La lumière de l’ombre…

Suspension, Aghwanpur, usine, Inde, gildalliere, 2007
Photo/Gilles Dallière/Aghwanpur/India

J’aimerais tenter de faire revivre cet univers d’ombre, en obscurcir les murs, en dépouiller l’intérieur de tout ornement superflu. Je voudrais retenir ce monde clair-obscur qui s’efface. J’aimerais plonger dans le noir la misère de cet atelier indien trop visible, et éteindre la suspension pour découvrir cette part d’équilibre entre l’ombre et la lumière où la lumière de l’ombre.

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La lumière de l’ombre…

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« Il automne »…

Le miroir aux oiseaux, belgique, gildalliere, 2011
Photo/Gilles Dallière/Belgique

“Il automne”, et pourtant, dans l’atelier de Karel Aubroeck, une fois nettoyé les nuages, j’ai l’œil ébloui, le souffle bloqué devant la luminosité qui agit comme un renouveau sur l’ouverture carrée donnant sur le jardin inspiré du Land Art. Noyé dans tout ce gris, le jeu de lumière s’anime et les couleurs se réactivent dans la réflexion du miroir, œuvre d’art de Günther Förg.

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« Il automne »…

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Le temps qui passe…

Inspiration, Anvers, gildalliere, 2006
Photo/Gilles Dallière/Anvers/Belgique

C’est un lieu sacré du quotidien où l’on peut chercher la solitude et le repos de l’esprit. Un lieu sans prétention où la lumière, adoucie par les ombres, rend le discret encore plus beau. Il y a dans l’ombre une subtilité qui plus que la lumière directe semble favoriser les formes. Elle ajoute de la profondeur et de la beauté. Il n’y a rien de tel qu’un espace vide. Le rayon du soleil illumine la fumée du charbon de bois brûlé dans l’âtre et l’intense obscurité de la pièce pour révéler l’incroyable beauté du temps qui passe.

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Le temps qui passe…

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Ourler le noir au blanc…

La cour, le jardin des Biehn, Fès, Maroc, gildalliere, 2020
Photo/Gilles Dallière/Fèz/Le jardin des Biehn

Je pense à Michel, alors je suis revenu en arrière pour travailler le noir et blanc de ce jardin qu’il aimait en couleur. Préférer désaccorder ce qu’il avait merveilleusement accordé. Accentuer les ombres sur le mur écaillé par le pépiement des oiseaux. Souligner les époques des terres mêlées, plantées autour de la transparence d’un pipi étoilé. Ourler de noir l’ombre des senteurs où, rêveur, je me suis étendu par un désir d’éclair ourdi de mélodies. Le jour s’incline à mon côté pour sentir dans ton cœur inonder l’univers.

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Ourler le noir au blanc…

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Jeu de scène…

Le milieu est bleu, Ulla von Brandenburg, installation textile, Palais de Tokio, Paris, gildalliere, été, 2020
Photo/Gilles Dallière/Palais de Tokyo/Paris

La bâche d’Ulla Von Brandenburg est théâtrale, comme une courtisane parée quand elle s’offre aux regards par delà les projections des rayons du soleil. Elle dessine les formes d’histoires imaginaires. Celles, harmonieuses des voiles gonflées par la vie, celles, plus escarpées et dures du cap et de l’écueil. L’homme est à nu devant les couleurs du pampre de l’écume et des éclaires d’une sonorité répétitive. La toile se noie dans l’outre-mer d’une installation percée à vif, plissée à mi-hauteur du bleu d’un ciel changeant.

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D’ombres et de lumière…

Escalier du Majestic, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Nice

La lumière, tamisée d’Art déco, panse des plaies invisibles. L’architecture est un spectacle, et on devrait se mettre dans un fauteuil de velours rouge pour l’admirer. Un mur ouvert comme celui-ci : c’est un livre. Je deviens moi-même une des phrases de son histoire, et j’ai alors le bonheur d’être presque aussi intelligent que le rayon de soleil qui traverse ces fenêtres.

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Le goût du silence…

Réflexion, avenue Malakoff, Paris, gildalliere, J.Karam, 2019
Photo/Gilles Dallière/Paris

Je me demande de qui je tiens la volupté du simple. Ce goût du silence. D’où vient cet amour du détail ? Celui de la démesure pour le fou rire qu’il procure ? La lucidité du pire comme du meilleur ? L’ascèse luxueuse du beau ?
Je sais que le miroir de ce marbre poli brillant me sépare de l’infini. Mais il y a une petite chose que personne ne voit, et qui ne fait pas vraiment l’affaire d’un monde soucieux d’efficacité, de pouvoir, et de rendement. Ma place est bien ici, dans la marge de cet espace ouvert : un autre réel.

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La sieste…

Sieste, Cythère, 2013, gildalliere
Photo/Gilles Dallière/Karavas/Cythère/Grèce

Il y a silence et silence, mais le véritable silence, je l’ai trouvé dans cette chambre, au-delà des mots et de l’absence des mots. Le décor est si bien dessiné qu’il me met à l’écart. J’ai l’impression que je ne peux pas fabriquer l’image parce que tout est en place. En accentuant le flou et les contrastes entre l’ombre et la lumière, je transforme la moustiquaire en un nuage de rêve plongé dans le soir, juste éclairé par un trait d’amour mystérieux.

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Hallucination…

Silence, Essaouira, gildalliere, Maroc,HLD, 2008
Photo/Gilles Dallière/Essaouira/Maroc

La lumière, n’est-elle pas une hallucination de la nuit ?
Et le vent, n’est-il pas de couleurs si différentes qu’on se demande si c’est le même ?
Autour de moi, une coursive carrelée de ciment noir, baigne dans une lumière abrasive au regard, hypnotique, mystérieuse. Le soleil s’incline tremblant dans l’air de toutes ses ombres.

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À la recherche du silence…

Atelier deSuzanne Valadon, Musée de Montmartre, rue Cortot, la suspension, gildalliere, été, 2020
Photo/Gilles Dallière/Musée Montmatre

Hier après-midi je suis allé au musée Montmartre, voir la très belle exposition « la révélation de l’abstraction », sur l’un des plus grands créateurs de l’art non-figuratif : Otto Freundlich. Une grande rétrospective, 80 œuvres, sur cet aventurier de la couleur et de la matière, qui a côtoyé toutes les avant-gardes. Mésestimé par les allemands, il fut déporté et assassiné en 1943. En sortant, je suis repassé par l’atelier de Suzanne Valadon à la recherche du silence. J’y ai mis en scène la petite coupelle de verre givré, effacé les reliefs pour privilégier la surface nue du lambris. Et la voici sur un fil, agacée d’être allumée en plein jour.

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À la recherche du silence…

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