La belle époque…

Escalier, 1900, 29 boulevard des Batignoles, Paris, gildalliere, 2020

Escalier, 1900, 29 boulevard des Batignoles, Paris, gildalliere, 2020


Photo/Gilles Dallière/Boulevard des Batignolles

C’est sous les larges bords de pierre que la lumière de l’ombre entre en scène. Dans cet escalier du Paris des années folles, je promène mon regard sur les volutes de fer forgé qui voilent la clarté d’un ciel à la poursuite des nuages. Je frôle l’étrange, le paradoxe, l’inquiétant. J’invente des histoires de personnages naviguant dans l’océan des nuances de gris. La ligne est limpide, directe, libre. Elle module les tentions d’une ronde d’iris noirs qui se croisent, se chevauchent, se contredisent pour mieux souligner le style de la belle époque.

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La belle époque…

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À fleur de peau…

La lumière de l'ombre, Cathédrale, Antibes, gildalliere, 2018

La lumière de l’ombre, Cathédrale, Antibes, gildalliere, 2018


Photo/Gilles Dallière/Antibes

Devant mon objectif, il y a le silence. Le silence d’une cathédrale qui ne déborde pas d’ors ni de stucs. Dans cette pénombre, je ressens une timidité semblable à celle qu’inspirent les cultes inconnus. Je me pose, j’écoute, je prends de la distance, j’observe, je m’inscris exactement dans le champ du baptistère à la limite de la ligne de démarcation entre l’ombre et la lumière. Face à moi cohabitent la gloire et l’humilité, le sublime et le dérisoire : la vie.

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À fleur de peau…

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Dieu seul le sait…

Église Notre Dame du Port, Nice, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière/Nice

Notre Dame du Port laisse sa trace dans le paysage architectural de Nice. Dieu seul le sait ; elle est belle comme l’antique. Un seul trait sur l’azur du ciel et le fond outremer du bassin Lympia. Un fronton, un portique et des vagues de chapiteaux, de colonnes, de frises, de rinceaux et de festons, cadrent la perspective s’inspirant du style palladien. Les courbes sont abandonnées. Le clou du spectacle : une façade élancée dont l’ornementation est empruntée au vocabulaire néoclassique. Elle a su épouser la révolution, illustrer le Directoire et le Consulat et offrir son décor à l’Empire. Du bout de la digue, dans l’étroitesse du bassin, il y a de l’immensité.

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Dieu seul le sait…

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La pose…

Castro nu masculin exposition, Folegandros, gildalliere, 2006
Photo/Gilles Dallière/L’atelier/Folegandros/Grèce

Il y a des jours comme ça où il y a un homme, nu, immobile, figé. Dehors, le ciel est immense, si vivant. À l’intérieur, dans une atmosphère silencieuse, méditative et feutrée, la nudité donne de la puissance. Sans un murmure il offre l’indicible perfection de ses muscles, de son sexe, aux crayons, aux fusains, aux pinceaux et pastels. Il bouge le moins possible et il y a si peu de vie entre l’homme et l’artiste que le moindre écart peut tout faire basculer. La pose terminée, le jeune homme s’étire, se dégourdit, regarde ma peinture, se réjouit, s’élance et disparaît. Voilà. Le manque s’efface, s’écarte, s’éteint et l’air se met à circuler.

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La pose…

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L’air sombre…

Monastère des Hiéronymites, Lisbonne, Portugal, gildalliere, 2007
Photo/Gilles Dallière/monastère des Hieronymites/Lisbonne/Portugal

Au coucher du soleil, l’air s’ombrage de lumière pâle et la beauté se passe de tout accessoire. La lumière indirecte et diffuse est le facteur essentiel de cette beauté. Et pour que cette lumière épuisée imprègne à fond les murs, il faut la laisser se cramponner à la surface de la pierre crépusculaire. Cela vaut tous les ornements du monde.

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Un monde révolu ?

