Pierre Yovanovitch.

Pierre-yovanovitch
Monographie/Pierre Yovanovitch/Édition Rizzoli

Cher Pierre, est-ce un livre sur la décoration ou la monographie d’un architecte d’intérieur ?
En fait, peu importe. L’essentiel est la poésie qui s’en dégage. Il faut commencer par lire la lettre à Mademoiselle Oops, écrite par Olivier Gabet. Elle parle de liberté, de fantaisie, d’espace, d’art, et d’objets pensés et posés par vous avec rigueur. Et puis elle parle de vous, des arbres qui vous protègent, d’escaliers, cœurs battants de vos intérieurs. Elle parle de cette exigence, de cet amour de la ligne minimum, et de l’Art en majuscule. Vous nous faites voyager de Paris à New York, de Porto à Londres. Vous nous faites rêver des Étangs d’Ixelles et quand on quitte Tel Aviv, on marque la pause, chez vous, au château de Fabrègues. Il donne l’exemple de l’absurde entêtement magnifique des végétaux et de l’architecture recomposée.
C’est là où vous apprenez à attendre et ça se voit.
On ferme le livre sur votre histoire, votre famille et Nice où vous avez grandi. Je suis très heureux que vous ayez choisi mes photos pour illustrer votre et notre amour de cette région. Merci Pierre.

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Pierre Yovanovitch.

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Bacon en toutes lettres.

Ombre et lumière au centre Pompidou, gildalliere, Paris, 2019
Photo/Gilles Dallière/Centre Pompidou

Je suis allé voir « Bacon en toutes lettres » au Centre Pompidou, et j’avoue que je suis resté hébété devant ces œuvres impitoyables. Mis à part la palette des couleurs : des roses, des jaunes, des rouges, des oranges, tous encadrés d’or, Bacon tue la mort sous toutes ses formes. La mort du vieillissement, la mort de la violence, du sexe, de la pisse, du sang, de la pourriture du corps. La mort de l’immanence et de l’illusion du temps, la mort de l’absence, la mort de l’oubli. Soixante œuvres majeures dont douze triptyques se perdent dans un labyrinthe douloureux. Ponctuant le parcours, six salles minimales diffusent des extraits de textes puisés dans la bibliothèque de l’artiste. Mathieu Amalric, Carlo Brandt, André Willis, Dominique Reymond, Hippolyte Girardot, et Valérie Dréville, mettent en résonance les mots choisis de Georges Bataille, T.S. Eliot, Joseph Conrad, Eschyle, Friedrich Nietzsche, et Michel Leiris. Ce que l’art nous dit, à la vue de tous ces corps enchevêtrés, c’est qu’il est souffrance. Je me suis réfugié dans l’entre-deux des portes closes du musée pour digérer.

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Bacon en toutes lettres.

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Le fils de Caïn.

Sépulture d'Otto Klaus Preis, sculpture de Paul Landowski, cimetière de Montmatre, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Sépulture Otto Klaus Preis/ Sculpture Paul Landowski/Jabel, le pasteur qui scrute l’horizon/Les fils de Caïn 1906 bronze

L’allemand Otto Klaus Preis s’installe à Paris à la fin des années 1950 pour rejoindre la maison Nina Ricci où il entre comme dessinateur. De la haute couture à l’amour de l’art, il n’y a qu’un pas, franchis en 1972 quand il achète l’hôtel particulier de la nouvelle Athènes. Ce lieu d’exception deviendra l’écrin de sa collection vouée à différents artistes de la seconde moitié du XIXe siècle. À sa mort, en 2003, un jeune homme de bronze marche sur sa sépulture d’un pas résolu, la tête aimantée par la cime des marronniers du cimetière de Montmartre. Dans ce brouillard de cendres, sa virilité s’est perdue dans la contemplation d’elle même, et c’est l’azur du ciel qui colore sa course, vert-de-gris, vers l’avenir. Dans les décombres de la mort, le corps magnifique de la statue de Paul Landowski, s’expose à l’indifférence des cieux.

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Le fils de Caïn.

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Moderne Maharajah.

Man Ray, Le maharajah et la maharani d’Indore, vers 1927-1930.png
Photo/Man Ray/Le Maharajah et la Maharani d’Indore/1927/MAD Paris

Du 26 septembre 2019 au 12 janvier 2020, le Musée des Arts Décoratifs met à l’honneur l’extraordinaire figure du Maharajah d’Indore, Yeshwant Rao Holkar II. Un homme qui fît le choix d’allier un sens évident de la tradition indienne à l’audace de l’avant-garde européenne. Conquis par la nouveauté, il décide de faire construire avec l’architecte Eckart Muthesius, le projet d’un palais d’un style inédit à Manik Bagh. Brillamment conseillé par Henri-Pierre Roché, il rencontre Jacques Doucet, découvre l’avant-garde artistique parisienne, acquiert ainsi des œuvres de Constantin Brancusi, Jacques-Émile Ruhlmann, Marcel Breuer, René Herbst, Elieen Grey. Il commande des services de table à Jean Puiforcat et au céramiste Jean Luce, de luxueux tapis à Ivan Da Silva Bruhns et se fait portraiturer avec son épouse par le peintre Bernard Boutet de Monvel et Man Ray. Une superbe mise en scène autour d’un mécène des années 1930.

