Épure

Uil-72dpi
Photo/Gilles Dallière

Tout est dessiné dans cette épure et je n’ai laissé à l’obscur que des croisées d’architecture. Dans cet équilibre où le blanc devient noir et le rien devient tout, une lumière diaphane venue du ciel souligne l’élan d’une ligne qui marque les angles de son trait. Elle se gonfle de clarté et soudain s’immobilise, d’abrège et disparaît dans la palette des gris qui soulignent l’acuité de sa géométrie.

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Épure

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Du contraint au naturel

uil, jardin de topières, gildalliere, Belgique 2011
Photo/Gilles Dallière

Faire une photographie, c’est prendre la parole et il faut avoir quelque chose à dire. Dans un cadrage, j’apprends la modestie, car je dépends du réel et le réel est plus imaginatif que je ne le serais jamais. Dans ce jardin belge, je prends le temps de regarder le soleil dessiner ses ombres entre les buis taillés en rouleau de printemps. Dans ce monde où désormais on consomme la photo pour le plaisir de partager un instant, réapprenez à regarder, cadrer, hasardez vous et laissez vous guider du calme au tumultueux, du grandiose au pittoresque, du sévère à l’aimable, du contraint au naturel et surtout n’oubliez pas de vous retourner, champ contrechamp. Les images et les mots qui les accompagnent sont la mémoire de ce qui va disparaître.

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Du contraint au naturel

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Ornementation

Banc Axel, Anvers, gildalliere, 2012
Photo/Gilles Dallière

Dans cette photo du détail ornemental d’un dossier de banc du château de ‘s-Gravenwezel, il y a le silence, le calme de l’instant qui précède la création ou qui peut-être suit sa fin. Tout cela semble une épave de civilisation abandonnée, l’ocre du mur, un fragment oublié du monde, éclairé par la lumière du Nord qui les dérobe à l’obscurité. La lumière vole un peu d’espace au noir qui creuse la profondeur de champ. Elle se pose sur les choses et réinvente une autre vie.

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Ornementation

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Les marques de la vie

La vieillesse, Bahia, gildalliere, 2012
Photo/Gilles Dallière

Comme cette femme est belle. Elle me regarde derrière le voile de ses yeux et me sourit. Je détaille ses mains desséchées par la vie. Depuis sa naissance elles lui ont permis d’éviter de tomber lorsqu’elle était enfant, elles ont porté la nourriture à sa bouche et lui ont permis de s’habiller. Petite fille, sa mère lui a montré comment les joindre pour prier Dieu. Elles ont embrassé un mari et essuyé ses larmes quand il est parti. Elles ont été sales, coupées, rugueuses et enflées, maladroites à tenir son enfant et plus ouvertes à ses petits enfants. Elles ont tremblé quand elle a enterré l’homme de sa vie. Elles ont couvert son visage, peigné ses cheveux et lavé son corps. Elles ont été collantes et humides, sèches et rugueuses. Ces mains portent la marque de ce qu’elle a fait et des accidents de la vie, mais le plus important est que ce seront ces mêmes mains que Dieu attrapera pour l’amener avec lui dans son paradis.

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Les marques de la vie

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Contre jour

Ombre chinoise, Bahia, gildalliere, 2002
Photo/Gilles Dallière

Une drôle de ronde se forme sur la plage de Vermelho. L’air y est tiède et humide. Un couple silencieux s’enlace au rythme chaloupé de la Samba. L’océan glisse derrière eux, puissant et opaque. Le noir de leur peau, pailleté de sueur, est lisse et lustré. Sous la caresse de ses yeux elle est entrée dans mon champ de vision, nette et élégante. Dans les nuages, ses tresses répandent de la lumière. Brûlante de désir, une paire de bras à son cou, elle se laisse aller. Son bikini collé au corps moule la rondeur de ses seins aux mamelons dressés. La chaleur monte au ventre, un souffle humide charrie l’odeur salé de l’océan, elle se colle aux battements de son cœur, à son sexe bandé, la tête étourdie par ses propres tourbillons. Ce n’est qu’un jeu de lumière qui seul donne de l’épaisseur au contre jour qui me coupe le souffle.

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Contre jour

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La cité de Dieu

Pose Sao Luis, brasil, gildalliere, 2002
Photo/Gilles Dallière

Assis dans la rue, tu es entouré d’éléments qui ne te comprennent pas. Tu inventories la géographie lourde de ton corps engourdi de fatigue. Dans la cité de Dieu même l’air libre a besoin de changer d’air. Tu t’écoutes vivre au ralenti avant d’ouvrir les paupières. La bière te monte à la tête et tu es persuadé que Dieu t’as oublié. Le sommeil adhère encore à toi comme une glu qui tarde à se dissoudre. Le temps s’ouvre devant toi, sans perspective que de rester assis dans la pénombre de la rue. Ta maison derrière toi ne s’écroulera pas tant qu’il y a de la joie en elle, mais elle s’écroule et s’écroulera toujours s’il n’y a pas de joie.

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La cité de Dieu

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Le temps qui passe

Pelourinho, Bahia, gildalliere, 2012.
Photo/Gilles Dallière

Plaqué contre le mur, il y a comme un je ne sais quoi tout près de dégringoler dans cet extérieur décrépi. Il est tôt, la fraîcheur de la nuit s’attarde sur le Pelourinho et je devine la senteur iodée de l’océan. Un léger brouillard d’émotion se dresse au fond de moi. Ici, il n’y a plus de filles et de garçons à baiser. Il y a la brique qui se désintègre, la patine jaune qui bégaie la mort, le bois qui craque et le carrelage qui transpire les senteurs de soufre d’une nuit arrosée… À l’époque c’était un bar. De la terrasse enflammée de néons pourpres, la vie s’est doucement retirée et il ne reste plus que des images glacées peuplées de personnages qui ne parlent plus.

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Le temps qui passe

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