Les bleus au ventre

rue des ursins, paris, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

Le crépuscule tombe. Encore un jour absurde qui touche à sa fin. Ma tête n’est plus qu’un marécage, incapable de penser. Il faut attendre… Les maux finiront bien par passer et les vertiges aussi… En sortant de l’Hôtel-Dieu, je me pose, comme captivé par le décor du Paris de Catherine de Médicis. L’œil est embué. Dans le silence paralysant du quartier, seuls les battements cadencés de mon cœur résonnent sur le Quai aux Fleurs. La France fête sa coupe du monde et cette incroyable popularité galactique n’efface pas mes bleus au corps. Au bout de ce mince ruban de bitume, la flèche de Notre-Dame transperce le ciel bleu blanc rouge de son amer d’ardoise métallisée. Je me surprends à regarder sans cesse derrière moi alors que je devrais contempler le passé où tout était encore possible. Le ravissement peut hypnotiser et mettre dans un état second.

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Les bleus au ventre

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Le silence est d’or

Place Dalida, Paris, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

Je regarde devant moi, face au miroir. Mon œil injecté de sang a gonflé, la paupière tremble en cognant contre le globe oculaire douloureux, mon nez s’est épaissi et j’ai du mal à respirer, le front a enflé et mon visage est tuméfié. Vous me replongez quarante ans en arrière quand j’ai été défiguré dans un accident de voiture et je revis aujourd’hui ce sentiment d’enfermement que provoque en moi cette nouvelle apparence. L’œil mi-clos et larmoyant, le monde semble s’être teinté de cette humilité rougeoyante. Le 11 juillet à 16h45, devant le buste de Dalida, rue Girardon, un africain et un maghrébin m’ont attaqué au couteau pour une Rolex. Et dans ce petit paradis de la Butte Montmartre ma vue s’est floutée. C’est là… C’est comme ça… Devant moi… Les gens deviennent des étrangers… La réalité reprend difficilement son souffle, de médecins en hôpitaux spécialisés je cours et je m’aligne mal avec ce monde qui s’aligne mal avec moi. Je ne suis plus apaisé. Vous avez déboulé dans mon champ avec cet air d’une banalité qui me rend malade. Vos visages ressemblent à une trace impossible à redessiner et j’ai envie de vous attraper la gueule comme vous avez fracassé la mienne. Vous avez pris le large avec ma montre et l’entaille que j’ai au poignet accentue le dégoût que j’ai de vous. Alors je me tais…

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Le silence est d’or

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Le caviste

Altan, Paris, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

Il pose devant toute la tribu de figures cruelles rigoureusement cernées d’un trait maîtrisé du peintre Gérard Drouillet. Ça claque sec dans ce tableau en beige, en gris, en noir et blanc. D’un geste sûr, le pinceau grave sa gamme de symboles, sertis, de spirales et de cercles. Pour ce portrait, les mots sont à manipuler avec précaution. Lui qui aime les vampires, les aliens, les spectres, les têtes de mort et surtout le coté obscur de la force, il pose devant la toile remplie à ras bord d’énigmes fracassantes et ça lui va bien. Mais avant tout derrière ce regard vert tendre enfantin et sa tignasse noire structurée, c’est le petit prince de la bibine. Il a le sens du vin, le goût de la dégustation et de la sélection. Et dans sa cave fromagère du 1e arrondissement l’ange-démon, vous vide une bouteille pour la remplir de mystères.

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Le caviste

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La convergence des lignes

Volant, Rangoon, Birmanie, gildalliere, 2006
Photo/Gilles Dallière

Il n’y arien de plus beau que l’insondable silence du regard, le vrai, celui qui cadre, celui qui vous travaille et vous poursuit durablement jusqu’à l’obsession. Captées, un bref instant, dans la chambre obscure de mon souvenir, toutes ces images sont le négatif de mes passions. Dans la cabine de cette voiture en noir et blanc, profils fuyants, métaux, surfaces lisses, accessoires, créent une véritable œuvre graphique. Dans le parallélépipède exigé, l’arrondi du volant encadre les convergences géométriques de sa structure qui se marient si bien à la vitesse. Un simple tressage le fait apparaître en majesté. Une courbe parabolique puissante qui convoque figures triangulaires et diagonales en liberté. Toute une félicité de gris et de blancs opposés à la mécanique des noirs.

