Pour ne pas oublier

La promenade interdite, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

Il pleut, la Promenade des Anglais est vide, la plage est déserte et la lumière est délavée. Cela donne un effet de douceur et de mélancolie. La belle avenue est toujours en travaux à cause de ce crime indescriptible du 14 juillet 2016 qui a frappé ce lieu et qui a tué tant de promeneurs innocents. Devant les galets du petit Kilian, j’ai enfermé la mer jusqu’à son horizon pour éviter qu’elle rejette l’âme de cet assassin sur le dédale des rues rectilignes et des immeubles dressés, pour se perdre d’un côté ou de l’autre. Il n’y a donc pas d’issue possible. La mémoire des innocents fauchés sur la Prom’ flotte toujours dans le ciel au-dessus de la mer pour ne pas oublier ces jeux d’enfant, ces baladeurs, et ces petits vieux somnolant sur leurs chaises couleur du ciel.

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Pour ne pas oublier

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À la rencontre des confréries de pénitents

Chapelle de la Miséricorde, les pénitents noirs, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

La Chapelle de la Miséricorde, considérée comme le chef-d’œuvre du baroque niçois, est énigmatique. Dans la nef, unique, elliptique, la profusion des stucs et la lumière triomphent. La particularité de l’édifice c’est l’idée de Bernardo Vittone, architecte de la maison de Savoie qui construit, à partir de 1740, l’église. Pour loger les religieux dans un espace contraint, Vittone superpose à La Chapelle, les cellules des moines en donnant, depuis l’extérieur, l’impression d’un seul édifice. Un coup de maître. Et puis il y a le silence, apaisant, pas le moindre bruit dans ce décor où les rais de lumière font scintiller la poussière. Une recherche radicale d’effets de lignes courbes noyées dans une palette de gris, blanc, bleu et ocre rehaussée d’or, suspend le temps.

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À la rencontre des confréries de pénitents

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Inspirante authenticité

Maman, portrait, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

Chère Maman, j’aime te faire poser, et même si tu bouges tout le temps, j’aime saisir les passions qui se sont incrustées sur ton visage. Ton œil vert voltige sur les fatigues de ton âge, et mille rides laissent voir ton sourire. Nulle mollesse dans ta figure, mais de la bonté. Parfois, tu sembles avoir connu toutes les tragédies possibles et avoir gravi, comme autant de marches, la peine et la souffrance, mais tu souris pour escroquer ta solitude, pour continuer à vivre, pour croire que tout ne va pas si mal. Aujourd’hui, même si ta mémoire est devenue aussi distante qu’une déesse, tu as pris de la dignité et une beauté pure et calme qui te va bien.

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Autoportrait, ou les métamorphoses du regard

Moi, par Miguel Chevalier, Machine vision, Art Fair, Grand Palais, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

À la galerie Lélia Mordoch, mon visage, face à l’œil de la machine de Miguel Chevalier, se compose, se décompose, se recompose, se dématérialise en temps réel, un véritable bouleversement. Je me déplace dans un monde virtuel, je cadre l’écran, miroir de mon avatar. Le pointillisme, l’impressionnisme, le cubisme sont à l’honneur grâce aux algorithmes de Voronoï et de Delaunay, deux maillages cybernétiques qui tesselisent en temps réel. Au Grand Palais Paris Art Fair, dans un univers saturé d’images, je me perds tel Icare, fou d’infini, jusqu’à ma disparition.

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Une architecture assumée

Centre Pompidou Metz, escaliers de secours, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

L’architecte a construit une fenêtre. À travers l’ouverture, une forêt de tuyaux soudés les uns aux autres dessine des horizons de cristal qui, en réalité, nous permettent de voir le ciel et les galaxies. À l’horizon la ville de Metz s’invite, divisée par les obliques d’un escalier de secours qui déséquilibre délicatement la scène et laisse entendre que dans la vie, tout ne peut pas être en équilibre parfait. Le sentiment de gigantisme est renforcé lorsque l’œil aperçoit les gaines de circulation d’air qui apparaissent comme un écho lointain à l’architecture de Renzo Piano et Richard Rogers à Paris. Je cadre ce jeu de reflets absolus, immobiles et silencieux. Les lignes architecturées de la canopée de Shigeru Ban couvrent les soupirs inquiets du vent dans une composition mystérieuse tout en géométrie cosmique.

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Le vertige de l’échelle

Centre Pompidou Metz, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

Dans ce vertige de l’échelle, l’architecture cultive l’ombre qui émerge de la lumière. Elle se réclame du jour. Le désir de se relier aux étoiles, d’entrer en fusion avec le ciel, c’est ce qu’a fait l’architecte japonais Shigeru Ban au Centre Pompidou Metz. Un vertige des sens, un vertige intérieur qui nous invite à penser les choses différemment. “L’architecte de l’urgence” questionne le rythme des formes et l’éphémère, et donc d’une certaine mesure, le temps. À l’intérieur, le sentiment de gigantisme est renforcé par la structure. Elle enveloppe l’homme, infiniment petit, dans un espace informe et sans repère. Un vertige cosmique, éloge du vide créé pour l’art et l’infinie beauté de l’exposition “peindre la nuit”.