La plage, Massimo Vitali, Trouville, gildallière, 2017
Photo/Gilles Dallière/Trouville sur mer

Je suis là depuis un moment à regarder la plage déserte. La vue est comme un décor de théâtre, deux caps délimitent l’anse et ferment la plage de sable blond. Le soleil emmagasiné dans la fenêtre du salon se reflète sur celle bondée de la photo de Massimo Vitali. Un monde qui, aujourd’hui, devrait être révolu. Doit-on se perdre dans cette foule ? Ne plus savoir où l’on est ? Se retrouver bloqué dans une image et s’agacer ? Ne plus trouver son chemin et se désespérer ? Non, le voyage mérite d’être réfléchi. Il doit être une expérience rare, particulière, de la pensée et du corps.

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L’oeuvre au noir en face à face…

Balenciaga et Alaïa, Galerie Azzedine Alaïa, gildalliere, été, 2020
Photo/Gilles Dallière/Alaïa Balenciaga/Galerie Azzedine Alaïa

L’élégance des silhouettes disparaît dans la blancheur de la scénographie. Elle témoigne du présent pour mieux récupérer le passé. La première robe est signée Cristóbal Balenciaga et date de 1954, l’autre est une pièce haute couture Azzedine Alaïa, datée de 2003. Dans ce face à face entre les deux plus grands maîtres de la coupe et du volume, on cherche la beauté, la perfection formelle, l’abstraction des lignes, alors le corps de la femme s’allonge, se moule, se drape, l’ombre des quatre-vingt modèles exposés n’est pas seulement tridimensionnelle, elle est quadridimensionnelle dans la mesure où le scénographe y introduit l’élément du temps. Par temps, je veux dire mouvement, rythme, le mouvement illusoire qui est perçu par l’intermédiaire des indications du flux des lignes, de la transparence, et des formes. Soit un demi siècle de mode à voir absolument.

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« Il automne »…

Le miroir aux oiseaux, belgique, gildalliere, 2011
Photo/Gilles Dallière/Belgique

“Il automne”, et pourtant, dans l’atelier de Karel Aubroeck, une fois nettoyé les nuages, j’ai l’œil ébloui, le souffle bloqué devant la luminosité qui agit comme un renouveau sur l’ouverture carrée donnant sur le jardin inspiré du Land Art. Noyé dans tout ce gris, le jeu de lumière s’anime et les couleurs se réactivent dans la réflexion du miroir, œuvre d’art de Günther Förg.

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« Il automne »…

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Ourler le noir au blanc…

La cour, le jardin des Biehn, Fès, Maroc, gildalliere, 2020
Photo/Gilles Dallière/Fèz/Le jardin des Biehn

Je pense à Michel, alors je suis revenu en arrière pour travailler le noir et blanc de ce jardin qu’il aimait en couleur. Préférer désaccorder ce qu’il avait merveilleusement accordé. Accentuer les ombres sur le mur écaillé par le pépiement des oiseaux. Souligner les époques des terres mêlées, plantées autour de la transparence d’un pipi étoilé. Ourler de noir l’ombre des senteurs où, rêveur, je me suis étendu par un désir d’éclair ourdi de mélodies. Le jour s’incline à mon côté pour sentir dans ton cœur inonder l’univers.

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Ourler le noir au blanc…

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À la recherche du silence…

Atelier deSuzanne Valadon, Musée de Montmartre, rue Cortot, la suspension, gildalliere, été, 2020
Photo/Gilles Dallière/Musée Montmatre

Hier après-midi je suis allé au musée Montmartre, voir la très belle exposition « la révélation de l’abstraction », sur l’un des plus grands créateurs de l’art non-figuratif : Otto Freundlich. Une grande rétrospective, 80 œuvres, sur cet aventurier de la couleur et de la matière, qui a côtoyé toutes les avant-gardes. Mésestimé par les allemands, il fut déporté et assassiné en 1943. En sortant, je suis repassé par l’atelier de Suzanne Valadon à la recherche du silence. J’y ai mis en scène la petite coupelle de verre givré, effacé les reliefs pour privilégier la surface nue du lambris. Et la voici sur un fil, agacée d’être allumée en plein jour.

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À la recherche du silence…

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