Abandonner tout.

Photo/Gilles Dallière/Paris
Le temps s’écoule. Le froid me réchauffe. Tes sourires se sont agglomérés dans ce moule de ta main et ta mort protège mon cœur endormi. J’y accrocherais, le jour de l’an, une branche d’étoiles.
Abandonner tout.

Photo/Gilles Dallière/Paris
Le temps s’écoule. Le froid me réchauffe. Tes sourires se sont agglomérés dans ce moule de ta main et ta mort protège mon cœur endormi. J’y accrocherais, le jour de l’an, une branche d’étoiles.
Pour toi…

Photo/Gilles Dallière
J’ai acheté ces fleurs pour toi. Au fond de la pièce, ton portrait solitaire se laisse gagner par la lenteur. Je sais aujourd’hui que le futur qui m’attend ressemble à une encombrante décharge à ciel ouvert, riche de souvenirs mal empilés. Ce matin, le ciel hivernal s’est subitement pétrifié et tout mouvement est paré d’immobilité.
L’apparition

Photo/Gilles Dallière/Kiki Smith/11 Conti Monnaie de Paris
Et maintenant, je suis face à l’expression de la jeune fille assise de Kiki Smith. Le palais palpite, flamboie. De chaque recoin s’envolent d’innombrables fantômes de bronze, de plâtre, de verre, de porcelaine. Des corps humains, et la peau comme une frontière fragile avec le monde… Et les pièces continuent de s’ouvrir sur mon passage et de se refermer après moi, et dans la réflexion des alcôves, la jeune fille s’allonge.
Grande ouverte.

Photo/Gilles Dallière/De Uil/Belgique
J’ai laissé la porte grande ouverte, et pourtant ce matin les températures ont subitement chuté. Elles sont en deuil d’un mois d’octobre idiot. Interminable. Monolithique. Elle m’aide à revenir au monde actuel grâce à des petits gestes usés, des sarments de bois morts qu’on enfourne à feux lents dans l’idiotie de croire que tout doit s’arranger, se rassembler, se resserrer. Repartir une fois encore. Devenir.
« Il automne »

Karen Aubroeck, l’atelier, gildalliere, 2011
“Il automne”, et pourtant, dans l’atelier de Karel Aubroeck, une fois nettoyé les nuages, j’ai l’œil ébloui, le souffle bloqué devant la luminosité qui agit comme un renouveau sur l’ouverture carrée donnant sur le jardin inspiré du Land Art. Noyé dans tout ce gris, le jeu de lumière s’anime et les couleurs se réactivent dans la réflexion du miroir, œuvre d’art de Günther Förg.
La fille à la balle.

Photo/Gilles Dallière/De Uil/Belgique
J’ai une fragile envie de m’envoler, de sortir de moi, minuscule spectateur de ce jaune de sienne qui imprime les lignes Art-déco de l’atelier « De Uil » : incroyablement beau. « La fille à la balle » de Karel Aubroeck, réverbère le chant mélodique et céleste des hautes-contre mêlé à celui des oiseaux.
L’atelier.

Photo/Gilles Dallière/Belgique/Atelier de Karel Aubrroeck
Ton double, trône sur la table voisine,et son immobilité en repousse la part d’ombre. Il y a tant de formes irrationnelles et d’impuissance à créer, tant de sollicitude à s’en laisser conter, tant de difficultés à aimer. Je sais aujourd’hui qu’il ne faut jamais pactiser avec le diable. Éviter tant qu’on peut les manipulateurs, les culs bénis et les malins. Échapper à la vulgarité et à la cupidité.
En regard…

Photo/Gilles Dallière/Belgique
Elle est toujours là, la vieille lampe dressée devant la fenêtre. Ce ne sont que des bandes horizontales et verticales, rien de plus abstrait, coiffées d’un abat-jour métallique, et cependant c’est encore une figure qui se détache sur un fond paysagé et semble oser l’interroger.
Ex-voto.

Photo/Gilles Dallière/Paris
J’ai acheté un jour, rue de Bourgogne, ce petit bonhomme sculpté dans le bois d’un arbre. Avec son air d’âne battu, je l’avais curieusement associé à mes souffrances, mes reculades, mes échecs. Je ne savais pas d’où il venait. Il a pris sa place au dos des murs de mon appartement. J’ai découvert, à la Fondation Cartier, que l’interdépendance immémoriale entre arbres et humains se retrouve de manière spirituelle dans un ensemble d’ex-voto anatomique. Mon voyou est le témoignage d’une tradition religieuse de l’art populaire brésilien. Cette petite sculpture expressive guérie. On doit la placer dans une église en remerciement du miracle accompli. En ce qui me concerne, il va continuer à bouder à la maison.
Retenir la grâce.

Photo/Gilles Dallière/Saint Jean de Montmartre/Paris
En attendant la fin du monde, de mon monde il va sans dire, je suis pour un temps à l’abri, protégé du vent et des éléments, à promener mon Leica dans la reflexion d’un rayon de soleil automnal entre deux portes vitrées, partageant la même quiétude heureuse que celle d’un gâteau sec dans une boîte en fer-blanc.