L’Elevador de Santa Justa

Ascenseur de Santa Justa, Lisbonne, gildalliere, 2007
Photo/Gilles Dallière

Entre le ciel et la mer tu me transportes à la surface de la vie. Elle grouille dans tes poumons d’acier et le désordre de tes câbles. De la Baixa au Chiado, tes ornements mathématiques frissonnent à 360 degrés. Tous ces cris de la rue, ces ombres qui courent, ces bruits qui résonnent, s’agrippent à ta couronne pour écouter la mélodie qui s’élève de la poussière du ciel. Tu restes au cœur de Lisbonne la figure de proue qui au son d’une guitare acoustique rend le Fado plus vivant. La pluie et tant et plus, t’ont marqué, toi, le voilier sans voiles, le quai que tu as déserté a reçu bien des marées nouvelles. Dans le brouillard d’une intuition, dans tout ce gris, aucune amarre ne te retient, ton regard se fixe sur la rivière et tu portes dans l’air glacé la course vive des varinas.

Clichés/architecture, Clichés/photos, Clichés/voyage

L’Elevador de Santa Justa

Image

Au fil d’une vie

encriers chinois, Birmanie, gildalliere, 2006
Photo/Gilles Dallière

Il faut savoir regarder les choses en face, j’ai hérité de la passion des objets. Je ne sais toujours pas de qui je tiens cette passion, en tout cas ni de maman, ni de papa. Comprenez moi bien, je tombe amoureux des objets et j’ai une dévorante ivresse pour la céramique. Elle est là depuis toujours comme une référence esthétique qui me donne un sentiment de tranquillité. J’aime ses formes, sa matière, ses couleurs. Les gens ne savent plus voir ni entendre et il faut apprendre à regarder. Apprendre à regarder c’est apprendre à trouver. Dans chaque biscuit découvert il y a une histoire, un message, l’objet doit trouver sa place et même si je suis pour l’ordre je suis aussi ouvert à l’imprévu. C’est une histoire d’amour, la plus belle et parfois je la quitte et j’aime en faire don à qui me laisse à penser qu’ils les aimeraient tout autant que moi.

Céramique, Clichés/design, Clichés/Inspiration, Clichés/photos, Clichés/voyage

au fil d’une vie

Image

La pâleur du plâtre

De Uil, Belgique, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

Le ciel flamand est chargé de nuages comme une menace et les murs de l’atelier sont fermés sur la pâleur des plâtres de la statue équestre d’Albert 1er. Avec le vent d’Ouest, dans le noir en plein jour, la poussière voile la sculpture qui s’enterre en silence devant le temps qui cogne à la porte. La lumière tombe au bon endroit et le cheval prend vie. Je pointe mon œil sur ce coin de réel. La porte aux souvenirs s’ouvre et je glisse sur le morceau du temps où Karel Aubroeck façonnait le bronze du roi des belges.

Clichés/architecture, Clichés/décoration, Clichés/Inspiration, Clichés/photos, Clichés/voyage

La pâleur du plâtre

Image

Numa

Numa, Paris, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

Est-il quelque chose qui pourrait lui ôter l’espoir d’être un jour en lui ?
Est-ce la pudeur de son regard qui se mêle à l’impudeur?
Est-il hors-champ pour ne pas dévoiler son autre réalité ?
Il n’y a pas de pays du bonheur, il n’y a qu’un voyage : l’unique. Il est assis là, sur le bord gauche de la chaise, cynique et doux, brutal et émouvant, odieux et bouleversant, déchaîné et cependant si juste qu’il s’accorde à l’instant, à la seule source de lumière. Même si il pleut, l’envie de rehausser ce cliché noir et blanc de couleur dévoile son autre réalité : celle du rire. Et c’est son rire qui flotte comme un voile transparent sur lui.

Clichés/photos

Numa

Image

Post-scriptum

Saint Merry, Paris, gildalliere,2017.jpg
Photo/Gilles Dallière/Église Saint-Merry

Post-scriptum. À Saint-Merry, le parfum des lys blancs flottait comme un tulle transparent sur ton portrait, sourire en coin, sur ta liberté de vivre. Est-ce le dégoût de la vie, le sentiment irrémédiable d’un ratage qui t’on poussé au suicide ? Les rencontres, les retrouvailles successives, ton métier ne t’auraient-ils apporté que déceptions ? L’amour, la beauté des hommes, celle des femmes ne seraient-ils pas parvenus à t’extraire de ton désespoir ? Aurions-nous dû apprendre à scruter ta solitude cachée derrière ton élégance admirable ? Qu’avons nous fait de ta bouleversante fragilité ? Dans mon errance urbaine, je me suis mis à regarder le feu follet de Louis Malle. Dans le dernier plan du film on peut lire : « Je me tue parce que vous ne m’avez pas aimé, parce que je ne vous ai pas aimés. Je me tue parce que nos rapports furent lâches, pour resserrer nos rapports, je laisserai sur vous une tache indélébile ».

Clichés/architecture, Clichés/Inspiration

Post-scriptum

Image

Le miroir aux oiseaux

Le miroir aux oiseaux, belgique, gildalliere, 2011
Photo/Gilles Dallière

La boule s’est arrêtée de rouler, elle a échoué sur un banc de chêne épais pour un temps incertain. Elle revoit en un instant tout son cheminement dans le reflet du miroir aux oiseaux. Il raisonne à mes oreilles dans son écrin de mousses et d’arbres qui capturent sans cesse les tons changeants du ciel flamand. C’est un îlot de verdure, un tableau vivant, le reflet incliné vers tout ce gris qui nous étouffe. De l’autre côté du miroir, même si le ciel est nuageux, tout est autrement.

Clichés/architecture, Clichés/décoration, Clichés/expositions, Clichés/interiors, Clichés/photos, Clichés/voyage

Le miroir aux oiseaux

Image

Alfred

L1001360-Modifier
Photo/Gilles Dalliere

Mon Alfred,nous allons prier pour toi à Saint Merry, mais qu’y avait-il de sombre et de sourd en toi pour que tu choisisses de mettre fin à ta jeunesse. As tu bien le sentiment d’avoir obtenu les deux ou trois choses essentielles d’une vie ? Ta mort me bouscule. Un jour tu as fui Paris pour retrouver tes racines, et ta famille. Tu es là, avec ton sourire, épatant, vibrant, fébrile et au delà de ce sourire, tu ne quittes jamais une certaine retenue. Ton départ était donc définitif. Tu es parti vers ce que tu es, ce que tu as traversé pour te construire et être celui qui, à l’aube de la quarantaine, n’a malheureusement plus que la mort en ligne d’horizon. Tu as choisi de tourner le dos à la vie et j’espère de tout mon cœur qu’aujourd’hui, ce sont les anges qui t’accueillent à bras ouverts. Quand à moi je ne t’oublierais jamais.

Clichés/photos, Clichés/voyage

Alfred

Image