Troublé…

Composition, Paris, gildalliere, 2008
Photo/Gilles Dallière/Paris

Ce matin, l’aube est en chair de poule. Tout est crispé. La forme du vase se dessine devant les contours flous de l’alcôve noyée dans l’océan. La fleur s’épuise à s’étirer hors de l’eau, flottant étrangement dans l’espace devenu étrangement léger. Le présent est soustrait au passé, soustrait à l’avenir, enfermé dans l’immanent. Une réalité indéfinie et sans nom.

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Troublé…

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À bout de souffle…

Cimetière de Montmartre, Paris, gildalliere, 2020
Photo/Gilles Dallière/Cimetière de Montmartre

Le visage céleste s’évanouit dans la géométrie de la Rue Caulaincourt. La lumière se déverse dans la contre lumière, saturant celle-ci pour lui donner une intensité démesurément accrue. Au bout de la passerelle, le soleil se précipite dans son image reflétée, capté par les branches d’arbre du cimetière. L’expansion de la croissance recouvre tout l’espace, recouvre tout les cieux, englobe l’abondance des étoiles. À bout de souffle, il reste suspendu dans les ténèbres comme un spectre éclairé d’une pâle lueur absorbée par la nuit.

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À bout de souffle…

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La lumière reflétée.

Faute de suspension, gildalliere, LS, Paris, 2008
Photo/Gilles Dallière/Paris

Tu t’appelles Arco, et tu m’as égratigné la rétine. Tu cherches en toi l’obscur dont la clarté te donne ta forme et jamais cet espoir ne t’abandonne, toujours il s’accomplit quand tu es le centre de l’espace. Achille a dessiné instantanément, en un éclair, l’arc télescopique accroché aux veines du marbre de Carrare. De ta couronne d’acier, la lumière reflétée plonge dans la lumière reflétée.

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La lumière reflétée.

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Rallumer les étoiles…

Composition, Miro, Guilhem Touzelier, gildalliere, Nice, 2OO8
Photo/Gilles Dallière/Chez Guilhem Touzellier/Nice

En partant en reportage chez l’antiquaire Guilhem Touzellier, je suis resté longtemps devant cette toile de Joan Miró. Tout me fascine : le processus de travail de l’artiste, son œuvre graphique, le relief, la matière, les intégrations d’objets, la réutilisation des motifs. J’aime son esthétique naïve et onirique, souvent rattachée au mouvement surréaliste. Cette façon de se dégager de toute réalité extérieure, de toute convention picturale. La couleur de ses ambitions est devenue celle de mes rêves histoire de rallumer les étoiles.

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Rallumer les étoiles…

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Ne pas se laisser aller…

Pause,Frédéric Lebard, gildalliere, Paris, 2006
Photo/Gilles Dallière/Paris

Collé à ton fauteuil, le son au plus de la télévision semblait te protéger. Tu étais moins seule, faussement relié à des images que tu ne regardais pas. Tu t’attachais à un petit feuilleton de rien du tout, navré d’en rater un épisode quand nous sortions dîner. En ma présence, ton attention relevait d’une bonté bien à toi et ton élégance revenait dès que tu allais un peu mieux. Le souci de ton corps, de ta silhouette, de ton hygiène, de ton visage, restait intact. Ne pas se laisser aller. Se parfumer encore. L’odeur de Shalimar de Guerlain…

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Ne pas se laisser aller…

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Champagne…

Nature morte, lampe en albatre, gildalliere, 2008, Eric Schmitt
Photo/Gilles Dallière/Fontainebleau/Eric Schmitt

La lumière tamisée aux détails dorés dégage une chaleur douce et enveloppante dans laquelle tu te blottis. Le silence s’installe. Je te revois assise là, détendue et sereine, un léger sourire posé sur ton visage. Je nous revois tous deux au milieu de tous ceux qui ne comprenaient pas l’absence de lumière. C’est pourtant là que ton sourire grandissait, tes bras s’ouvraient vers moi et nous restions ainsi serrés, respirant la douceur qui nous submergeait. Aujourd’hui, il faut que tu laisses venir l’ombre complice de cette figure de Montmartre dont le bleu des yeux et pas que, va te faire rire aux larmes. Tu vas trinquer avec le roi de la nuit parisienne. Champagne…

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Champagne…

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Tchin-tchin…

Un verre d'eau, nature morte, gildalliere, Paris, 2011
Photo/Gilles Dallière/Paris

Deux mois déjà… Ce qui reste et restera d’une mémoire libre et portée au fil de ce petit verre de vin blanc. Tu choisissais de partager ce que l’on aimait en faisant remonter à la surface, la mémoire d’un passé chéri. C’était ta façon d’abolir ce temps qui t’était désormais compté. Se voir peu à peu vivre sans force entre le fauteuil et le lit, s’en contenter cependant. Avec ce petit verre, tu moquais la menace d’une exécution ordonnée. Un pied de nez à la mort en trinquant à la vie. Tchin-tchin Maman.

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Tchin-tchin…

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Je barbouille…

Travaux, peinture, l'homme caméléon, gildalliere, Tanger, 2012
Photo/Le barbouilleur/Tanger/Maroc

Mon petit chat, tu aimais la barbouille, mais là, tu as trouvé ton maître. Le garçon s’est surpassé. Avec toi, j’ai fait des voyages, c’est là que je suis devenu ton fils. On a tous plus ou moins mal vécu son roman familial. Aujourd’hui, je suis heureux de tout ce que nous avons partagé. Il y a beaucoup de choses qui se disent moins bien avec la parole. Tu m’as écrit de longues lettres. Tu as pesé tes mots. Loin, très loin de l’avidité, la cupidité, le mensonge, et la rancœur de ces deux derniers mois.

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Je barbouille…

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Tanger.

Tanger, le détroit de Gibraltar, gildalliere, 2012, Maroc
Photo/Gilles Dallière/La médina de Tanger

Sous l’effet d’un vent sec, nous sommes partis à Tanger. Tu aimais les couleurs réactives de la médina qui lentement se fanent au soleil couchant. Ce paysage élargi jusqu’à l’horizon t’a bousculé. Tu t’es accroché au génie architectural de la maison d’Yves Taralon, suspendue dedans-dehors dans les volutes du café Hafa. Tu t’es abandonné chez Geneviève Beaufre dans les délices de la villa Victoria et j’ai eu du mal à vous séparer. Tu as emporté les bleus d’Asilah dans ton cœur. Nous voulions durer. Avoir du temps pour nous. Ce fut un grand moment d’émotion mutuelle, une prière ardente, une ivresse vitale.
Ce qui nous fut offert était-il alors si précieux ?

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Tanger.

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souvenir…

Tunisie, mosquée, gildalliere, 2011
Photo/Gilles Dallière/Tunisie

En 2006, nous sommes partis passer Noël en Tunisie. D’implicites courants traversaient nos propres parois de chair, comme le ferait l’éclaircie d’un feu de Saint-Elme. On tenait à se livrer à nos propres découvertes, seuls, autodidactes en tout. Le vent décidait à notre place et nous marchions tous les deux, pas à pas dans les traces forcément diffuses de tes souvenirs. Une beauté spirituelle nous tenait par la main et cela nous suffisait. Nous restions à notre place, qui n’était de n’en avoir aucune de vraiment définie. Un délice.

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