Villa Rosalia

Un balcon Art-Déco, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

Dans la délicatesse de cette architecture se jouent les ombres et la lumière, démontrant en même temps la richesse des combinaisons décoratives. Elles sont intégrées dans la construction elle même. On se plaint de n’avoir pas de style. On se console se disant que nos descendants nous en trouveront bien un. Mais comment se ferait un « style », quand l’impatience, la rapidité d’exécution, les variations brusques de la technique pressent les œuvres ?

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Villa Rosalia

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Quai des États-Unis

Quai des Etats-Unis, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

Sur les façades du quai des États-Unis, la palette des tons chauds de rose ocré, jaune mat, rouge brique, ocres nuancés ou sienne brûlée, disparaît. Face à la mer, la pierre, rehaussée de corniches, bandeaux et autres décors, balance sa beauté architecturale sur les galets de la Baie des Anges. La Prom’ apparaît lumineuse, joyeuse dans la splendeur de ses vieux murs. Les rayons du soleil impriment l’ombre portée des ogives qui font luire les tons chauds et clairs de ces vieilles maisons de pêcheurs.

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Quai des États-Unis

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Notre drame de Paris

rue des ursins, paris, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

« Tous les yeux s’étaient levés vers le haut de l’église. Ce qu’ils voyaient était extraordinaire. Sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons d’étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse dont le vent emportait par moments un lambeau dans la fumée. Au-dessous de cette flamme, au-dessous de la sombre balustrade à trèfles de braise, deux gouttières en gueules de monstres vomissaient sans relâche cette pluie ardente qui détachait son ruissellement argenté sur les ténèbres de la façade inférieure. À mesure qu’ils approchaient du sol, les deux jets de plomb liquide s’élargissaient en gerbes, comme l’eau qui jaillit des mille trous de l’arrosoir. Au-dessus de la flamme, les énormes tours, de chacune desquelles on voyait deux faces crues et tranchées, l’une toute noire, l’autre toute rouge, semblaient plus grandes encore de toute l’immensité de l’ombre qu’elles projetaient jusque dans le ciel. Deux jets de plomb fondu tombaient du haut de l’édifice au plus épais de la cohue. Cette mer d’hommes venait de s’affaisser sous le métal bouillant qui avait fait, aux deux points où il tombait, deux trous noirs et fumants dans la foule, comme ferait de l’eau chaude dans la neige. On y voyait remuer des mourants à demi – 571 – calcinés et mugissant de douleur. Autour de ces deux jets principaux, il y avait des gouttes de cette pluie horrible qui s’éparpillaient sur les assaillants et entraient dans les crânes comme des vrilles de flamme. C’était un feu pesant qui criblait ces misérables de mille grêlons. »
Victor Hugo, Notre-Dame de Paris (1831)

Le feu et les larmes. On pleure Notre-Dame comme on pleure une dame, et parce qu’elle est « notre ». Elle est à nous, à nous tous. À cette beauté. On prie. Pour qu’elle revive.

Avé Maria, gratia plena
Dominus tecum
Benedicta tu in mulieribus ;
Et benedictus fructus ventris tui, Jesus !
Sancta Maria, Mater Dei,
Ora pro nobis, peccatoribus,
Nunc, et in ora mortis nostrae.
Amen

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Notre drame de Paris

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À la rencontre des confréries de pénitents

Chapelle de la Miséricorde, les pénitents noirs, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

La Chapelle de la Miséricorde, considérée comme le chef-d’œuvre du baroque niçois, est énigmatique. Dans la nef, unique, elliptique, la profusion des stucs et la lumière triomphent. La particularité de l’édifice c’est l’idée de Bernardo Vittone, architecte de la maison de Savoie qui construit, à partir de 1740, l’église. Pour loger les religieux dans un espace contraint, Vittone superpose à La Chapelle, les cellules des moines en donnant, depuis l’extérieur, l’impression d’un seul édifice. Un coup de maître. Et puis il y a le silence, apaisant, pas le moindre bruit dans ce décor où les rais de lumière font scintiller la poussière. Une recherche radicale d’effets de lignes courbes noyées dans une palette de gris, blanc, bleu et ocre rehaussée d’or, suspend le temps.

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À la rencontre des confréries de pénitents

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Une architecture assumée

Centre Pompidou Metz, escaliers de secours, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

L’architecte a construit une fenêtre. À travers l’ouverture, une forêt de tuyaux soudés les uns aux autres dessine des horizons de cristal qui, en réalité, nous permettent de voir le ciel et les galaxies. À l’horizon la ville de Metz s’invite, divisée par les obliques d’un escalier de secours qui déséquilibre délicatement la scène et laisse entendre que dans la vie, tout ne peut pas être en équilibre parfait. Le sentiment de gigantisme est renforcé lorsque l’œil aperçoit les gaines de circulation d’air qui apparaissent comme un écho lointain à l’architecture de Renzo Piano et Richard Rogers à Paris. Je cadre ce jeu de reflets absolus, immobiles et silencieux. Les lignes architecturées de la canopée de Shigeru Ban couvrent les soupirs inquiets du vent dans une composition mystérieuse tout en géométrie cosmique.

