Une architecture assumée

Centre Pompidou Metz, escaliers de secours, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

L’architecte a construit une fenêtre. À travers l’ouverture, une forêt de tuyaux soudés les uns aux autres dessine des horizons de cristal qui, en réalité, nous permettent de voir le ciel et les galaxies. À l’horizon la ville de Metz s’invite, divisée par les obliques d’un escalier de secours qui déséquilibre délicatement la scène et laisse entendre que dans la vie, tout ne peut pas être en équilibre parfait. Le sentiment de gigantisme est renforcé lorsque l’œil aperçoit les gaines de circulation d’air qui apparaissent comme un écho lointain à l’architecture de Renzo Piano et Richard Rogers à Paris. Je cadre ce jeu de reflets absolus, immobiles et silencieux. Les lignes architecturées de la canopée de Shigeru Ban couvrent les soupirs inquiets du vent dans une composition mystérieuse tout en géométrie cosmique.

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Une architecture assumée

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Le vertige de l’échelle

Centre Pompidou Metz, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

Dans ce vertige de l’échelle, l’architecture cultive l’ombre qui émerge de la lumière. Elle se réclame du jour. Le désir de se relier aux étoiles, d’entrer en fusion avec le ciel, c’est ce qu’a fait l’architecte japonais Shigeru Ban au Centre Pompidou Metz. Un vertige des sens, un vertige intérieur qui nous invite à penser les choses différemment. “L’architecte de l’urgence” questionne le rythme des formes et l’éphémère, et donc d’une certaine mesure, le temps. À l’intérieur, le sentiment de gigantisme est renforcé par la structure. Elle enveloppe l’homme, infiniment petit, dans un espace informe et sans repère. Un vertige cosmique, éloge du vide créé pour l’art et l’infinie beauté de l’exposition “peindre la nuit”.

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Le vertige de l’échelle

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Point de vue

Thomas Schütte, Monnaie de Paris, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

À l’étage du 11 Conti Monnaie de Paris, en plein milieu de la salle Dupré, j’entre dans la « Kristall II » de Thomas Schütte. J’y pénètre pour voir, tout en observant les points de vue choisis par l’artiste allemand sur la toile marouflée du plafond peint par Jean-Joseph Weerts en 1892. Les flammes du crépuscule s’évanouissent dans les ors des moulures. Le lustre en cristal trace un sentier fictif entre la toile et les planches de bois clair serties de cuivre. C’est comme la scène d’un théâtre quelques secondes avant le lever de rideau. Tout au long de la visite, la céramique, la cire, le dessin, la peinture, l’architecture, participent d’un mouvement incessant qui absorbe et renouvelle les problématiques et les formes des matériaux les plus traditionnels aux techniques les plus pointues, de la maquette à l’architecture grandeur nature, de la miniature à la sculpture monumentale.

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Point de vue

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Les strates de merveilleux

Pushkar, le marché, Inde, gildalliere, 2004
Photo/Gilles Dallière

C’est pour ces photos que j’ai compliqué ma vie pendant quatorze ans. Ce voyage, n’était-il pas si gorgé de supercherie qu’aucune vérité n’en pourra jamais prendre forme ?
N’y aurais-je trouvé que moi, cet impossible moi cherchant un équilibre ?
Je me hâte sans but, je traverse par les sentiers aériens du temps la place du marché de Pushkar. C’est un bazar où l’on flâne à l’écoute de ce que le village sacré nous veut de bon, à la recherche de la vraie vie. À cette heure les oiseaux rusent avec leurs ombres sur l’eau grise du lac balisé par des temples multicolores. Il y a une caravane de dromadaires, des strates de magie, des nuées et de la poussière de merveilleux. Je suis perdu au milieu d’un paysage sans bornes de champs comme des cuirs tannés tendus sur des ondulations de terre mauves, jaunes, roses et bleues. Un paysage dont l’enivrante répétition des mesures conspire à vous essorer l’âme. Là est le merveilleux.

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L’usage du monde

Palais du Maharaja de Bénares, india, gildalliere, 2008
Photo/Gilles Dallière

Le long du Gange, dans ce palais ocre rouge, piqué de deux ou trois renflements de faïences bleues, c’est un matin comme tous les autres, un matin de mars. Hypnotisé par cette vibration rageuse, je suis ébloui par la fraîche pâleur des eaux sacrées. Ils sont là comme des oiseaux danseurs, ils viennent dépeupler le ciel de ses étoiles sur la géométrie poétique des ghats. C’est le moment où l’on perd pied, où la parole, soulevée par le fleuve devient prière. Ils viennent bien du pays où les couleurs ont cette couleur, celle dont la vie est si bien réglée que chaque jour ils peuvent consacrer quelque temps à leurs dieux.

