Contre jour

Ombre chinoise, Bahia, gildalliere, 2002
Photo/Gilles Dallière

Une drôle de ronde se forme sur la plage de Vermelho. L’air y est tiède et humide. Un couple silencieux s’enlace au rythme chaloupé de la Samba. L’océan glisse derrière eux, puissant et opaque. Le noir de leur peau, pailleté de sueur, est lisse et lustré. Sous la caresse de ses yeux elle est entrée dans mon champ de vision, nette et élégante. Dans les nuages, ses tresses répandent de la lumière. Brûlante de désir, une paire de bras à son cou, elle se laisse aller. Son bikini collé au corps moule la rondeur de ses seins aux mamelons dressés. La chaleur monte au ventre, un souffle humide charrie l’odeur salé de l’océan, elle se colle aux battements de son cœur, à son sexe bandé, la tête étourdie par ses propres tourbillons. Ce n’est qu’un jeu de lumière qui seul donne de l’épaisseur au contre jour qui me coupe le souffle.

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Contre jour

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La cité de Dieu

Pose Sao Luis, brasil, gildalliere, 2002
Photo/Gilles Dallière

Assis dans la rue, tu es entouré d’éléments qui ne te comprennent pas. Tu inventories la géographie lourde de ton corps engourdi de fatigue. Dans la cité de Dieu même l’air libre a besoin de changer d’air. Tu t’écoutes vivre au ralenti avant d’ouvrir les paupières. La bière te monte à la tête et tu es persuadé que Dieu t’as oublié. Le sommeil adhère encore à toi comme une glu qui tarde à se dissoudre. Le temps s’ouvre devant toi, sans perspective que de rester assis dans la pénombre de la rue. Ta maison derrière toi ne s’écroulera pas tant qu’il y a de la joie en elle, mais elle s’écroule et s’écroulera toujours s’il n’y a pas de joie.

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La cité de Dieu

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Le temps qui passe

Pelourinho, Bahia, gildalliere, 2012.
Photo/Gilles Dallière

Plaqué contre le mur, il y a comme un je ne sais quoi tout près de dégringoler dans cet extérieur décrépi. Il est tôt, la fraîcheur de la nuit s’attarde sur le Pelourinho et je devine la senteur iodée de l’océan. Un léger brouillard d’émotion se dresse au fond de moi. Ici, il n’y a plus de filles et de garçons à baiser. Il y a la brique qui se désintègre, la patine jaune qui bégaie la mort, le bois qui craque et le carrelage qui transpire les senteurs de soufre d’une nuit arrosée… À l’époque c’était un bar. De la terrasse enflammée de néons pourpres, la vie s’est doucement retirée et il ne reste plus que des images glacées peuplées de personnages qui ne parlent plus.

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Le temps qui passe

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La croix couchée

croix de salvador de bahia, gildaliere, Brésil, 2012
Photo/Gilles Dallière

J’ai de la pluie dans les yeux, mais déjà je la vois au dessus des nuages ou le ciel est toujours bleu. J’ai patauger dans l’ordure, grimpé sur le muret et sauté dans le vide pour m’installer dans l’arbre patiné par la brume du matin. Je vois enfin scintiller ses bras en croix. Je ne pouvais pas m’empêcher de mettre sa géométrie au cœur de mon cadre. La « Cruz Caida » est comme une apparition, une immense réalité que je veux voir flotter tout au dessus des nuages. Sous son acier, dans la lumière grise de l’automne, il y a un homme presque nu qui semble déjà parti à la dérive d’un voyage sans issue.

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La croix couchée

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Philanthropie

Melik Ohanian, AD rue de la Bûcherie, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

La compagnie des Philanthropes est un lieu de rencontre unique. Un patrimoine architectural extraordinaire. Avant d’ouvrir ses portes au premier semestre 2019, AD Intérieurs 2018 y organise l’exposition phare de la rentrée sous la thématique « Brut et Précieux ». L’exposition met en lumière les réalisations des plus grands décorateurs du moment développées avec l’aide des meilleurs artisans. Dans l’amphithéâtre de cet hôtel particulier du XVIIe siècle encore jamais ouvert au public, entre zones inachevées et décors précieux, l’artiste Melik Ohanian, Galerie Chantal Crousel, prend l’espace. Il évoque avec poésie un futur impalpable qui prend forme sous nos yeux sur l’idée que la Voie Lactée et la galaxie d’Andromède devraient entrer en collision dans 4 milliards d’années. Le miroir hémisphérique devient l’épicentre de l’espace, reflétant en une seule image l’œuvre et les personnes présentes.

