La chaise musicale

Andrea_Dall_Olio, gildalliere,2013
Photo/Francis Amiand/Gilles Dallière

Dans ce jeu de la chaise musicale, je suis l’animateur qui s’occupe de poser un regard toujours lucide et solitaire sur la création. Je me nourris d’architecture et de décors décalés, de détails et d’inventaires. Je donne à ce sujet une atmosphère où le temps est suspendu. Le décor créé par Andrea Dall’Olio se fige dans le noir d’un graphisme immuable. La vrai beauté ne fait pas de bruit, elle reste cachée.

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La chaise musicale

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Évasion

Les Abbesses, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

Je suis le piéton du ciel, les nuages couvrent la lourdeur de mes pas. C’est une échappée belle, une suspension des contraintes d’identité et du poids qui les accompagnent. L’émotion est souveraine pour l’homme de la ville que je suis. Loin de la banalité et de la gravité des choses de la vie, il y a le miracle de l’avion immergé dans une zone magnétique où vivre est une évidence lumineuse.

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Évasion

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La mort du centaure

Musée Bourdelle, le centaure mourant, gildalliere, 2015
Photo/Gilles Dallière

Ce centaure passe des heures à mourir dans la communion parfaite des lumières et des contrastes de l’atelier d’Antoine Bourdelle. L’homme-cheval, rongé de douleurs parce qu’il est immortel, obtint finalement du sculpteur de mourir dans l’enceinte du théâtre des Champs-Élysées. Il meurt sans plainte ni faux-semblants, sans voyeurisme non plus, la tête posée sur son épaule. Jérôme Godeau écrit : «Si les frisons de la robe, l’ondulation des flancs sont d’un modelé sensuel, l’allongement de la taille, l’envasement du torse, l’étirement de la ligne du bras et du cou s’inscrivent dans la perfection d’une figure géométrique». Très haut, il tutoie les étoiles, les sabots profondément ancrés dans son socle de plâtre.

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La mort du centaure

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Tout est là

Tuilleries, gildalliere, 2018-Modifier.jpg
Photo/Gilles Dallière

L’automne est enfin là, flamboyant et superbe. Les arbres commencent à s’enflammer. Les feuilles tombent et je traîne des pieds dans la poussière et le amas de feuilles mortes, je retrouve ce vertige du monde de l’enfance, cette insouciance où tout est lent, où tout m’agrippe. La lumière tombe au ralenti et tout remonte de mon enfance, ces sensations du passé enfouies dans la chair… Tout est là.

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Tout est là

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Photographisme n°1, paysage recomposé

Paleopoli, gildalliere, 2018 copie 4
Photographisme/Gilles Dallière
Je bascule dans une nouvelle esthétique ou les lignes, le vert de gris des couleurs et les formes géométriques ne font plus qu’un avec le noir et blanc du paysage photographié. Dans l’atmosphère sourde de ce champ d’oliviers grecs, je réinvente la lumière. Les figures cubistes se projettent et se bousculent à l’intérieur du tirage A1. La simplicité naïve de ces structures est aussi plate et primitive qu’un dessin, mais à travers ce champ de vision, la matière s’aère, les contours spatialisés marquent une volonté d’échapper à la gravité pour mieux gagner en transparence, en équilibre et en articulation.

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Le passage du temps

Figuier, Grèce, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

Ce jeudi matin, 18 octobre 2018, la lumière était belle, pâle, comme effacée. Les allées du MAD qui rendent hommage à Gio Ponti sont presque vides. Comme le dit si bien Olivier Gabet, directeur du musée des Arts décoratifs, « Cette exposition vient à son heure pour rendre à César ce qui lui appartient et à Ponti la place qui lui revient dans l’histoire de l’architecture, du design et des arts décoratifs… Il est ici chez lui ». Ce samedi matin, je me balance sur l’automne de ma vie. Je ne suis plus tout neuf mais je ne suis pas si vieux et surtout je suis libre de faire ce que je veux. Le moindre geste de cette journée sera un souvenir futur. Hier est parti pour toujours, demain ne viendra peut-être jamais, seul aujourd’hui m’appartient. Les feuilles mortes prennent l’or, le pourpre et le violet de ma vie. Le jour de mon anniversaire, Je ne la mesure pas par le nombre de ses respirations mais par le nombre des moments qui m’ont coupé le souffle.

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Le passage du temps

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Épure

Uil-72dpi
Photo/Gilles Dallière

Tout est dessiné dans cette épure et je n’ai laissé à l’obscur que des croisées d’architecture. Dans cet équilibre où le blanc devient noir et le rien devient tout, une lumière diaphane venue du ciel souligne l’élan d’une ligne qui marque les angles de son trait. Elle se gonfle de clarté et soudain s’immobilise, d’abrège et disparaît dans la palette des gris qui soulignent l’acuité de sa géométrie.

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Du contraint au naturel

uil, jardin de topières, gildalliere, Belgique 2011
Photo/Gilles Dallière

Faire une photographie, c’est prendre la parole et il faut avoir quelque chose à dire. Dans un cadrage, j’apprends la modestie, car je dépends du réel et le réel est plus imaginatif que je ne le serais jamais. Dans ce jardin belge, je prends le temps de regarder le soleil dessiner ses ombres entre les buis taillés en rouleau de printemps. Dans ce monde où désormais on consomme la photo pour le plaisir de partager un instant, réapprenez à regarder, cadrer, hasardez vous et laissez vous guider du calme au tumultueux, du grandiose au pittoresque, du sévère à l’aimable, du contraint au naturel et surtout n’oubliez pas de vous retourner, champ contrechamp. Les images et les mots qui les accompagnent sont la mémoire de ce qui va disparaître.

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Du contraint au naturel

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Ornementation

Banc Axel, Anvers, gildalliere, 2012
Photo/Gilles Dallière

Dans cette photo du détail ornemental d’un dossier de banc du château de ‘s-Gravenwezel, il y a le silence, le calme de l’instant qui précède la création ou qui peut-être suit sa fin. Tout cela semble une épave de civilisation abandonnée, l’ocre du mur, un fragment oublié du monde, éclairé par la lumière du Nord qui les dérobe à l’obscurité. La lumière vole un peu d’espace au noir qui creuse la profondeur de champ. Elle se pose sur les choses et réinvente une autre vie.

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Les marques de la vie

La vieillesse, Bahia, gildalliere, 2012
Photo/Gilles Dallière

Comme cette femme est belle. Elle me regarde derrière le voile de ses yeux et me sourit. Je détaille ses mains desséchées par la vie. Depuis sa naissance elles lui ont permis d’éviter de tomber lorsqu’elle était enfant, elles ont porté la nourriture à sa bouche et lui ont permis de s’habiller. Petite fille, sa mère lui a montré comment les joindre pour prier Dieu. Elles ont embrassé un mari et essuyé ses larmes quand il est parti. Elles ont été sales, coupées, rugueuses et enflées, maladroites à tenir son enfant et plus ouvertes à ses petits enfants. Elles ont tremblé quand elle a enterré l’homme de sa vie. Elles ont couvert son visage, peigné ses cheveux et lavé son corps. Elles ont été collantes et humides, sèches et rugueuses. Ces mains portent la marque de ce qu’elle a fait et des accidents de la vie, mais le plus important est que ce seront ces mêmes mains que Dieu attrapera pour l’amener avec lui dans son paradis.

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Les marques de la vie

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