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Une saison sensible

Altan, Palais de Tokyo, Paris, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

Au Palais de Tokyo, cette sensation d’un vertige noir persiste. Impassible, le regard tendu vers son portable, il observe les images errantes qui défilent dans son esprit virtuel. Seul, noyé dans cette ombre instable et mouvante qui met en avant l’œuvre exposée de l’artiste américain Theaster Gates, je l’ai dévisagé en silence, cherchant dans ses traits le dessin du visage dont, malgré moi, j’ai gardé l’image intacte. Autour de nous, partant d’un épisode spécifique de l’histoire américaine, l’artiste initie un nouveau projet explorant les histoires sociales de la migration et des relations interraciales.

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La flottaison de l’âme

Escalier du Palais des Ministères, Chandigarh, gildalliere, 2010
Photo/Gilles Dallière

Le corps suspendu entre ciel et terre et la jubilation que j’éprouve m’imposent une halte. Le temps s’est arrêté. Devant moi le site du Capitole s’imprime sur la toile des contreforts de l’Himalaya. Dans se monde administratif devenu tout à coup immobile, j’ai vu l’essence de la beauté. La rampe du Palais des Secrétariats est là, en contre bas, devant moi. Elle exhibe sans ambiguïté sa fonction esthétique d’une grande beauté, cassant le rythme des supports de béton ancrés tout le long de la façade. J’ai scruté pendant des heures cet insondable enchevêtrement envoûté par Je ne sais quoi de silencieux. L’étendue est si vaste que mon monde est devenu trop étroit.

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Les archives du vent

Le toit du Secretariat, Chandigarh, Inde, gildalliere, 2010
Photo/Gilles Dallière

À Chandigarh, sur la dalle horizontale de la gigantesque terrasse du Palais des Ministères, les archives du vent opposent le béton discipliné à la misère spontanée. Secrètement accordé au chaos qui m’habite depuis mon réveil, cloué sur mes jambes par une bourrasque cinglante, je fais face au naufrage de ce monolithe couché. C’est une journée glacée dans son immobilité. Une journée éternelle dans le silence vide d’une planète morte. La sombre carcasse du lit lamellé par la misère lui prête une beauté brutale. Le regard tendu sur les géométries, j’observe le travail de l’architecte, interrogateur et soucieux. Le silence enveloppe cet instant d’une étrange fantômalité.

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Le monde est une fenêtre

Détail du palais des assemblées, Chandigarh, gildalliere, 2010.
Photo/Gilles Dallière

La structure du Palais des assemblées à Chandigarh, est percée d’alvéoles où l’Inde a repris ses droits. Les différentes peaux de béton s’épuisent au soleil et donnent l’image improbable de ce que l’architecture n’est plus. Le monde est une fenêtre et dans cette croisée, le vent respire. Les formes géométriques s’enchevêtrent, les draps froissés de poussière dissimulent la misère perchée sur les balcons. Les horizontales s’opposent aux verticales, les pleins aux vides, le doux à l’abrupte, la perspective fuit le jeu de la lumière mouvante. Tout coule, tout vibre sous le soleil d’hiver, magnifique horizon himalayen. L’essentiel est nu.

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Le monde est une fenêtre

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Ouverte aux quatre vents

La tour des ombres, chandigarh, gildalliere, 2010.
Photo/Gilles Dallière

À Chandigarh, la lumière peut-être magnifique. Dans la halle ouverte aux quatre vents de la Tour des Ombres, le rythme des brise-soleil est parfaitement millimétré. La beauté esthétique y prévaut autant que la fierté, l’humilité, et la force de l’architecture. Mais c’est une autre dimension qui naît précisément de cette élégance qui rompt délibérément la symétrie de l’immense esplanade. Mon objectif s’y attarde, exploitant les pleins et les creux de ces lignes enchevêtrées. Une inventivité qui donne aux ombres une dignité singulière. Elles sont les armes contre la rudesse de Sūria, le dieu soleil.

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Ouverte aux quatre vents

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