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Philanthropie

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Nissa la bella…

La prom, Nice, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

C’est le départ de la rentrée. J’ai accroché mes images à vos cœurs, les unes derrière les autres, dispersées par les jours qui passent. Vingt-six clichés en noir et blanc et en couleur s’enchaînent avec une incroyable fluidité et j’en ressors apaisé. J’ai mis des mots sur mes émotions comme un antidote à l’obscurantisme parisien. J’ai pensé grands formats pour l’architecture et petits sur la richesse et la beauté des sentiments de cette ville. Je vous abandonne avec la Promenade des Anglais qui représente si bien l’âme de Nice. Et si j’ai tamisé volontairement le bleu du ciel et l’ocre du trottoir c’est que j’en ai gardé les pigments pour refermer plus facilement les pages de cet album consacré à Nissa la Bella.

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Nissa la bella…

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Belle comme l’antique

Notre Dame du Port, Nice, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

Notre Dame du Port laisse sa trace dans le paysage architectural de Nice. Dieu seul le sait ; elle est belle comme l’antique. Un seul trait sur l’azur du ciel et le fond outremer du bassin Lympia. Un fronton, un portique et des vagues de chapiteaux, de colonnes, de frises, de rinceaux et de festons, cadrent la perspective s’inspirant du style palladien. Les courbes sont abandonnées. Le clou du spectacle : une façade élancée dont l’ornementation est empruntée au vocabulaire néoclassique. Elle a su épouser la révolution, illustrer le Directoire et le Consulat et offrir son décor à l’Empire. Du bout de la digue, dans l’étroitesse du bassin, il y a de l’immensité.

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Belle comme l’antique

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Dans la splendeur de ses murs

Blv.Dubouchage, Nice, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

À l’époque de Matisse Nice était une ville d’hiver pour riches retraités ou exilés. Aujourd’hui c’est une ville cosmopolite et accueillante. En architecture elle fait partie des villes qui possèdent les plus beaux immeubles Art Déco de France. L’ancien musée de la photographie Charles Nègre était situé dans cet immeuble du boulevard Dubouchage. Il se détache du style « French Riviera » par ses éléments structurels décoratifs de qualité tout à fait typique de la période entre-deux-guerres. Son crépi rouge est en communion parfaite avec le ciel d’azur. La façade épurée privilégie le rythme décalé des fenêtres de la cage d’escalier. Le toit terrasse est couronné de balcons arrondis. Mais mes mots s’empilent et deviennent récurrents… La ville est lumineuse dans la splendeur de ses murs.

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Dans la splendeur de ses murs

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Julie…

Sfumato, Nice, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

Tu t’es doucement endormie. Ton beau sourire s’est effacé. Je suis debout au bord de la Baie des Anges , un voilier passe dans la brise du matin et part vers l’horizon. Il est comme toi, la beauté et la vie. La maladie a décidé de ton départ et je dois te dire au revoir. Pour Yaël ta fille, pour Emilio ton mari en or, pour Marianne ta grand mère adorée, pour tes parents Marie-Ange et François et pour toute ta famille, jamais plus rien ne sera comme avant. Mais le soleil se lève encore et les étoiles brillent toujours. Tu as rendu ta vie au ciel, à ce ciel d’ambre et de miel. Tu pars, tu montes, tu voles, le ciel est à toi, tu parles aux étoiles, tu planes de soleil en soleil, tu brilles, ce ciel est pour toi, l’infini est bleu, doux et merveilleux. Au revoir Julie…

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Julie…

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Il était une fois…

Musée Jules Chéret, Nice, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

J’aime la démesure de cette villa inspirée des palais génois du XVIIème siècle. J’aime aussi les histoires de princes et de princesses, les animaux qui parlent, les rivières qui coulent à l’envers, les dragons, les hobbits, les trolls, les elfes, le seigneur des ténèbres et Viggo Mortensen. Alors il n’y a qu’un pas… « Il était une fois, à Nice, en voyant de loin s’élever les murs de la façade de la villa Jules Chéret, les gens commencent à parler de la princesse Kotchoubey. Pour tous ceux qui l’ont connue, Eugénie Alix Bressant, née à Paris le 21 septembre 1838, représentait davantage une personne comme on en rencontre peu dans une existence. Mademoiselle Bressant était incomparable et son charme, sa féminité, son intelligence et son incroyable force morale la rendaient inoubliable à quiconque avait parlé avec elle… »

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Il était une fois…

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