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Le temps suspendu

Trocadero, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

Cette harmonieuse perspective en un instant saisi par le regard a quelque chose de l’arbitraire du souvenir. Le soleil de midi plombe l’esplanade du Trocadéro. Elle traverse l’histoire malgré les incivilités d’une foule envahissante et des pigeons qui s’approprient ses charmes. Mais le temps s’arrête pour qui l’admire. Il ne s’écoule plus linéairement mais se fige, se suspend entre rêve et réalité. Les formes se dissolvent dans le contraste du noir et du blanc. Le silence frissonnant des lignes d’acier de la Tour Eiffel semblent sortir, dans l’éclat de son orgueil, du Champs-de-Mars saturé de manifestations. Le temps est suspendu.

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La marque blanche

Musée Galliera, Paris, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

Le blanc laisse sa trace sur l’académisme du Palais Galliera. Martin Margiela s’efface derrière le blanc de son anonymat. Sa signature : une étiquette vierge cousue de quatre points au fil blanc. Son univers : un vocabulaire vestimentaire unique, un monde créatif immersif mis en scène dans un labyrinthe tracé pour l’occasion. Cent trente silhouettes qui retracent la carrière du très iconoclaste pionnier belge de la mode minimaliste. Jusqu’au 15 juillet.

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La marque blanche

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Canicule

ma chambre, paris, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

Son ombre est passée devant moi, la chaleur est stagnante et il n’y a pas un souffle d’air. Les zones d’ombre disparaissent dans un gris profond tandis que les draps s’entremêlent de blanc. Les couleurs de la peinture se succèdent jusqu’au noir. Le lit est séparé de la ville par le silence où seul se fait entendre le gazouillis des oiseaux au petit matin. Cette harmonie secrète mène à l’indolence, l’envie vous gagne de laisser le temps couler.

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Palais Caïs de Pierlas

Le palais Caïs de Pierlas, Nice, gildalliere, 2017
Photo/Gilles Dallière

Tu es purement spectaculaire dans le désordre du Cours Saleya. Ta façade attire tous les regards passionnés mais l’ocre de ton jaune brûlé par le soleil paraît bien fatigué. Ton crépi s’effrite, tes persiennes n’en peuvent plus d’être fermées. Ton désordre a du charme tu sais mais aujourd’hui il a besoin d’être courtisé. De livrer ses mystères, de refléter cette lumière chère à Matisse. Il a boulonné son chevalet au quatrième étage créant une baie vitrée sur la Promenade des Anglais pour mieux absorber la lumière. Cette lumière monumentale qui s’éteint aujourd’hui face à ta décrépitude. L’ouverture est barrée d’un volet roulant cassé. Tes lignes baroques sont ficelées pour ne pas s’écrouler. Réveille toi merde, dévoile tes multiples dérobades, livre tes secrets d’alcôve. Tu es devenu sec, désert et austère et pourtant je t’aime passionnément.

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Palais Caïs de Pierlas

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France/Danemark

Baigneur, Nice, gildalliere, 2016
Photo/Gilles Dallière

T’as pris la balle au bond et dans ce monde complètement foot, tu es KO. Tu sens le houblon et la mousse pour signifier ton désamour pour un monde qui ne tourne pas rond. Il a suffit d’un seul tir à la 82e minute et tu t’es allongé là, sans rythme et sans idée, inoffensif, l’amer est difficile à digérer. Tu as attaqué dans le désordre les deux lignes danoises qui coulissaient parfaitement sur la largeur du terrain. Zéro/zéro, c’est le néant. Tu as mis ta serviette sur la tête, ton vague à l’âme à marée basse. La marée, je l’ai dans le cœur qui me remonte comme une envie de t’envoyer Lionel Messi au cul. Mais ça c’est pour samedi. Leo étalera toute sa classe technique comme une mathématique blanche et bleue. Il passera en revue toute La Défense tricolore à une folle vitesse et conclura la contre-attaque d’une frappe pure à ras du poteau. Un but à la Messi. Le frisson garanti mon pauvre ami. Alors avant qu’il soit trop tard, réveille toi, fais moi rêver en bleu blanc rouge.

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Le bel azur se met en rage

Promenade des Anglais, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

Parle moi de la pluie et non pas du beau temps, le bel azur se met en rage. Il emporte avec lui la Promenade des Anglais et l’horizon mouillé s’efface dans le mouvement saccadé des arbres sous l’orage. La traîné de nuages dans le ciel tourmenté me fait perdre la tête. Il ne reste plus rien que l’eau qui colle au gris bleu acier de la palissade. En un éclair, mon regard se met au service du trouble.

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Le bel azur se met en rage

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