La solitude

Entrée, Sawaya Moroni, Milan, 2008
Photo/Gilles Dallière/Milan/Sawaya&Moroni/Chaise Ollwood/William Sawaya

Lorsqu’on habite depuis longtemps dans un immense appartement, en retrait de la société, dans l’ampleur retrouvée de sa propre vie, on devient peu à peu conscient de la présence d’un autre solitaire, d’une solitude identique à la sienne, quelque part, en marge du monde et de la foule. Je me souviens encore de la stupeur qui m’a saisi dans le noir en voyant cette chaise, posée là, seule, perdue devant la porte d’entrée grande ouverte. Pourquoi cette chaise ?
Pourquoi utilise t’elle cette lumière pour donner voix à ma propre nuit?
Je suis resté là, dans le noir, seul avec la chaise et je me suis laissé subjuguer par un tourbillon d’images et de souvenirs.

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La solitude

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Les clés du décor

Escalier d'Honneur de l'hôtel de la Monnaie, gildalliere, Paris, 2018
Photo/Gilles Dallière/Hôtel de la Monnaie/Escalier d’honneur/11 quai de Conti

Faisant montre d’un dessin tout à la fois sobre et savant, les balustrades du plus bel escalier de Paris espacent leurs motifs de minces socles ornés de couronnes de laurier. Le motif en frise, et celui venant orner les sous-pentes des volées de marches témoignent des formes géométriques, et surtout de la sobriété du « goût à la grecque » à la pointe des évolutions stylistiques du XVIIIe siècle. Le sol en damiers, à la fois patinoire et tremplin, plante le décor. Partout des colonnes et un ciel peint en trompe-l’œil et au sommet une fenêtre sur le temps. L’espace est pur et rigoureux, sans aucune transparence aux états du dehors : la pluie.

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Les clés du décor

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L’élégance du silence

Cheminée médiévale, Anvers, Belgique, Boris Vervoordt, 2006
Photo/Gilles Dallière/Anvers:Belgique/Boris Vervoordt

À Antwerpen, au rez-de-chaussée, l’espace est sublimé par le dessin de cette cheminée à double foyer. À gauche un tout petit tableau, presque vide, et sans aucune indication de lumière. À droite, une œuvre révélant trop d’imprécisions et de faiblesses à mes yeux. Au sol, les imperfections de la pierre bleue des carrières du Hainaut, superbe et transparente. J’aime cette tension. Le passé qui s’inscrit dans le présent, dépoussiéré, rangé, lumineux. Les murs sont aussi nus et rugueux qu’au XVe siècle. La même fenêtre haute laisse voir une épaisseur neigeuse creusée dans le mur. Mais ce n’est pas tout, il y a surtout le silence, et le silence c’est le silence, et ce n’est rien que le silence.

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L’élégance du silence

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Le contre-jour des sphinges

Villa Nellcote, Saint-Jean-cap-Ferrat, gildalliere, 2013
Photo/Gilles Dallière/Francis Amiand/Villa Nellcote/Saint-Jean-cap-Ferrat

Ici, il n’y a pas des millions de mètres cubes de pièces identiques. Il n’y a pas de portes et de fenêtres entassées les unes sur les autres. Il y a l’élégance de l’architecture “spectacle” posée sur la rive de la baie de Villefranche-sur-Mer. Il y a de la fierté, chez elle. Une grande fierté. De part et d’autre de la porte d’entrée, les sphinges ont le regard droit, la nuque raide. Elles ne demandent rien. Elles n’attendent rien. Le fleuve de la vie passe ailleurs. Elles le savent. Elles ont vécues, elles ont courues le monde avec les Rolling Stones. Aujourd’hui, elles savent comment il va. Elles se sont refait une beauté et elles sont prêtes pour la photo suivante.

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Le contre-jour des sphinges

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La villa Nellcote

Villa Nellcote, Villefranche sur mer, gildalliere, 2013
Photo/Gilles Dallière/Francis Amiand/Saint-Jean-cap-Ferrat

Le passé coule sur les balustres de la villa comme si le temps n’existait pas. Construite en 1899 sur les ruines d’une ancienne batterie militaire, avec ses grilles dignes de Versailles, sa façade ornée de colonnes ioniques en marbre, son escalier monumental et son jardin à la française qui descend jusqu’à la mer, Nellcote est un véritable palais. En 1971, les Stones quittent l’Angleterre pour échapper aux impôts. Keith Richards, sa femme Anita Pallenberg et leur fils Marlon investissent la villa à Saint-Jean-Cap-Ferrat et du matin au soir, avec Mick Jagger, Charlie Watts et Bill Wyman, les échos des guitares électriques, sur amplifiées, traversent la baie de Villefranche au point d’entraîner le départ précipité de toute la troupe vers une nouvelle terre d’exil. Dans l’intervalle, le groupe enregistrera un chef-d’œuvre, « Exil on Main Street », un double album gorgé du soleil et des fêtes de la Riviera.

