Des poudroiements de rêve.

Pauline de profil, Antonio Canova, palais Masséna, gildalliere, Nice, 2019
Photo/Gilles Dallière/Pauline Bonaparte/Antonio Canova/Palais Masséna/Nice

Au revoir Pauline. Avec toi j’ai connu des moments extraordinaires, des moments de suspension et d’air du soir. La chaleur du dehors nous a enfermés dans cet état de légèreté. Tu es assise pieds nus, le dos au mur dans cette pièce blanche et vide. Le dénuement de tes épaules prend une singulière beauté. Tu passes des heures à regarder le jour qui filtre par les persiennes du Palais Masséna, et la chaleur y dessine des poudroiements de rêve. Je regarde ton profil de marbre blanc sans me lasser, et c’est fou ce que tu ressemble à ton frère.

Clichés/expositions, Clichés/interiors, Clichés/photos, Clichés/voyage

Des poudroiements de rêve.

Image

L’académisme.

Vase Médicis, Hôtel Westminster, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Hôtel Westminster/Nice/Salon Belle Époque

Boiseries, statues, frises, vases, et colonnes : toutes et tous y sont passés, victimes d’un geste iconoclaste, depuis leur création jusqu’aux mains des décorateurs. J’ai cadré une image académique. Ma vision est trompeuse, les gros sous comptent plus que l’idéologie, car dans ce superbe salon Belle Époque, la décoration est en totale contradiction avec le style French Riviera. Là où il fallait de la passion et de la légèreté, les portes coupe-feu cassent les perspectives et le rouge cramoisi des tissus et l’or, créent des espaces indéterminés et étouffants. Quel dommage.

Clichés/architecture, Clichés/design, Clichés/Inspiration, Clichés/interiors, Clichés/photos, Clichés/voyage

L’académisme.

Image

Mademoiselle Bressant

Grand escalier du musée Chéret, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Escalier d’honneur du Musée Chéret/Peinture : Les écoles du XIXe, 1878, Nicaise de Keyser (1813-1887)

Du haut des marches de son escalier de marbre gris, la divine mademoiselle Bressant connue la Belle Époque. L’actrice, devenue princesse, tant d’allure que d’esprit, reçoit dans sa villa de Nice. Elle se met en scène dans des envolées de tulle, de gaze, et de mousseline à faire pâlir tous les habits noirs immortalisés sur la toile peinte par Nicaise de Keyser.

Clichés/architecture, Clichés/décoration, Clichés/expositions, Clichés/Inspiration, Clichés/interiors, Clichés/photos, Clichés/voyage

Mademoiselle Bressant

Image

Belle époque.

Les plafonds du Westminster, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Style Belle Époque/Hôtel Westminster/Nice

C’est la soi-disant belle époque, elle se révèle dans les motifs de ce plafond. On peut y admirer des couleurs à l’antique dans un décor éclairé par des frisures de lumière composée de stucs et de cartons. Tout se répond en un kaléidoscope qui comprend les images les plus signifiantes de cette jeunesse dorée qui flâne dans les salons de l’hôtel Westminster, et peut demeurer des heures et des heures dans le vague et vain espoir qu’un homme fortuné vous offre de prendre un verre. Un mensonge, ou plutôt une ruse de la raison bourgeoise pour masquer le sens de l’histoire, un mythe crée pour habiller de couleurs séduisantes une société hypocrite, gouvernée par la loi impérialiste du profit.

Clichés/architecture, Clichés/décoration, Clichés/Inspiration, Clichés/interiors, Clichés/photos, Clichés/voyage

Belle époque.

Image

Des arcs outrepassés.

Nymphe 1910, Marbre polychrome Henri-Louis Cordier, Musée Chéret, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/sculpture/Nymphe/Marbre polychrome/1910/Henri-Louis Cordier/Musée Chéret/Nice

J’aime la démesure et la simplicité architecturale de cette villa inspirée des palais génois du XVIIe siècle. Eugénie Alix Bressant aurait pu poser pour Henri-Louis Cordier, mais elle ne l’a pas fait. La princesse Kotchoubey préfère user de son charme, de sa féminité, et de son intelligence. Elle aime recevoir, apparaître en haut de son escalier monumental, au beau milieu des colonnades palladiennes encadrant les fenêtres de la salle de bal en arcs outrepassés.

Clichés/architecture, Clichés/collection, Clichés/décoration, Clichés/expositions, Clichés/interiors, Clichés/photos, Clichés/voyage

Des arcs outrepassés.

Image

Pauline

Pauline, palais Masséna, Nice, gildallière, 2019
Photo/Gilles Dallière/Pauline Bonaparte/Antonio Canova/Palais Masséna/Nice

Pauline la scandaleuse, l’air brûle sur ton visage. Tu as offert tes seins que tes vêtements ne suffisent jamais à masquer à Antonio Canova. Tu as livré le velours de ton intimité à Borghese, et aujourd’hui tu me tournes le dos. J’ai vu qu’on t’avait déplacé, mais dès que tu es quelque part, ta sauvagerie envahit tout. Derrière les jardins du Palais Masséna, tes yeux de marbre, pleins de détours, regardent la mer. La brutalité neutre du ciel d’azur te rend molle et ronde.

