Un voile de brume couvre le ciel du Pays basque, un voile aux nombreux plis, d’un tissu si épais que sa densité couvre même les Trois Couronnes. Il ne pleut pas, mais, çà et là, la brume se condense en humidité sur les surfaces et rend l’herbe glissante. Le bêlement des moutons est assourdi. Une bordure de lumière entoure toutes choses. Même la ferme blanche au bout de la colline, est devenue poreuse, incandescente de lumière. @gillesdalliere
Il y a des lieux qui ne demandent pas qu’on les traverse, mais qu’on les regarde. La galerie du musée Bonnat-Helleu déploie ses arches, ses colonnes et ses dentelles de fonte avec la rigueur tranquille de ceux qui savent que la beauté tient autant à l’équilibre qu’à l’ornement. Au centre, Aurèle ne photographie pas un tableau. Elle photographie ce qui les relie tous : l’espace. Son téléphone devient une petite fenêtre ouverte dans une fenêtre plus vaste. Regarder pour retenir. Cadrer pour comprendre. L’architecture devient sujet, et pendant un instant, la pierre, le fer et la lumière semblent respirer d’un même souffle. Peut-être est-ce cela, finalement, la photographie : l’art discret de révéler que certains lieux nous observent autant que nous les regardons. @gillesdalliere@aurele_duhart @museebonnathelleu
Au musée Bonnat-Helleu, BLP & associés semblent avoir choisi de ne pas construire autour de l’art, mais de construire pour le regard. La pierre, les murs, les ouvertures, les ombres et la lumière composent une architecture qui s’efface juste assez pour laisser les œuvres prendre leur place. Ici, un corps de marbre apparaît dans l’encadrement d’une ouverture, comme une apparition. La lumière glisse sur la pierre et découpe le fragment dans l’obscurité, et l’architecture disparaît. Il ne reste que l’œuvre d’art. @gillesdalliere@museebonnathelleu@blpassocies
Au musée Bonnat-Helleu de Bayonne, l’art semble se laisser contempler dans une nouvelle sérénité. Dans l’histoire de la peinture, Job apparaît souvent dans un dénuement absolu, seul, décharné, presque réduit à son propre corps. Léon Bonnat le représente ainsi, dans une nudité qui n’a rien d’érotique, mais tout du supplice. Le vieil homme semble s’être abandonné tout entier à l’Éternel, comme si, ayant tout perdu, il ne lui restait plus que cette attente. Une lumière presque surnaturelle tombe sur lui. Elle semble le traverser, le surexposer, comme si Dieu lui-même venait de paraître dans cette clarté. Peut-être sommes-nous à cet instant du Livre de Job où, après le silence et l’épreuve, Dieu s’adresse enfin à son serviteur. Bonnat, peintre du réel jusqu’à l’hyperréalisme, ne cherche rien à épargner au regard. Le corps vieilli, amaigri, meurtri, occupe presque toute la composition. Chaque os semble affleurer sous la peau, chaque pli raconte la souffrance. Et pourtant, dans cette chair si fragile, quelque chose demeure : une présence, une dignité. Job n’est plus seulement le supplicié. Dans la lumière qui l’enveloppe, il devient presque une apparition. @gillesdalliere @museebonnathelleu
L’argent de la lune pâlit au-dessus de la balustrade. Une buée vague monte de l’horizon vers un ciel moite de rosée. L’océan sommeil avec des perfidies de grand lac. Rien, sur la terrasse de Guéthary ne trahit encore un mouvement de réveil. L’horizon présage une journée d’implacable chaleur. @gillesdalliere
Sous un soleil qui ressemble à une lune orientale, j’ai été attiré par la lumière comme si je me souvenais qu’à l’origine les images étaient des ombres projetées sur les murs. Noir sur blanc, l’été, la silhouette des arbres s’imprime sur le ciel comme une encre chinoise. Guéthary, lentement, ouvre les yeux. @gillesdalliere
Les nuages s’attardent aux fenêtres et le mur blanc semble avoir été posé là par un rêveur. Au Pays basque, le réel parfois se trouble. Une maison apparaît, presque irréelle, retenue entre la terre et le ciel, tandis que cette étrange ligne de créneaux monte comme une écriture secrète vers les nuages. On dirait un tableau de Magritte. Ici le rêve a choisi l’océan pour horizon, la lumière pour matière et le Pays basque pour décor. Tout est vrai, c’est peut-être cela, le plus beau des mystères. @gillesdalliere
Il y a d’abord le vitrail qui ne serait que jaillissement de couleurs, léger et fort comme une œuvre d’art. Il diffracte le jour et laisse la projection d’un spectre de sillons lumineux au sol. Et puis il y a l’escalier. Il lévite jusqu’aux étages avec sa main courante Art-déco, et dans ce cyclone de courbes et de géométries, l’œuvre de Grüber déjoue tous les conforts du regard. @gillesdalliere
Dans la cage d’escalier de la Résidence Guétharia, la lumière semble avoir trouvé son espace. Sur sept niveaux, elle traverse la verrière du grand maître de l’École de Nancy : Jacques Grüber. Elle se décompose en fragments de bleu, de blanc et d’ombre. Les lignes géométriques, les motifs qui se répondent, les transparences composent subtilement avec l’architecture Art déco de Joseph Hiriart. En contrebas, la rampe de fer forgé déploie ses volutes noires comme une écriture silencieuse. @gillesdalliere
La lumière entre, s’attarde sur les murs, glisse sur les marches puis s’efface. Et dans cette lenteur, la rampe de fer forgé, avec ses spirales style Art déco, semble continuer un mouvement commencé il y a plus d’un siècle. Chaque volute paraît dessinée d’un seul geste, comme si la main de l’artisan avait voulu retenir le fer dans son élan. Les lignes se croisent, se répondent, tandis que les ombres en prolongent le dessin sur les murs. @gillesdalliere