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La villa Nellcote

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Froide comme l’albâtre

Nelcotte, Villefranche sur mer, gildalliere, 2013
Photo/Gilles Dallière/Villefranche sur mer/Villa Nelcotte

Le soleil méditerranéen accable la villa de sa lumière. La déesse se dresse, vivante, à cette heure de l’après-midi sous l’immense azur de l’escalier faisant sur la verrière une tache sombre. Elle s’étire, balançant son enfant sur ses épaules. Le plissé de sa toge glissant de ses larges hanches jusqu’au creux de son dos. Le poids de son marbre immaculé tire en arrière sa tête délicate et lui donne un air triomphant et paresseux. Elle sourit d’un blanc sourire comme si elle apercevait un miroir reflétant sa beauté, belle et froide comme l’albâtre.

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L’ombre cède à la lumière

Jeanne d'Arc, Nice, gildalliere, 2019.
Photo/gilles Dallière/Jeanne d’Arc/Nice

La semaine sainte a démarré avec l’incendie de Notre-Dame de Paris. Elle se termine avec la haine terroriste qui tue plus de 300 personnes au Sri Lanka. Dans les courbes géométriques de l’église Jeanne d’Arc, je vous souhaite de très heureuses fêtes de Pâques. L’ombre cède à la lumière, le sommeil ruisselle de rêves, la nuit promet l’aurore des regards confiants, les rayons de tes bras entrouvrent le brouillard. La mer est dans les yeux du ciel, mais j’ai honte du monde dans lequel je vis. Aujourd’hui, le jour de la résurrection du Christ, le jour où tous les hommes réinventent les hommes et la nature, et leur patrie, nous devrions tous, toutes religions confondues, nous embrasser.

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Marbre de soie

Vierge voilée, Giovanni Strazza, musée cheret, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Sculpture/Giovanni Strazza/Musée Cheret Nice

Vendredi saint. Elle est là Notre-dame et le voile qui couvre son visage est un linceul, celui-là même qui recouvre le corps du Christ. Elle refuse la mort deux fois suggérée par celle de son fils et par l’incendie de la cathédrale de Paris. Par ce voile, elle se veut immortelle. La transparence glace son visage. Pétrifiée d’horreur et d’effroi devant les flammes, elle se préserve de la mort par cette paralysie même qui statufie son corps et immobilise le temps. Beauté ravissante, Notre-dame est une image et un nom. Ses yeux se sont perdus au paradis et ce qu’il en reste s’offre en spectacle. Elle transperce le mensonge d’une nuit qui s’est indûment transformée en enfers. Le voile apaisant de la beauté vient recouvrir pour un moment le passage à vide dont elle ne voit pas l’issue. Loin des polémiques, derrière le blanc fantôme de marbre il y a un trou béant. À nous de le reconstruire.

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Des jus de paysages

Galerie des Ponchettes, Adrien Vescovi, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

À la galerie des Ponchettes, Adrien Vescovi réalise ses propres couleurs à partir de décoctions de plantes et de minéraux, créant de véritables jus de paysages. De l’exposition de ses toiles aux vents, aux rayons de la lune et du soleil, aux phénomènes d’oxydations, surgissent des teintes ou des formes primitives habitées par la mémoire de leurs différents états d’existence. L’ordonnance géométrique, suspendue à différentes hauteurs, rythme l’espace contredit par la souplesse des toiles libres et l’expérience sans cesse renouvelée des couleurs. Face à la mer, soumises aux vents, au soleil et aux intempéries, elles se chargent de la mémoire des météores.

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À la rencontre des confréries de pénitents

Chapelle de la Miséricorde, les pénitents noirs, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

La Chapelle de la Miséricorde, considérée comme le chef-d’œuvre du baroque niçois, est énigmatique. Dans la nef, unique, elliptique, la profusion des stucs et la lumière triomphent. La particularité de l’édifice c’est l’idée de Bernardo Vittone, architecte de la maison de Savoie qui construit, à partir de 1740, l’église. Pour loger les religieux dans un espace contraint, Vittone superpose à La Chapelle, les cellules des moines en donnant, depuis l’extérieur, l’impression d’un seul édifice. Un coup de maître. Et puis il y a le silence, apaisant, pas le moindre bruit dans ce décor où les rais de lumière font scintiller la poussière. Une recherche radicale d’effets de lignes courbes noyées dans une palette de gris, blanc, bleu et ocre rehaussée d’or, suspend le temps.

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À la rencontre des confréries de pénitents

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