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Le vertige de l’échelle

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Ulysse is back

Thibault et Pénélope 2
Photo/Composition/Gilles Dallière

C’est la dernière image de ces yeux-là. Je l’ai recomposée dans un insolent vacarme géométrique accroché à la couleur de son regard. Je l’ai embarquée sur les rimes homériques belles comme des fleurs oubliées. Dans l’Odyssée, à son retour, Ulysse raconte tout à Pénélope. « Chérie, pardon, je suis en retard, mais j’ai été retenu par un cyclope, une magicienne m’a sauté dessus, je suis descendu aux Enfers et des sirènes m’ont envoûtées sur l’île du soleil. » Pendant tout ce temps, Pénélope a prétendu attendre d’avoir achevé son ouvrage pour choisir un autre époux, mais elle détricotait la toile chaque nuit, silencieusement, dans son palais… Vingt ans ont passé…
« Écoutez-moi, superbes prétendants, vous qui avez fondu, pour y boire et manger sans frein, sur la demeure d’un homme absent depuis longtemps, et qui ne pouvez pas donner d’autre prétexte à vos actions que le désir de m’épouser et de m’avoir pour femme ! Prenez courage, prétendants, car voici votre épreuve : je vous présente le grand arc d’Ulysse… »
(Odyssée, XXI, 68-74).
Voilà comment Pénélope, aidée par son fils Télémaque, remet en selle sur la croupe de la vie le retour du héros.

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Gueule d’ange

Thibault, perspective, Paris, gildalliere, mars 2019
Photo/Gilles Dallière

Un portrait, c’est une rencontre et un défi à remporter sur la vérité et ce qui importe, c’est de voir l’image avant de la faire, rester ouvert et surtout savoir ce qu’on a envie de raconter avec la photo qu’on est sur le point de prendre. Avant de plier mon matériel, nous tenons tous les deux à faire un dernier cliché. Je veux le voir tel qu’il est. Je veux que dans ce décor qui s’est mis en scène, son corps et son visage occupent l’espace. La désaturation des couleurs et la lumière indirecte révèlent l’importance de l’ombre. Elle souligne les creux, elle s’attache aux pores de la peau…Avec une certaine pudeur, Thibault s’est appuyé sur la fonte de l’applique laissant filtrer dans ses yeux quelque chose de mystérieux, une timidité imprévue. J’ai attendu qu’il révèle son « être » face à l’objectif, qu’il laisse tomber son masque. Et là la lumière s’est mise à illuminer pleinement les formes de sa pensée.

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Gueule d’ange

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Close-up

Thibault, portrait, yeux, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

Je ne suis pas de ces photographes qui prennent des photos au hasard. Ce sont les thèmes, les envies, qui me poussent à sortir mon Leica. J’ai été très impressionné par le jeu de ton regard et j’ai trouvé important de retranscrire l’énergie qui s’en dégage. Je t’ai pensé en noir et blanc, mais tu es venu avec un bouquet de couleurs poser tes yeux sur cet après-midi de printemps. Bleu, ciel gris, je les ai assortis à la couleur du mur. Je me suis rapproché, j’ai raccourci la distance qui nous séparait, le regard fixe et pénétrant, tu as capté la lumière ivre répandue. Le voile des illusions a adouci les bruits de ta fatigue nocturne et en clignant tes yeux, tu es resté là, longtemps, puissant et mystérieux, à étaler tes bleus aux clartés éternelles sur le ciel gris de mon objectif.

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Point de vue

Thomas Schütte, Monnaie de Paris, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

À l’étage du 11 Conti Monnaie de Paris, en plein milieu de la salle Dupré, j’entre dans la « Kristall II » de Thomas Schütte. J’y pénètre pour voir, tout en observant les points de vue choisis par l’artiste allemand sur la toile marouflée du plafond peint par Jean-Joseph Weerts en 1892. Les flammes du crépuscule s’évanouissent dans les ors des moulures. Le lustre en cristal trace un sentier fictif entre la toile et les planches de bois clair serties de cuivre. C’est comme la scène d’un théâtre quelques secondes avant le lever de rideau. Tout au long de la visite, la céramique, la cire, le dessin, la peinture, l’architecture, participent d’un mouvement incessant qui absorbe et renouvelle les problématiques et les formes des matériaux les plus traditionnels aux techniques les plus pointues, de la maquette à l’architecture grandeur nature, de la miniature à la sculpture monumentale.

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