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Le vertige de l’échelle

Centre Pompidou Metz, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

Dans ce vertige de l’échelle, l’architecture cultive l’ombre qui émerge de la lumière. Elle se réclame du jour. Le désir de se relier aux étoiles, d’entrer en fusion avec le ciel, c’est ce qu’a fait l’architecte japonais Shigeru Ban au Centre Pompidou Metz. Un vertige des sens, un vertige intérieur qui nous invite à penser les choses différemment. “L’architecte de l’urgence” questionne le rythme des formes et l’éphémère, et donc d’une certaine mesure, le temps. À l’intérieur, le sentiment de gigantisme est renforcé par la structure. Elle enveloppe l’homme, infiniment petit, dans un espace informe et sans repère. Un vertige cosmique, éloge du vide créé pour l’art et l’infinie beauté de l’exposition “peindre la nuit”.

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Le vertige de l’échelle

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Point de vue

Thomas Schütte, Monnaie de Paris, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

À l’étage du 11 Conti Monnaie de Paris, en plein milieu de la salle Dupré, j’entre dans la « Kristall II » de Thomas Schütte. J’y pénètre pour voir, tout en observant les points de vue choisis par l’artiste allemand sur la toile marouflée du plafond peint par Jean-Joseph Weerts en 1892. Les flammes du crépuscule s’évanouissent dans les ors des moulures. Le lustre en cristal trace un sentier fictif entre la toile et les planches de bois clair serties de cuivre. C’est comme la scène d’un théâtre quelques secondes avant le lever de rideau. Tout au long de la visite, la céramique, la cire, le dessin, la peinture, l’architecture, participent d’un mouvement incessant qui absorbe et renouvelle les problématiques et les formes des matériaux les plus traditionnels aux techniques les plus pointues, de la maquette à l’architecture grandeur nature, de la miniature à la sculpture monumentale.

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Point de vue

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Les strates de merveilleux

Pushkar, le marché, Inde, gildalliere, 2004
Photo/Gilles Dallière

C’est pour ces photos que j’ai compliqué ma vie pendant quatorze ans. Ce voyage, n’était-il pas si gorgé de supercherie qu’aucune vérité n’en pourra jamais prendre forme ?
N’y aurais-je trouvé que moi, cet impossible moi cherchant un équilibre ?
Je me hâte sans but, je traverse par les sentiers aériens du temps la place du marché de Pushkar. C’est un bazar où l’on flâne à l’écoute de ce que le village sacré nous veut de bon, à la recherche de la vraie vie. À cette heure les oiseaux rusent avec leurs ombres sur l’eau grise du lac balisé par des temples multicolores. Il y a une caravane de dromadaires, des strates de magie, des nuées et de la poussière de merveilleux. Je suis perdu au milieu d’un paysage sans bornes de champs comme des cuirs tannés tendus sur des ondulations de terre mauves, jaunes, roses et bleues. Un paysage dont l’enivrante répétition des mesures conspire à vous essorer l’âme. Là est le merveilleux.

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Les strates de merveilleux

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L’usage du monde

Palais du Maharaja de Bénares, india, gildalliere, 2008
Photo/Gilles Dallière

Le long du Gange, dans ce palais ocre rouge, piqué de deux ou trois renflements de faïences bleues, c’est un matin comme tous les autres, un matin de mars. Hypnotisé par cette vibration rageuse, je suis ébloui par la fraîche pâleur des eaux sacrées. Ils sont là comme des oiseaux danseurs, ils viennent dépeupler le ciel de ses étoiles sur la géométrie poétique des ghats. C’est le moment où l’on perd pied, où la parole, soulevée par le fleuve devient prière. Ils viennent bien du pays où les couleurs ont cette couleur, celle dont la vie est si bien réglée que chaque jour ils peuvent consacrer quelque temps à leurs dieux.

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L’usage du monde

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Une saison sensible

Altan, Palais de Tokyo, Paris, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

Au Palais de Tokyo, cette sensation d’un vertige noir persiste. Impassible, le regard tendu vers son portable, il observe les images errantes qui défilent dans son esprit virtuel. Seul, noyé dans cette ombre instable et mouvante qui met en avant l’œuvre exposée de l’artiste américain Theaster Gates, je l’ai dévisagé en silence, cherchant dans ses traits le dessin du visage dont, malgré moi, j’ai gardé l’image intacte. Autour de nous, partant d’un épisode spécifique de l’histoire américaine, l’artiste initie un nouveau projet explorant les histoires sociales de la migration et des relations interraciales.

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Une saison sensible

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