Il y a d’abord le vitrail qui ne serait que jaillissement de couleurs, léger et fort comme une œuvre d’art. Il diffracte le jour et laisse la projection d’un spectre de sillons lumineux au sol. Et puis il y a l’escalier. Il lévite jusqu’aux étages avec sa main courante Art-déco, et dans ce cyclone de courbes et de géométries, l’œuvre de Grüber déjoue tous les conforts du regard. @gillesdalliere
Dans la cage d’escalier de la Résidence Guétharia, la lumière semble avoir trouvé son espace. Sur sept niveaux, elle traverse la verrière du grand maître de l’École de Nancy : Jacques Grüber. Elle se décompose en fragments de bleu, de blanc et d’ombre. Les lignes géométriques, les motifs qui se répondent, les transparences composent subtilement avec l’architecture Art déco de Joseph Hiriart. En contrebas, la rampe de fer forgé déploie ses volutes noires comme une écriture silencieuse. @gillesdalliere
La lumière entre, s’attarde sur les murs, glisse sur les marches puis s’efface. Et dans cette lenteur, la rampe de fer forgé, avec ses spirales style Art déco, semble continuer un mouvement commencé il y a plus d’un siècle. Chaque volute paraît dessinée d’un seul geste, comme si la main de l’artisan avait voulu retenir le fer dans son élan. Les lignes se croisent, se répondent, tandis que les ombres en prolongent le dessin sur les murs. @gillesdalliere
Il y a, dans les paysages du Pays basque, une manière singulière de retenir le temps. Au premier plan, l’herbe sèche s’étend, presque silencieuse. Puis viennent les arbres, les haies, les vallons qui se succèdent comme des vagues immobiles. Et, au loin, la Rhune se détache du ciel, sombre et tranquille, comme si elle veillait depuis toujours sur cette terre. @gillesdalliere
Le ciel après l’orage se déchire en un bleu lavé et pur, où les derniers tombereaux de l’ombre s’enfuient vers l’horizon. La terre fume d’une ivresse neuve, les feuilles s’alourdissent de diamants liquides et l’air, soudain léger, murmure l’apaisement du monde retrouvé. Ici, je ne fuis pas la pluie, je deviens la tempête. @gillesdalliere
On y est enfin, face à l’inachevé. Il y a des architectures qui s’imposent, et d’autres qui murmurent. Celle-ci appartient à la seconde famille. La pierre retient le temps. Le bois l’étire. Entre les masses minérales, les vides où l’on reçoit, deviennent une matière invisible où circulent l’air et le paysage. Rien n’est laissé au hasard : les verticales donnent leur cadence à l’espace, les horizontales l’apaisent, tandis que l’ombre révèle les volumes autant que la lumière. Dans cette maison imaginée par les deux grands architectes, Emilio Duhart et son fils Emile Duhart, la modernité ne rompt jamais avec le lieu. Elle s’appuie sur la force de la pierre basque, sur la chaleur du bois, sur une composition où chaque plein trouve son équilibre dans le vide qui lui répond. Restée inachevée, elle semble pourtant avoir atteint l’essentiel. Car l’architecture n’est peut-être pas l’art de construire des murs, mais celui de donner une forme au silence. @gillesdalliere
Il faut parfois un mur pour révéler le talent d’un architecte. L’inachèvement de cette maison n’est pas une absence, il devient une intention. Face à son père, Émile Duhart nous rappelle que la beauté naît de la retenue, que le vide est une présence et que l’inachevé peut être plus émouvant que le parfait. Les ouvertures, d’une précision presque musicale, donnent le rythme, la chaux capte la lumière, le reflet du ciel dans l’ouverture qui donne sur ce qui n’existe pas, prolonge le paysage. Rien n’est démonstratif, tout est juste. Émile Duhart ne se contente pas de remplir l’espace, il lui donne une respiration. @gillesdalliere
Le mur ne cherche pas à séduire. Il appartient à la terre. À Ustaritz, Emilio Duhart et son fils Émile ont dessiné cette maison comme un hommage au Pays basque. Chez eux, la modernité ne s’impose jamais : elle s’efface devant la pierre, la lumière et le paysage. Emilio Duhart, Prix national d’architecture du Chili, fut l’un des grands architectes du XXᵉ siècle. Formé à Harvard auprès de Walter Gropius, il travailla également dans l’atelier de Le Corbusier avant de réaliser des œuvres majeures, comme le siège de la CEPAL à Santiago. Pourtant, après une carrière internationale, c’est à Ustaritz, terre de ses ancêtres, qu’il choisit de construire sa propre maison et de terminer sa vie. Dans ce mur, on retrouve toute sa philosophie : une architecture qui ne domine pas le lieu mais qui l’écoute. Chaque pierre semble avoir attendu des siècles avant de trouver sa place. La fenêtre, discrète, n’interrompt pas le silence ; elle l’habite. C’est peut-être cela, la véritable élégance : bâtir une maison qui donne l’impression d’avoir toujours existé. @gillesdalliere
La mer est tendue comme de la soie en travers de la baie. L’arc-en-ciel demeure en suspension dans l’air et retombe tristement comme un drapeau en signe d’adieu. @gillesdalliere
Dans la lumière verte, l’esprit se transforme tout entier. La mer ne parle pas. Elle s’impose. Les grappes de perles s’accrochent à des rameaux blancs. Une mouette rieuse traverse les remous et le monde s’emplit de petits craquements. Le vent efface tout, sauf cette présence minuscule. Alors la Manche cesse d’être un paysage. Elle devient un souvenir qui n’a pas encore eu lieu. @gillesdalliere