L’aumône

Mendiant, Bénarès, gildalliere, Inde, 2008
Photo/Gilles Dallière

L’amour est un mendiant qui cache un trésor dans ses guenilles et celui qui demande l’aumône peut gagner une couronne.

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L’aumône

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Poussière

Ganga, gildalliere, Inde, 2008
Photo/Gilles Dallière
Sa souffrance empêche les roses de sourire, il attend la mort sur la dalle de grès jaune devenue braise ardente sous le feu du ciel. Il hume les odeurs de merde et la chair brûlée des crémations. Derrière lui, la vue s’étend à l’infini sur l’eau jaunâtre du fleuve. Loin, très loin la longue rive du Gange se confond avec le ciel auquel elle semble accrochée par les silhouettes des arbres couleur de brume. Mourir ici délivre une fois pour toutes du samsara, de la pénible obligation de renaître et de renaître encore. La poussière de cendre le recouvre d’un voile transparent, la lumière ruisselle sur le gras de ses cheveux et sur son visage d’ébène, une méchante toile jetée sur sa nudité l’abrite du soleil meurtrier. Sa mort sera ordinaire et banale, elle ne s’accompagnera pas de gesticulations, elle est un fait.

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Poussière

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Instants donnés

Bouddhisme, Inde, gildalliere, 2008
Photo/Gilles Dallière

L’Inde oblige à sortir de soi. Elle nous sollicite, nous provoque, nous séduit, nous repousse, nous hypnotise tellement que nous en venons à nous oublier. À Sanchi, l’homme piégé dans mon cadre porte son âme au bord des yeux. Malgré la distance tenue, le silence sacré, sa présence me prend à témoin. Un fragment entier d’univers se déploie. Il a peur et c’est cela qui est beau, quand à moi, je suis pétrifié par sa somptuosité rebelle. Chacun de nous est absorbé par son propre rituel.

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À la recherche du temps retrouvé

Yoga, Varanasi, 2008, Inde, gildalliere
Photo/Gilles Dallière

En Inde, le yoga est une technique de libération de l’esprit : une délivrance. Cet homme pousse la terre de ses mains, il renonce au monde qui l’entoure. Rien de plus fragile, de plus instable, que cette fixité. Pas une faille ne passe, pas une brisure, pas un bref nuage d’incertitude ou une probable fatigue, le mouvement va se déployer jusqu’à toucher le ciel pendant des heures. Il sait ce qui l’attend car il a la mort en partage comme si d’avance il connaissait, jeune sage d’un autre âge, le lot commun, l’issue fatale. Le yoga représente sans doute le plus formidable défi que l’esprit se soit jamais lancé : celui de cesser d’exister pour, enfin, être. Moi, je meuble l’invisible.

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À la recherche du temps retrouvé

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Instant donné

Delhi bain f4
Photo/Gilles Dallière

Les gens de ce pays ne nous ressemblent pas. Ils sont là dans leur distance, le lit du fleuve s’efface. L’anthologie des ombres écrit les corps comme un fruit silencieux et quand ils vous regardent, ils ont la pureté d’un diamant fiché au fond des yeux.

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La pose

Altan, gildalliere, Paris, 2017
Photo/Gilles Dallière

Il porte instinctivement la main à sa tête, relevant les imaginaires cheveux qu’il croit tombés sur son front, rectifiant l’accroche-cœur noir qui dessine une virgule en haut de sa tempe. Il est un peu nerveux de me voir silencieux. Il est assis et je demeure debout devant lui mon Leica à la main. Nous éprouvons une gêne de ce manque de courtoisie de l’un, de cette humilité de l’autre. Quelque chose l’arrête enfin lorsqu’il aperçoit le changement de décor au dessus de la commode. La lumière est parfaite, elle tombe du plafond de la chambre voilée par la transparence des rideaux. Il semble embarrassé, tourne la tête et regarde par la fenêtre, les coudes sur les genoux tellement l’assise de la chaise est minimale.

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La pose

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La table est dressée


Photos/Richard Alcock/Direction artistique/Gilles Dallière

La table est dressée, Eurydice s’amuse du visage d’enfant et les ombres des couverts en profitent. Les porcelaines Raynaud rendent un hommage appuyé au travail de Jean Cocteau. Une très belle collection d’assiettes, de plats, de tasses et de petits cadeaux griffés par la main du poète surréaliste. Je rends hommage à l’angle de réflexion du photographe espagnol Chema Madoz en mettant en scène cette collection. J’ai épié les pastels poudrés, la profondeur des noirs cherchant à deviner leur face cachée. Avec Richard, nous avons manipulé l’image, métamorphosé les lignes, les ombres avec la légèreté liée à l’idée du jeu, parce que pour comprendre la poésie, il faut être capable de retrouver son âme d’enfant.
http://www.raynaud.fr

 

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La table est dressée

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