuses collections du Mobilier National. J’ai quand même meublé la cour impériale ! Alors regardez moi bien dans les yeux. Mes lignes sont claires, mes proportions parfaites. Parfois injustement taxé de rigidité, j’étonne par la variété des détails que l’on découvre et qui, souvent discrets, contribuent à une harmonie d’ensemble. Mon parti décoratif : le joli ton de l’or où se détachent des ornements sculptés qui forcent l’admiration.

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Exposé…

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Le terrassier au travail…

Le terrassier au travail, sculpture, Alfred Boucher, Palais Galliera, gildalliere, 2021

Un homme nu émerge d’un bloc de marbre sculpté par Alfred Boucher. Une conversation étonnante entre la duchesse de Galliera et le terrassier au travail. Avec son décor nouvellement restauré la coquette est consciente de son élégance citadine devant ce nu idéal, ce corps au travail qui nous convie à rebrousser le temps. On ne reste pas indifférent face à l’homo-érotisme du terrassier. Alfred Boucher se situe dans la ligne académique la plus stricte, celle qui plaît à la IIIe République. Dans cette posture de la bonne société il met en avant la musculature du corps. Les veines saillantes attirent l’attention sur l’effort fourni, les mollets sont frappants de précision, le sexe est dévoilé, et le visage hiératique semble montrer que rien ne détournera l’homme de sa besogne jusqu’au mouvement de la pelle qui se courbe sous l’effort.

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Le terrassier au travail…

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Hypnotique…

Hercule gaulois, marbre de Carrare, 1661-1662, Pierre Puget, sculpture, Musée du Louvre, Paris, gildalliere, 2021

Mi-homme, mi-dieu, Hercule vient de tuer le lion de Némée. Il l’écorche en utilisant les propres griffes du monstre pour entamer la peau coriace, la nettoie et s’en revêt. Le sculpteur Pierre Puget nous livre un travail à toucher du bout des doigts. La sculpture est aussi faite de chair. Il aime la sensualité. Il l’exprime avec perfection en jouant sur la lumière et les nuances du marbre de Carrare qui embellit la pose. Il révèle ainsi ce qui ne se voit pas forcément. C’est pourquoi Hercule au repos, n’est jamais aussi libre que dans les camaïeux de gris. Le corps devient hypnotique.

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Hypnotique…

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Avé César…

Commode, empereur de 180 à 192, découvert à Gabies, près de Rome, marbre, ancienne collection Borghèse, achat, 1807. Ce type de portrait montre Commode à 14 ans, ayant atteint sa majorité et reçu les titres de Prince de la jeunesse et de Sarmaticus, Musée du Louvre, Paris, gildallière, 2021

À l’envers de la poésie de ce marbre, portrait de l’empereur romain Commode à 14 ans, il y a la réalité. Et le 31 décembre 192, Commode, qui curieusement ne l’était pas vraiment, se fait assassiner par la chrétienne Marcia, sa concubine. L’empereur est connu pour des crucifixions et des pendaisons en tous genres. Il aime mettre en scène d’obscène façon sa virilité. Il établit avec beaucoup d’attentions des listes de personnes à occire. Et lorsque Marcia découvre son propre nom sur la liste de l’empereur, elle lui apporte une coupe de vin empoisonné dans son bain. La robuste et naturelle constitution de Commode n’est cependant pas mise à mal. Il s’effondre mais le plan échoue. Marcia fait appel au géant Narcisse, le benêt de service, pour que celui-ci strangule le moribond.

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Avé César…

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Persiennes…

Un bref instant de splendeur, oeuvre d’art, Anna Ternon & Camille Benarab-Lopez, Montmartre, gildalliere, 2021

C’est dans la fenêtre que réside toute espérance de lumière. Cette ouverture, large, créée par Anna Ternon et Camille Benarab-Lopez, correspond à une mise en scène du réel. C’est à travers leurs regards que je découvre le monde où se mêle une érotisation de l’espace réduite ici au minimum. Le traitement du verre joue un rôle essentiel et motive plusieurs scènes. Ouverture sur un monde abstrait qui symbolise l’espoir toujours renouvelé d’un ailleurs.

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Persiennes…

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Le grand frisson…

Cicéron, plâtre, version du plâtre commandé en 1803 pour la salle des séances du Sénat au palais du Luxembourg, placé au Louvre avant 1857, Jean-Antoine Houdon, Musée du Louvre, gildalliere, Paris, 2021

Cicéron est un athlète de la parole, un styliste de l’émotion. On se presse à ses discours pour admirer un art qui tient en trois principes : éclairer l’assistance, satisfaire son goût du beau, faire passer le grand frisson. Pour le célèbre avocat romain, l’amitié est le bien fondamental : « je me demande si, à part la sagesse, les dieux ont donné aux hommes quelque chose de meilleur ». 
Comment choisir ses amis ?
Comment les mériter ?
Comment les garder ?
Je me pose la question. 
J’ai quelque peu perdu mon goût des rencontres nouvelles, et cette souplesse d’esprit qui me permet de m’associer à la pensée d’autrui.

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Le grand frisson…

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