
Le soleil fait apparaître les fantômes des candélabres. Leurs silhouettes noires s’allongent sur la brique ancienne, étrangement vivantes.
À Venise, la lumière elle-même laisse des traces. @gillesdalliere

Le soleil fait apparaître les fantômes des candélabres. Leurs silhouettes noires s’allongent sur la brique ancienne, étrangement vivantes.
À Venise, la lumière elle-même laisse des traces. @gillesdalliere

À Venise, la beauté est patinée par le temps. L’ocre jaune se décolore, le vert s’efface, le rouge s’éteint, mais le marbre blanc continue de tenir tête au temps. La peinture s’écaille, les câbles courent sur les murs, les fenêtres se ferment, mais rien ne disparaît vraiment. San Giorgio terrasse le dragon et, c’est pour ça que la sérénissime reste éternellement belle. @gillesdalliere

Éric Raffy a un parcours assez réjouissant : architecte diplômé de Bordeaux en 1978, il a travaillé entre architecture, design de mobilier et d’objets, avec une forte ouverture internationale, notamment au Japon, en Malaisie, à Hong Kong, au Brésil et aux États-Unis. Il a notamment signé le restaurant de Michel Bras à Laguiole et le showroom Paco Rabanne à Paris. Il a aussi reçu la Médaille de l’Académie d’Architecture en 1995. Et, depuis plusieurs années, la peinture et la céramique sont devenues une autre façon pour lui de regarder le monde. Ici, Éric Raffy pose devant l’un de ses tableaux. Ce n’est pas son portrait, mais il semble tout de même avoir trouvé quelqu’un à qui parler. Moi, je le regarde dans le blanc des yeux. @gillesdalliere @ericraffy

Il y a dans son regard quelque chose qui m’échappe. La lumière dessine son visage, l’ombre en efface les secrets. Qui-est-il vraiment ?
Il est là, pourtant on ne sait déjà plus où. Un visage dans l’ombre. Un regard qui s’éloigne.
Et ce silence que la lumière ne parvient pas à éclairer. @gillesdalliere

Cheveux blonds militaires, corps mince tatoué, regard velouté. Léo est plongé dans ses rêves. Il ne pose pas. Il regarde ailleurs. Quelque chose l’attend hors du cadre. @gillesdalliere

Fujiko Nakaya travaille depuis plus de cinquante ans avec ses « sculptures de brouillard ». Elle ne cherche pas à le représenter, mais à produire une matière instable qui dépend de l’air, de la température, de l’humidité et des mouvements des visiteurs. À la Bourse de Commerce – Pinault Collection, elle confronte cette matière insaisissable au béton de Tadao Ando. Le véritable sujet est finalement ce que l’on croit voir. Et là, son travail devient presque philosophique. Ici, les corps disparaissent. Il ne reste bientôt que des présences, quelques gestes, une conversation, puis plus rien. @gillesdalliere @boursedecommerce

À la Bourse de Commerce – Pinault Collection, au centre de la rotonde, dans la brume de Fujiko Nakaya, sculpture de brouillard, intitulée « Cloud #07156 », les corps disparaissent, les silhouettes flottent, et il cherche son visage. @gillesdalliere @boursedecommerce

Toute foule finit par disparaître. Il suffit parfois d’un peu de brouillard, parfois d’un peu de mémoire. Alors ne reste que ce jeune homme dont la superposition des vêtements et l’élégance résiste au tumulte. Le reste s’efface. À la Bourse de Commerce – Pinault Collection, au centre de la rotonde, Fujiko Nakaya ne sculpte pas le nuage. Elle révèle cet instant où le silence reprend possession du monde. @gillesdalliere @boursedecommerce

Au trinquet, les hommes parlent peu. Ils frappent. La balle répond mieux que les mots. Les cris rebondissent contre les murs, la sueur dessine des géographies invisibles sur les maillots, les respirations se heurtent au rythme des échanges. Ici, la masculinité n’est ni une posture ni une démonstration. Elle est une intensité partagée, une manière d’habiter le corps, d’éprouver sa force à celle des autres, puis de s’asseoir ensemble comme si rien ne s’était joué. Le trinquet est un théâtre sans décor où chaque partie réveille une mémoire plus ancienne que les joueurs eux-mêmes. @gillesdalliere

Face à l’immensité de l’océan, chacun cherche sa place. Certains contemplent l’horizon. D’autres contemplent ceux qui le contemplent. C’est souvent là que commence la photographie. @gillesdalliere