La modernité imposée

pj-si-32-c, fauteuil Le Corbusier,Chandigarh, india, gildalliere, 2010
Photo/Gilles Dallière

Si je n’avais pas rencontré l’Inde en 2001, je n’aurais que mon enfance pour savoir que les mythes se touchent et se sentent. J’y suis allé travailler deux fois par an pendant quatorze ans et dès le premier voyage, j’ai été piqué par sa magie, mon rapport à la vie s’en est trouvé modifié. À Chandigarh, la modernité imposée par Le Corbusier apparaît comme une minuscule aventure ; le papillon gris d’une morne saison posé au pied de l’Himalaya. En Inde, il faut avoir le temps. La hâte est un obstacle, la disponibilité une source de bonheur. L’Inde m’a fait sentir libre de devenir étranger à moi-même. Le désastre de Le Corbusier avec ses rues au carré et ses bâtiments inhospitaliers symbolise une des catastrophes du XXe siècle, le refus de considérer les méandres du réel et la nature des hommes. En Inde, je n’ai jamais vu autant de sourires, d’oiseaux, de dieux, d’attentes, de mains, d’ordures, de fruits, autant de menaces, de tendresse, de sexes lactés, de sang dans le ciel du soir, d’yeux dorés qui dissèquent, d’aboutissements.

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La modernité imposée

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L’enfer souterrain

MeÃÅtro, Paris, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

Le monde est une fenêtre. Dans cet encadrement, la main courante semble glisser sur la crasse d’un mur éreinté. Place de la République, dans le métro du XXIe siècle, l’anthologie des ombres décrit les corps d’une société atomisée, repliée sur la satisfaction de ses besoins personnels. Ils sont là, tous, dans leur distance. Ce qui n’apparaît pas se découvre dans le silence gris de ce cadre déchiré. Tous sont là, les mains posées sur la rampe gluante de cet enfer souterrain à courir vers je ne sais quoi.

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L’enfer souterrain

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Le génie des métamorphoses

Sépulture de Victor Brauner, cimetière de Montmatre, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

« Ma peinture est autobiographique, elle raconte ma vie et ma vie est exemplaire car universelle » Victor Brauner. Le surréalisme a fait l’impossible pour multiplier ces moments où l’homme, en proie à une émotion particulière est soudain empoigné par ce plus fort que lui qui le jette à son corps défendant dans l’immortalité. La peinture de Victor Brauner est riche de matière mentale. Son œuvre frappe par sa diversité, un éclectisme avant-gardiste qui le fera dépasser le surréalisme. Toute sa vie, Victor Brauner a crée des images insolites et des figures chimériques. Il emprunte aux arts primitifs et aux sciences occultes pour exprimer des archétypes universels. Et sur sa sépulture, les émotions ont deux visages stylisés. Ils illustrent son épitaphe : « Peindre c’est la vie, la vraie vie, ma vie. »

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La ville m’interdit d’entrer.

Passerrelle MÜller, architecture DVVD, Ivry-sur-Seine, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

À Ivry-sur-Seine, sur la passerelle Müller, j’écrase la ville. Elle est là, difforme, à mes pieds, posée sur l’horizon, colonisée, violée, châtrée par des citoyens sûrs d’eux-même, sûrs de leurs décisions, de leurs idées, de leur logique, de leur agressivité, de leur perversité et de leur destin. Désormais je n’entends plus les soupirs inquiets du vent, mais le sombre vrombissement des moteurs, le sifflement dangereux des trottinettes qui couvre le pépiement des oiseaux, le ronflement de la voie ferrée. Derrière l’épaisseur blanche des rejets de la déchetterie, la ville m’interdit d’entrer… Elle me laisse dehors, me repousse et moi aussi d’une certaine manière je refuse d’y entrer.

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La ville m’interdit d’entrer.

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Faux départ

Nager en eaux troubles, Hossegor, 2014, gildallière
Photo/Gilles Dallière

J’ai appris avec calme une nouvelle qui me livre à un travail de démoralisation et de démolition. J’ai toujours imaginé des tas de choses dans la vie. Tout comme il existe un cimetière des éléphants, j’imagine aujourd’hui un cimetière des amours… je crois que pour certains je pourrais écrire un roman, mais il faudrait alors imaginer un cimetière des récits et ce n’est pas le propos d’aujourd’hui. Dans l’escalier de ma vie, ils sont devenus des fantômes qui se sont mis à me hanter avec insistance. Un escalier que je découvre pavé de courage, de vulnérabilité, de rêves, de magie et de désillusions.

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Karl Lagerfeld

Karl Lagerfeld, la Vigie
Reportage/Gilles Dallière/Photo/Nicolas Millet

Karl Lagerfeld aimait la démesure. Il avait le sens de l’invention et de la réinvention. J’ai eu le plaisir de photographier la Vigie à Monte Carlo, au bord du golfe de Monaco. Une Villa toute blanche qui évoque la Riviera d’antan. Louis XV et Louis XVI s’y sentiraient chez eux. Volubile et drôlement présent, Monsieur Lagerfeld était disponible, concentré, pertinent, c’était un abîme de culture sans pédanterie. À la Vigie, le temps n’existait plus. Pour lui, c’était l’aisance avec laquelle on habitait les maisons qui était important. La maison idéale ? C’était toujours la prochaine, comme une collection. C’était le rêve inaccessible qui poussait à créer. Faire des robes, du dessin, de la photo, de l’édition, des maisons, peu importe, c’était la seule façon qu’il avait de vivre, en travaillant, en s’amusant, en utilisant ses défauts, en les récupérant. Vous êtes, Monsieur Lagerfeld un merveilleux souvenir.

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Karl Lagerfeld

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L’homme de bronze

Bronze de Joseph Bernard au Musée do Chiado, Lisbonne, gildalliere, 2007
Photo/Gilles Dallière

Il est midi, le jour est immobile et le soleil te fait pencher la tête. Ton bronze est encore plus noir que ton ombre. Tu regardes sans désir la ville qui se dresse à tes pieds dans l’air dru jusqu’au ciel. Un peu plus de lumière et le jardin s’incline devant ta nudité. Qui de nos jours, sait encore rester comme toi immobile ? Ta figure, d’une étrange beauté m’intrigue, m’inquiète même et j’éprouve le sentiment pénible qu’une si merveilleuse beauté pût s’allier à l’absence de toute sensibilité.

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L’homme de bronze

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