Une saison sensible

Altan, Palais de Tokyo, Paris, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

Au Palais de Tokyo, cette sensation d’un vertige noir persiste. Impassible, le regard tendu vers son portable, il observe les images errantes qui défilent dans son esprit virtuel. Seul, noyé dans cette ombre instable et mouvante qui met en avant l’œuvre exposée de l’artiste américain Theaster Gates, je l’ai dévisagé en silence, cherchant dans ses traits le dessin du visage dont, malgré moi, j’ai gardé l’image intacte. Autour de nous, partant d’un épisode spécifique de l’histoire américaine, l’artiste initie un nouveau projet explorant les histoires sociales de la migration et des relations interraciales.

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Une saison sensible

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L’intimité

Détail 3, Alain, gildalliere, 2011
Photo/Gilles Dallière

Voilà bien le moment précis où le présent est happé pour toujours dans le passé. Le moment où le voyage se poursuit dans l’obscurité d’un corps d’albâtre tel une obsession. Seuls les contours esquissés, à peine éclairés s’accordent aux tons monochromes du fond. Debout, face à moi, il y a de l’intimité, de la timidité, de la pudeur, de l’innocence. L’aspect physique du corps, la chair, l’identité du sexe se troublent. L’espace aussi. Je cherche à raconter mes états d’âmes, mes déséquilibres, la solitude, l’érotisme, la douleur, le risque, le désir. La lumière est froide, comme toujours. Le mystère demeure et il doit en être ainsi. Il s’attarde encore une fois sur cette cicatrice découverte à l’ombre d’un sexe qui ne se dévoilera pas.

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L’intimité

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Abyss

Détail 2, Alain; gildalliere, 2011
Photo/Gilles Dallière

Le corps danse, libre devant mon objectif, noyé dans ce flou volontaire. Ici, j’affirme autant l’existence physique que je mets en doute la vérité de ce corps que j’ai asexué. La photographie est sous-exposée et grâce à la lenteur du mouvement, une trajectoire visuelle prend forme. Elle va du blanc transparent à l’opacité des noirs. De la présence à l’absence. Le noir englouti les notes saccadées du piano de Ryuichi Sakamoto, le temps ralenti ce qu’il reste de la lumière sur le lâcher-prise de la main grande ouverte. L’espace est mesuré.

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Abyss

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Rien n’est figé

Détails, Alain, gildalliere, 2011.
Photo/Gilles Dallière

Séquence de corps morcelé, de démembrement calculé, de distorsion noyée dans un flou artistique. À la netteté de cette main ciselée dans le noir et blanc s’oppose une composition abstraite dont la réalité semble s’être absentée. C’est le tremblement recherché. Le mouvement s’impose pour saisir l’énergie et l’expressivité. Ai-Je besoin de contrôler, de maîtriser au plus près ce corps dans un cadre ? Une pose patiente, une source de lumière unique, l’appareil en très légère plongée, autant de contraintes discrètes qui ont pour effet de vider insensiblement le sujet d’une subjectivité évidente. Il y a de la fraîcheur à capturer le mouvement en train de s’accomplir. Rien n’est figé, bien au contraire.

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Rien n’est figé

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Entre les lignes

Réflexion, Frédéric Vayr, Ivry, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

À un âge pas encore amer, mais plus tout à fait insouciant, je passe beaucoup de temps à observer les visages car ils me racontent des histoires. Derrière les traits de l’ophtalmologiste il y a les marques de la vie d’un autre visage et l’espace-temps de ces deux profils représente bien plus qu’un simple moment. Dans ce reflet, il y a une vraie histoire, celle de l’artiste, de l’instant où l’essence humaine va se libérer. Entre yin et yang, entre ciel et ciel, derrière cette imprécision lumineuse, j’ai tenté de capturer sa sensibilité, ses questionnements et l’ombre qui les voile déjà. Elle suit son regard fixe puis s’arrête avec pudeur dans cet entre-deux, prêt à se délier et à se perdre dans la lumière de l’autre.
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Entre les lignes

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Arrêt sur image

Mariage Maman et Papa, Bordeaux, 1954
Photo/Bordeaux 1954

Comme il y a le dernier verre ou l’ultime message, quand le temps ne fait rien pour réunir deux personnes, que deviennent-elles ?
Le temps est passé, j’ai découvert cette photo que je n’avais jamais vu. C’est leur photo de mariage. La beauté par laquelle nous entrons dans l’amour échange ses reflets comme le bleu qui circule dans les yeux de mon père. Quand à toi chère maman, même si la beauté se réveille dans tes yeux, ils sont vagues comme des vents de jade. Je m’éternise en équilibre entre celui qui est parti et celle qui reste et je tiens tête au silence.

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La dérision

L'heure du bain, gildalliere,  2007,Mathias
Photo/Gilles Dallière

La vie n’est jamais banale. Si j’observe attentivement le monde, je m’aperçois qu’il est complètement loufoque, spectaculairement surréel, fantastiquement délirant. Tous ces objets qui nous entourent sont ridicules. Les travaux qui obsèdent les gens importants sont inutiles. Cette époque est une farce sinistre remplie de choses débiles. Il faut se garder d’en déduire des règles de conduite. Alors pourquoi ne pas mettre à sa place un tableau dans la baignoire ?

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La dérision

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