Clichés/expositions, Clichés/interiors, Clichés/photos, Clichés/voyage

Pauline

Image

être seul

Nature morte, AdeV, gildalliere, Paris, 2008
Photo/Gilles Dallière/chez Antoine de Vilmorin/Paris

La lumière est laiteuse. Divers objets, un vase à l’émail fendu, trois fleurs fanées, un livre, posent au centre de la table. Sur la beauté d’un parquet oublié, une photo perdue aux yeux du monde reste muette, protégée derrière le petit tabouret oriental. Sur la patine du temps qui passe, l’enfant photographié se vide la tête, aspire l’air du large, se grise de solitude, debout sur le rivage, face au vent, campé sur ses deux jambes. Je parle de souffle, d’un besoin d’oxygène. Je pense à la respiration de l’âme, à cet appel qui m’attire ailleurs, loin, très loin des autres, loin de ma vie avec les autres, pour être un moment seul.

Clichés/architecture, Clichés/décoration, Clichés/design, Clichés/Inspiration, Clichés/photos

être seul

Image

Madame est servie.

Verrière, Jacquemart Andr, gildallière, 2019
Photo/Gilles Dallière/Musée Jaquemart-André/Paris

Nous sommes sous Napoléon III. La salle est haute, agréable, bien éclairée. Pavée de marbre, aux murs revêtus de miroirs, elle donne accès au très étonnant escalier à double révolution. Les sculptures qui la décorent en font une galerie d’antiques. Madame Jacquemart-André reçoit. Tout est bien servi. Elle est en robe de soie couleur souris-qui-trotte, un peu montante. Ces messieurs sont en habit noir, en cravate blanche, et montrent une fleur à la boutonnière. Le dîner est simple : deux potages, trois entrées, trois rôtis, trois entremets, des vins irréprochables, une demi-douzaine de plats divers, puis le dessert. Le dîner est brillant, et la joie des convives est à son comble quand on sert le nougat. Vers les neuf heures de la soirée, chaque invité, en remuant discrètement le sucre dans sa tasse de café, se tourne vers son voisin. Tous les sourcils sont haussés et les yeux ont cette expression atone propre aux personnes qui, après un banquet, vont émettre une opinion : quelle belle verrière !

Clichés/architecture, Clichés/décoration, Clichés/Inspiration, Clichés/interiors, Clichés/photos, Clichés/voyage

Madame est servie.

Image

Le geste architectural

Escalier, musée Jacquemard André, gildalliere, Paris, 2019
Photo/Gilles Dallière/Escalier/Musée Jacquemart André/Paris

Mon travail photographique accorde une large place aux escaliers. On ne photographie rien par hasard. Je poursuis ce qui me hante, m’obsède, me traverse, me déchire. Rien d’autre. Question de point de vue. La prouesse architecturale de cet hôtel particulier est son escalier monumental, curieusement rejeté en fin des appartements alors qu’on l’attendrait au centre de la construction. La lumière du matin perce le chat de marbre sculpté. C’est comme une vérité qui se dérobe. La beauté du geste architectural. La perfection des courbes. La pureté de la matière. Rien d’autre qu’une autre vision, les yeux prêts pour la photo suivante.

Clichés/architecture, Clichés/décoration, Clichés/Inspiration, Clichés/photos

Le geste architectural

Image

Le temps suspendu.

Hammershoi, le maître de la peinture danoise, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Vilhelm Hammershøi/Interieur avec femme de dos/1898/Musée Jacquemart André/1′ mars-22 juillet 2019

Avec l’exposition Hammershøi, le maître de la peinture danoise, je me suis plongé au cœur d’une œuvre unique, aux confins du silence et de la solitude. Un monde énigmatique, cadré, réduit à une palette de gris et de bruns. Subtile, le blanc est immaculé. Le noir, profond est presque angoissant. Entre rêve et réalité, dans cette atmosphère étrange, je me suis installé au festin de Babette, une flûte de Veuve Clicquot 1860 à la main, devant la poésie du vide et de la lumière. Cet art de l’épure m’a donné faim. Au menu : soupe de tortue géante, blinis Demidoff, cailles en sarcophage farcies au foie gras et sauce aux truffes, le tout arrosé d’un Clos Vougeot 1845. Dans cette poésie du vide et de la lumière, je me suis régalé d’une salade d’endives aux noix, et pour terminer, d’un baba au rhum et fruits confits, accompagné d’une coupe de Fine Champagne. J’ai mille fois savouré des yeux ce temps suspendu nourri d’une dimension supplémentaire : la grâce.

Clichés/collection, Clichés/expositions, Clichés/Inspiration, Clichés/interiors, Clichés/photos

Le temps suspendu.

Image