Pour toi…

Muse Montmatre, chez moi, Paris, gildalliere, 2019 L1016745-Modifier.jpg
Photo/Gilles Dallière

J’ai acheté ces fleurs pour toi. Au fond de la pièce, ton portrait solitaire se laisse gagner par la lenteur. Je sais aujourd’hui que le futur qui m’attend ressemble à une encombrante décharge à ciel ouvert, riche de souvenirs mal empilés. Ce matin, le ciel hivernal s’est subitement pétrifié et tout mouvement est paré d’immobilité.

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Pour toi…

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Inspiration originelle.

Anvers, Vlaeykensgang, Belgique, gildalliere, 2006
Photo/Gilles Dallière/Anvers/Belgique

Me voilà plongé au cœur du quartier médiéval de Vlaeykensgang à Anvers. Ma voix passe sur la beauté ocre de la patine écaillée, et le vaste vide pavé, résonne d’un silence magnifique. Il y a cet arbre tourné vers le ciel. Il regarde la terre et ne reconnaît rien. Ce paysage intérieur est un labyrinthe de choses oubliées et sans nom. Un rayon de soleil révèle l’incroyable beauté des piliers de pierre soutenant la structure de la maison.

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Inspiration originelle.

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L’apparition

Kiki Smith, exposition à la monnaie de Paris, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Kiki Smith/11 Conti Monnaie de Paris

Et maintenant, je suis face à l’expression de la jeune fille assise de Kiki Smith. Le palais palpite, flamboie. De chaque recoin s’envolent d’innombrables fantômes de bronze, de plâtre, de verre, de porcelaine. Des corps humains, et la peau comme une frontière fragile avec le monde… Et les pièces continuent de s’ouvrir sur mon passage et de se refermer après moi, et dans la réflexion des alcôves, la jeune fille s’allonge.

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l’apparition.

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Grande ouverte.

Porte ouverte, Belgique, De Uil, gildalliere, 2011
Photo/Gilles Dallière/De Uil/Belgique

J’ai laissé la porte grande ouverte, et pourtant ce matin les températures ont subitement chuté. Elles sont en deuil d’un mois d’octobre idiot. Interminable. Monolithique. Elle m’aide à revenir au monde actuel grâce à des petits gestes usés, des sarments de bois morts qu’on enfourne à feux lents dans l’idiotie de croire que tout doit s’arranger, se rassembler, se resserrer. Repartir une fois encore. Devenir.

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Grande ouverte.

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Des ronds et des bosses.

Topiaire, Vil, Belgique, gildalliere, 2011
Photo/Gilles Dallière/Belgique

C’est un jardin intime, fait de ronds et de bosses, animé par le mouvement des ombres des bosquets soigneusement taillés, projetées sur les allées de gravier blanc. Un jardin peuplé de formes arrondies et muettes où la lumière, l’eau, et le vent sont pris au piège. Un jardin qui n’a plus aucun souvenir du monde extérieur. Les hommes n’ont qu’à bien se tenir, la taille est laborieuse. On bouchonne les trous avec des souvenirs dont le calme relatif ratisse aussitôt du bonheur.

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Des ronds et des bosses.

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Ex-voto.

Ex-voto anatomique, Brésil,  1960-1980, en bois sculpté, Nous
Photo/Gilles Dallière/Paris

J’ai acheté un jour, rue de Bourgogne, ce petit bonhomme sculpté dans le bois d’un arbre. Avec son air d’âne battu, je l’avais curieusement associé à mes souffrances, mes reculades, mes échecs. Je ne savais pas d’où il venait. Il a pris sa place au dos des murs de mon appartement. J’ai découvert, à la Fondation Cartier, que l’interdépendance immémoriale entre arbres et humains se retrouve de manière spirituelle dans un ensemble d’ex-voto anatomique. Mon voyou est le témoignage d’une tradition religieuse de l’art populaire brésilien. Cette petite sculpture expressive guérie. On doit la placer dans une église en remerciement du miracle accompli. En ce qui me concerne, il va continuer à bouder à la maison.

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Ex-voto.

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Nous les arbres.

Fondation Cartier, Nous les arbres, Paris, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Fondation Cartier/Exposition/Nous les arbres/12 juillet-10 novembre 2019

À la Fondation Cartier, je me demande si ma mémoire n’est pas pleine d’arbres et de voyages. À l’étage je trie les livres, les photos, les textes, des piles de choses devenues inertes et innervées et en clapotant sur les toits de tant d’images fugaces, j’entretiens spontanément celle des arbres en mouvement dans cette installation sculpturale et transparente qui, de l’extérieur vers l’intérieur, est d’une étonnante complexité. Un jeu de transposition formelle qui brouille les frontières entre le monde végétal et l’architecture.

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Nous les arbres.

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Moderne Maharajah.

Man Ray, Le maharajah et la maharani d’Indore, vers 1927-1930.png
Photo/Man Ray/Le Maharajah et la Maharani d’Indore/1927/MAD Paris

Du 26 septembre 2019 au 12 janvier 2020, le Musée des Arts Décoratifs met à l’honneur l’extraordinaire figure du Maharajah d’Indore, Yeshwant Rao Holkar II. Un homme qui fît le choix d’allier un sens évident de la tradition indienne à l’audace de l’avant-garde européenne. Conquis par la nouveauté, il décide de faire construire avec l’architecte Eckart Muthesius, le projet d’un palais d’un style inédit à Manik Bagh. Brillamment conseillé par Henri-Pierre Roché, il rencontre Jacques Doucet, découvre l’avant-garde artistique parisienne, acquiert ainsi des œuvres de Constantin Brancusi, Jacques-Émile Ruhlmann, Marcel Breuer, René Herbst, Elieen Grey. Il commande des services de table à Jean Puiforcat et au céramiste Jean Luce, de luxueux tapis à Ivan Da Silva Bruhns et se fait portraiturer avec son épouse par le peintre Bernard Boutet de Monvel et Man Ray. Une superbe mise en scène autour d’un mécène des années 1930.

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Moderne Maharajah.

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Regarde moi

Palais Royale, Paris, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière/Palais Royal/Paris

Toute ma vie j’ai attendu quelque chose. Elle n’existe pas encore cette chose que toute ma vie j’ai voulu, elle n’existe peut-être pas. Je me promène sous les arcades du Palais-Cardinal entre les humeurs de Montpensier et de Valois. Regarde moi, il y a du soleil dans mes yeux. Regarde moi. Regarde moi bien dans les yeux. Orgueilleux, je te plante tout au fond du cœur tant de couleurs que ça va te faire mal. J’avance vers toi lentement et je suis capable de me donner ou de te refuser, de te faire languir, douter ou de t’aimer.

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Regarde moi.

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Cadrage.

Escalier, Frédéric Lebard, Paris, rue Visconti, gildalliere, 2006
Photo/Gilles Dallière/Paris

Tous les éléments sont à la bonne place. La coupe prend la fixité d’un morceau de terre. Le cheval, inexpressif, est déjà lointain. La porte s’efface dans la lumière. L’escalier apparaît subitement derrière la colonne. Ses marches suspendues, fixent l’objectif de trois-quarts. Sa spirale conserve une immobilité photographique. Clic.

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Cadrage.

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