Installé dans ce grand palais gothique délabré et magnifique, Mariano Fortuny a fait de sa demeure un laboratoire d’alchimie artistique. Entre ses célèbres tissus plissés inspirés de la Grèce antique, ses jeux de dômes lumineux pour la scène et ses velours peints, le lieu suspend le temps. Le palais n’est pas seulement un contenant : il participe de l’œuvre elle-même, unissant l’Orient et l’Occident au cœur d’une Venise intime, mystérieuse et lointaine. @gillesdalliere
Venise se révèle à travers le temps comme une ville de feux intérieurs et de mystères entrelacés. À la Pietà, derrière ses grilles ouvragées, des orphelines apprenaient jadis à dompter le violon sous la houlette d’un prêtre roux au génie ardent. L’île de Murano, avec ses ateliers jaloux de leur savoir-faire, tissait quant à elle une autre forme de beauté secrète, celle du verre soufflé et des perles que le monde entier convoitait. Plus loin dans la lagune, Torcello garde la mémoire d’une Venise première, mélancolique et insulaire, où les jardins livrent une lutte silencieuse contre la montée des eaux. Dans les canaux sombres et sinueux, le Campo Santa Margherita s’anime de destins croisés, de jeunes gens insouciants et d’enquêteurs aux aguets. Et depuis la Giudecca, on contemple une cité double, celle des façades offertes au monde et celle des églises closes sur leurs chefs-d’œuvre endormis, deux visages d’une même beauté impénétrable. @gillesdalliere
Le soleil fait apparaître les fantômes des candélabres. Leurs silhouettes noires s’allongent sur la brique ancienne, étrangement vivantes. À Venise, la lumière elle-même laisse des traces. @gillesdalliere
À Venise, la beauté est patinée par le temps. L’ocre jaune se décolore, le vert s’efface, le rouge s’éteint, mais le marbre blanc continue de tenir tête au temps. La peinture s’écaille, les câbles courent sur les murs, les fenêtres se ferment, mais rien ne disparaît vraiment. San Giorgio terrasse le dragon et, c’est pour ça que la sérénissime reste éternellement belle. @gillesdalliere
Éric Raffy a un parcours assez réjouissant : architecte diplômé de Bordeaux en 1978, il a travaillé entre architecture, design de mobilier et d’objets, avec une forte ouverture internationale, notamment au Japon, en Malaisie, à Hong Kong, au Brésil et aux États-Unis. Il a notamment signé le restaurant de Michel Bras à Laguiole et le showroom Paco Rabanne à Paris. Il a aussi reçu la Médaille de l’Académie d’Architecture en 1995. Et, depuis plusieurs années, la peinture et la céramique sont devenues une autre façon pour lui de regarder le monde. Ici, Éric Raffy pose devant l’un de ses tableaux. Ce n’est pas son portrait, mais il semble tout de même avoir trouvé quelqu’un à qui parler. Moi, je le regarde dans le blanc des yeux. @gillesdalliere@ericraffy
Il y a dans son regard quelque chose qui m’échappe. La lumière dessine son visage, l’ombre en efface les secrets. Qui-est-il vraiment ? Il est là, pourtant on ne sait déjà plus où. Un visage dans l’ombre. Un regard qui s’éloigne. Et ce silence que la lumière ne parvient pas à éclairer. @gillesdalliere
Cheveux blonds militaires, corps mince tatoué, regard velouté. Léo est plongé dans ses rêves. Il ne pose pas. Il regarde ailleurs. Quelque chose l’attend hors du cadre. @gillesdalliere
Fujiko Nakaya travaille depuis plus de cinquante ans avec ses « sculptures de brouillard ». Elle ne cherche pas à le représenter, mais à produire une matière instable qui dépend de l’air, de la température, de l’humidité et des mouvements des visiteurs. À la Bourse de Commerce – Pinault Collection, elle confronte cette matière insaisissable au béton de Tadao Ando. Le véritable sujet est finalement ce que l’on croit voir. Et là, son travail devient presque philosophique. Ici, les corps disparaissent. Il ne reste bientôt que des présences, quelques gestes, une conversation, puis plus rien. @gillesdalliere@boursedecommerce
À la Bourse de Commerce – Pinault Collection, au centre de la rotonde, dans la brume de Fujiko Nakaya, sculpture de brouillard, intitulée « Cloud #07156 », les corps disparaissent, les silhouettes flottent, et il cherche son visage. @gillesdalliere@boursedecommerce
Toute foule finit par disparaître. Il suffit parfois d’un peu de brouillard, parfois d’un peu de mémoire. Alors ne reste que ce jeune homme dont la superposition des vêtements et l’élégance résiste au tumulte. Le reste s’efface. À la Bourse de Commerce – Pinault Collection, au centre de la rotonde, Fujiko Nakaya ne sculpte pas le nuage. Elle révèle cet instant où le silence reprend possession du monde. @gillesdalliere@boursedecommerce