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Moderne Maharajah.

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Métamorphose.

Sépulture de Victor Brauner, cimetière de Montmartre, Paris, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Cimetière de Montmartre

Entre dans la danse de Victor Brauner. Entre dans le génie de ses métamorphoses. Entre dans ce carré de pierre et de marbre chatouillé par la lumière. Entre dans cet univers qui se plie à tous mes rêves. Ici, le monde intérieur et le monde extérieur sont réunis, et l’émotion a deux visages.

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Métamorphose.

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Changer d’air.

Le Mamac, Nice, gildalliere,  2019
Photo/Gilles Dallière/Mamac/Nice

Cela fait du bien de changer d’air, d’échelle, de regarder en l’air. Le rapport entre soi et l’autour est de plus en plus petit. Mais que dire de cette architecture muséale ?
Il y a peut-être de la beauté dans ce mouvement cinétique ?
Il y a peut-être une rencontre dans cette organisation qui vous coince dans un tête à tête intenable avec l’art ?
Peut-être, mais je n’ai rien vu.

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Le silence luxueux de l’amphithéâtre.

l’hôtel de la Bûcherie, la compagnie des Philanthropes, oeuvre de Melik Ohanian, Paris, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière/Hôtel de la Bûcherie/Paris

Tout est confus dans l’amphithéâtre de l’hôtel de la Bûcherie, dénoyauté de ses bruits et de ses applaudissements. Le pendule de Melik Ohanian réinvente l’espace. S’ajoute à la lumière, le silence luxueux d’une architecture magistrale. Le reflet percé dans l’étage supérieur, bordé d’une balustrade de fer forgé, permet la communication verticale, et au faîte de cette verticalité, l’œuvre surdimensionnée diffuse une image irréelle.

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Le silence luxueux de l’amphithéâtre.

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À Garibaldi.

Eglise Saint Martin Saint Augustin, Nice gildalliere, 2019 L1016465-Modifier.jpg
Photo/Gilles Dallière/Eglise Saint-Martin_Saint_Augustin/Nice

Dans la lumière, des grappes de touristes descendent les rues de la Vila-Vielha, mais personne ne vient s’accrocher aux lignes architecturées de l’église Saint-Martin-Saint-Augustin. Pour la grande histoire, c’est ici qu’on a baptisé Garibaldi. Sur la façade revêtue d’un enduit à la chaux, se déploie la palette des tons chauds, jaunes mats, ocres nuancés où Siennes brûlés, rehaussés de lignes géométriques, de corniches, de bandeaux et autres décors. Son style baroque, se sert du ciel comme d’un miroir de poche.

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À Garibaldi.

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L’ombre et la lumière.

L'ombre et la lumière, Niki de Saint Phalle, Centre d'art la Malmaison, Cannes, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Niki de Saint Phalle/Ombre et lumière/La Malmaison/Cannes

“À travers les images, je piétine mon père, je l’humilie de toute mes forces et je le tue”.
Ce qu’une femme a fait, seule une femme peut le défaire.
De l’une venait toute consolation, (Jackie, 1965).
De l’autre, en arrière-plan, vient l’inconsolable, (Daddy : Crucifix, 1972).
À Cannes, la Malmaison et la Villa Domergue mettent en lumière les tourments de Niki de Saint Phalle. C’est l’amer et le suave. Deux gestes dans le même geste. Celui qui enfonce son couteau aux jointures, et celui qui croise la laine sur le tissu. Une main de brute pour saisir l’immense, une main de fée pour saisir l’infime.
C’est l’ombre et la lumière.

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L’ombre et la lumière.

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Le sommet de la vie.

La terrasse de la Villa Kérylos, Beaulieu sur mer, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Villa Kérylos/Beaulieu sur mer

J’écoute les assauts de l’eau contre le dogme pierreux de la villa Kérylos. J’ai levé la tête sur les lignes géométriques de la terrasse. Le sommet de la vie, serré dans une page bleue azur, fermée sous les reproches du soleil. J’aime qu’il y ait de l’air dans une page. Je la marge pour sentir le grand large. Le sommet de la vie, veux-tu que je te dise ce que c’est ? C’est écrire une lettre d’amour, sentir le feutre appuyer sur le papier, et voir le papier s’ouvrir à un jour plus grand que le jour.

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Le sommet de la vie.

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