Dieu seul le sait…

Église Notre Dame du Port, Nice, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière/Nice

Notre Dame du Port laisse sa trace dans le paysage architectural de Nice. Dieu seul le sait ; elle est belle comme l’antique. Un seul trait sur l’azur du ciel et le fond outremer du bassin Lympia. Un fronton, un portique et des vagues de chapiteaux, de colonnes, de frises, de rinceaux et de festons, cadrent la perspective s’inspirant du style palladien. Les courbes sont abandonnées. Le clou du spectacle : une façade élancée dont l’ornementation est empruntée au vocabulaire néoclassique. Elle a su épouser la révolution, illustrer le Directoire et le Consulat et offrir son décor à l’Empire. Du bout de la digue, dans l’étroitesse du bassin, il y a de l’immensité.

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Dieu seul le sait…

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Le panier de basket-ball…

Le panier, basket-ball, Grèce, Cythère, gildalliere, 2017

Le panier, basket-ball, Grèce, Cythère, gildalliere, 2017


Photo/Gilles Dallière/Grèce

L’indispensable ornement d’un panier de basket-ball s’accroche sans filet au terrain vague. Le cerceau abandonné expose ses journées de traîne, de déconne, de séchage de cours et de glande dans un ciel sans effort, comme dans une grande basse-cour bleue. Il a fini par oublier qu’il avait un panier, abandonné derrière lui comme une chrysalide qui a cessé de servir, comme s’il avait été un pur esprit absorbant la rosée invisible des petits matins d’été.

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Le panier de basket-ball…

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La pose…

Castro nu masculin exposition, Folegandros, gildalliere, 2006
Photo/Gilles Dallière/L’atelier/Folegandros/Grèce

Il y a des jours comme ça où il y a un homme, nu, immobile, figé. Dehors, le ciel est immense, si vivant. À l’intérieur, dans une atmosphère silencieuse, méditative et feutrée, la nudité donne de la puissance. Sans un murmure il offre l’indicible perfection de ses muscles, de son sexe, aux crayons, aux fusains, aux pinceaux et pastels. Il bouge le moins possible et il y a si peu de vie entre l’homme et l’artiste que le moindre écart peut tout faire basculer. La pose terminée, le jeune homme s’étire, se dégourdit, regarde ma peinture, se réjouit, s’élance et disparaît. Voilà. Le manque s’efface, s’écarte, s’éteint et l’air se met à circuler.

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La pose…

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L’air sombre…

Monastère des Hiéronymites, Lisbonne, Portugal, gildalliere, 2007
Photo/Gilles Dallière/monastère des Hieronymites/Lisbonne/Portugal

Au coucher du soleil, l’air s’ombrage de lumière pâle et la beauté se passe de tout accessoire. La lumière indirecte et diffuse est le facteur essentiel de cette beauté. Et pour que cette lumière épuisée imprègne à fond les murs, il faut la laisser se cramponner à la surface de la pierre crépusculaire. Cela vaut tous les ornements du monde.

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Un monde révolu ?

La plage, Massimo Vitali, Trouville, gildallière, 2017
Photo/Gilles Dallière/Trouville sur mer

Je suis là depuis un moment à regarder la plage déserte. La vue est comme un décor de théâtre, deux caps délimitent l’anse et ferment la plage de sable blond. Le soleil emmagasiné dans la fenêtre du salon se reflète sur celle bondée de la photo de Massimo Vitali. Un monde qui, aujourd’hui, devrait être révolu. Doit-on se perdre dans cette foule ? Ne plus savoir où l’on est ? Se retrouver bloqué dans une image et s’agacer ? Ne plus trouver son chemin et se désespérer ? Non, le voyage mérite d’être réfléchi. Il doit être une expérience rare, particulière, de la pensée et du corps.

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Revenir à soi…

Les pensions de Tanger, Maroc, gildalliere,2012
Photo/Gilles Dallière/Pension/Tanger/Maroc

Revenir à soi. Fermer les yeux. À Tanger, j’ai erré dans les marges de la médina vers d’improbables destinations. J’ai aimé l’atmosphère désuète de cette pension, la fraîcheur de son patio un peu obscur. Le monde est une fenêtre, et j’y est passé des nuits blanches. J’ai étendu ma solitude sur les arabesques des murs couleur de lie, pleuré l’ombre devant l’aube immobile. À l’heure où les matins diaphanes se déplient comme un rêve, le Riad décrépi se dresse dans l’air dru des ruelles jusqu’au ciel.

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La lumière de l’ombre…

Suspension, Aghwanpur, usine, Inde, gildalliere, 2007
Photo/Gilles Dallière/Aghwanpur/India

J’aimerais tenter de faire revivre cet univers d’ombre, en obscurcir les murs, en dépouiller l’intérieur de tout ornement superflu. Je voudrais retenir ce monde clair-obscur qui s’efface. J’aimerais plonger dans le noir la misère de cet atelier indien trop visible, et éteindre la suspension pour découvrir cette part d’équilibre entre l’ombre et la lumière où la lumière de l’ombre.

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« Il automne »…

Le miroir aux oiseaux, belgique, gildalliere, 2011
Photo/Gilles Dallière/Belgique

“Il automne”, et pourtant, dans l’atelier de Karel Aubroeck, une fois nettoyé les nuages, j’ai l’œil ébloui, le souffle bloqué devant la luminosité qui agit comme un renouveau sur l’ouverture carrée donnant sur le jardin inspiré du Land Art. Noyé dans tout ce gris, le jeu de lumière s’anime et les couleurs se réactivent dans la réflexion du miroir, œuvre d’art de Günther Förg.

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Le temps qui passe…

Inspiration, Anvers, gildalliere, 2006
Photo/Gilles Dallière/Anvers/Belgique

C’est un lieu sacré du quotidien où l’on peut chercher la solitude et le repos de l’esprit. Un lieu sans prétention où la lumière, adoucie par les ombres, rend le discret encore plus beau. Il y a dans l’ombre une subtilité qui plus que la lumière directe semble favoriser les formes. Elle ajoute de la profondeur et de la beauté. Il n’y a rien de tel qu’un espace vide. Le rayon du soleil illumine la fumée du charbon de bois brûlé dans l’âtre et l’intense obscurité de la pièce pour révéler l’incroyable beauté du temps qui passe.

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Le temps qui passe…

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Ourler le noir au blanc…

La cour, le jardin des Biehn, Fès, Maroc, gildalliere, 2020
Photo/Gilles Dallière/Fèz/Le jardin des Biehn

Je pense à Michel, alors je suis revenu en arrière pour travailler le noir et blanc de ce jardin qu’il aimait en couleur. Préférer désaccorder ce qu’il avait merveilleusement accordé. Accentuer les ombres sur le mur écaillé par le pépiement des oiseaux. Souligner les époques des terres mêlées, plantées autour de la transparence d’un pipi étoilé. Ourler de noir l’ombre des senteurs où, rêveur, je me suis étendu par un désir d’éclair ourdi de mélodies. Le jour s’incline à mon côté pour sentir dans ton cœur inonder l’univers.

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Ourler le noir au blanc…

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