L’impériale désuétude.

Fontaine du Palais Moulay Idriss, Fès, gildalliere, 2020 Maroc
Photo/Gilles Dallière/Palais Moulay Idriss/Fès/Maroc

Ici, on dit que les choses sont ainsi ; il y a là une allée pavée de marbre, des bassins asséchés, des orangers et des cyprès. Il y a là un jet d’eau, une vasque de marbre, une étoile de zelliges multicolores. L’eau s’échappe de la fontaine, ruisselle et baigne le marbre majestueux. D’innombrables pigeons vont et viennent sur les dalles descellées au soleil et leur promenade roucoulante est encore ce qui donne le mieux à mon esprit la mesure de la majesté du lieu.

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L’impériale désuétude.

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Les griseries d’une répétition.

Le dressing, ES, gildalliere, 2008
Photo/Gilles Dallière/Fontainebleau

Éric Schmitt est un homme de bronze, d’albâtre, de souche d’arbre, de laiton et de verre de Bohème. Chez lui, à la campagne, le courant d’air venant de la porte grande ouverte dans laquelle je m’imprime fait osciller la maquette d’une suspension maîtrisée. La griserie de la répétition des deux armoires est profondément implantée dans l’irrégularité céleste de la charpente. Dans le silence immaculé de ce dressing, les poutres apparentes, les murs chaulés, le mobilier choisi, le plancher, la lampe de lecture, ont retrouvé la rondeur de leurs formes dans un jeu esthétique imprégné de beauté.

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Les griseries d’une répétition.

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Mise en scène…

Le passage, gildalliere, LS, Paris, 2008
Photo/Gilles Dallière/Paris

Il s’agit d’un long couloir, garni de nombreuses portes. La lumière qui règne est une lumière indirecte. Les murs sont blancs. Ils reflètent la lumière qu’ils reçoivent. Dans le vide du couloir, quelque chose luit faiblement, s’évanouissant comme le souffle d’une étoile qui s’éteint. Tout est radieux et d’une légèreté silencieuse. Il n’est pour l’instant nul être. J’ai juste planté le décor. Les acteurs, dont je pense qu’ils seront au nombre de trois, plus un petit chien, n’ont pas encore fait leur entrée. Le couloir est désert, vide de tout meuble. Rien n’est accroché aux murs. Nulle ombre n’existe sauf celle du balcon projetée sur les rideaux immaculés.

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Mise en scène…

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La lumière reflétée.

Faute de suspension, gildalliere, LS, Paris, 2008
Photo/Gilles Dallière/Paris

Tu t’appelles Arco, et tu m’as égratigné la rétine. Tu cherches en toi l’obscur dont la clarté te donne ta forme et jamais cet espoir ne t’abandonne, toujours il s’accomplit quand tu es le centre de l’espace. Achille a dessiné instantanément, en un éclair, l’arc télescopique accroché aux veines du marbre de Carrare. De ta couronne d’acier, la lumière reflétée plonge dans la lumière reflétée.

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La lumière reflétée.

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Je barbouille…

Travaux, peinture, l'homme caméléon, gildalliere, Tanger, 2012
Photo/Le barbouilleur/Tanger/Maroc

Mon petit chat, tu aimais la barbouille, mais là, tu as trouvé ton maître. Le garçon s’est surpassé. Avec toi, j’ai fait des voyages, c’est là que je suis devenu ton fils. On a tous plus ou moins mal vécu son roman familial. Aujourd’hui, je suis heureux de tout ce que nous avons partagé. Il y a beaucoup de choses qui se disent moins bien avec la parole. Tu m’as écrit de longues lettres. Tu as pesé tes mots. Loin, très loin de l’avidité, la cupidité, le mensonge, et la rancœur de ces deux derniers mois.

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Je barbouille…

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souvenir…

Tunisie, mosquée, gildalliere, 2011
Photo/Gilles Dallière/Tunisie

En 2006, nous sommes partis passer Noël en Tunisie. D’implicites courants traversaient nos propres parois de chair, comme le ferait l’éclaircie d’un feu de Saint-Elme. On tenait à se livrer à nos propres découvertes, seuls, autodidactes en tout. Le vent décidait à notre place et nous marchions tous les deux, pas à pas dans les traces forcément diffuses de tes souvenirs. Une beauté spirituelle nous tenait par la main et cela nous suffisait. Nous restions à notre place, qui n’était de n’en avoir aucune de vraiment définie. Un délice.

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souvenir…

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Ganesh.

Ganesh, Nice, gildalliere, 2020
Photo/Gilles Dallière/Paris

Gros, gras, en grès rouge, un Ganesh ventripotent, assis, nous observe du coin de l’œil dans la vitrine d’un antiquaire, rue Antoine Gautier. À cette époque, tu n’envisageais pas ta vieillesse. Tu te moquais allègrement de la mort. J’ai acheté l’éléphant en souvenir de mes séjours indiens. Il a trouvé sa place à Paris. Lui qui est mélangé de terre et de ciel, il n’a pas rendu son âme à Dieu. Il a donné sa langue au petit chat qui n’en a fait qu’une bouchée.

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Ganesh.

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Nature morte.

Anémone 1, Paris, gildalliere, 2020
Photo/Gilles Dallière/Paris

Mon petit chat, à la vie et à la mort, je t’offre cette nature morte à la Irving Penn. Une nature morte est ce que dit son nom, déjà morte. Pourtant ces fleurs sont étrangement indifférentes à la vie et à la mort. La frontière entre Matieres vivantes et matières mortes est en suspens.

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Nature morte.

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Dis, quand reviendras-tu ?

Plat aux oiseaux, Campos, Nice, gildalliere, 2020
Photo/Gilles Dallière/Plat en céramique signé Campos/Paris

Je n’ai que ce blanc et ce noir enfoui de la céramique pour traiter la lumière. Et puis quelque chose d’autre qui n’est plus sous la garde de ces mots. Ton sourire. Quand j’ai acheté ce plat chez Romain Ginac à Nice, tu étais là, assise, silencieuse et étonnée. Ce que tu n’avais plus avec le corps avait trouvé place dans ton regard. Tu m’as aidé à emballer l’oiseau. Tu t’es inquiété de savoir comment j’allais le transporter à Paris, et quand je repense à ça, c’est comme si un morceau de ma mémoire s’était détaché et flottait au loin sur la mer, si vaste, infinie, d’eau et d’étoiles.

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Dis, quand reviendras-tu ?

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Bonne année.

Escalier, Hôtel Villeroy, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

Le monde change et je pense qu’il faut le regarder avec les yeux d’aujourd’hui. Tout bouge tellement vite. Je me suis placé dans la pénombre dorée des candélabres qui flottent dans le ciel de la cage d’escalier de l’hôtel Villeroy. J’ai écarté les rideaux, les uns après les autres. J’attends l’impossible… Et je sais d’avance que je ne serai pas déçu. L’impossible est par définition ce qui me comble.

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Bonne Année.

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