Il pleut

Pluie, promenade des Anglais, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Promenade des Anglais/Nice

Il pleut. Ce n’était que des gouttes qui rebondissaient sur l’ocre rouge du trottoir avec des éclatements semblables à de minuscules baudruches. Puis les gouttes se sont élargies, sortes de vastes feuilles couvrant le sol de leurs mains invasives. Elles en ont abstrait les hommes, leurs soucis. Il n’y a plus d’anatomies visibles, plus de souffle, plus de vie sur la Promenade des Anglais. Tout est devenu gris, lourd, couleur graphite, gonflé de liquide. Il pleut à verse. C’est tellement inattendu. Il pleut une suite de sons résonnant dans le vide, comme la peur ricochant sur les galets de la Baie des Anges. Et dans le reflet de cette faille, entre l’ombre des gloriettes et la lumière, je ne verrais pas le ciel bleu jusqu’à mon retour.

Clichés/architecture, Clichés/photos, Clichés/voyage

Il pleut

Image

Une passerelle sur le temps

Balustres, Parc Impérial, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Parc Impérial/Nice

La passerelle se met en scène. Elle devient actrice et spectatrice. Elle s’exhibe désormais dans toute sa théâtralité. D’un bout à l’autre, elle touche enfin au réel. Elle s’ouvre à la lumière, à l’immensité lumineuse du monde. Elle tend ses balustres durcis comme des membres vers le dehors, sur ce ciel d’azur que l’on peut tout à la fois concevoir comme la jouissance infinie à laquelle elle aspire par la clarté cruelle de son blanc immaculé.

Clichés/architecture, Clichés/Inspiration, Clichés/photos, Clichés/voyage

Une passerelle sur le temps

Image

L’ombre cède à la lumière

Jeanne d'Arc, Nice, gildalliere, 2019.
Photo/gilles Dallière/Jeanne d’Arc/Nice

La semaine sainte a démarré avec l’incendie de Notre-Dame de Paris. Elle se termine avec la haine terroriste qui tue plus de 300 personnes au Sri Lanka. Dans les courbes géométriques de l’église Jeanne d’Arc, je vous souhaite de très heureuses fêtes de Pâques. L’ombre cède à la lumière, le sommeil ruisselle de rêves, la nuit promet l’aurore des regards confiants, les rayons de tes bras entrouvrent le brouillard. La mer est dans les yeux du ciel, mais j’ai honte du monde dans lequel je vis. Aujourd’hui, le jour de la résurrection du Christ, le jour où tous les hommes réinventent les hommes et la nature, et leur patrie, nous devrions tous, toutes religions confondues, nous embrasser.

Clichés/architecture, Clichés/Inspiration, Clichés/photos, Clichés/voyage

L’ombre cède à la lumière

Image

Le pouvoir de séduction

Villa Fiorentina, Nice, parc impérial, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Détail d’architecture/Villa Fiorentina/Nice

Rien n’est plus existant pour un photographe que de tomber en arrêt devant le pouvoir de séduction d’une image. Cette intimité est favorisée par des kilomètres de marche à pied. Je me suis plongé dans l’architecture du parc Imperial, celui des Russes blancs, du moins ce qu’il en reste. Aujourd’hui, une nouvelle génération d’oligarques a débarqué sur la Riviera. Plus discrets que leurs aînés, ils aiment quand même faire la fête, mais cherchent aussi à réaliser de juteuses affaires. Plongée dans un univers très secret. Fini les extravagances ? Les feux d’artifice tirés les soirs d’anniversaire des terrasses des somptueuses villas du Cap d’Antibes et de Saint-Jean Cap Ferrat ? Les virées en boîte de nuit à écluser des bouteilles de Cristal Roederer et de Dom Pérignon rosé ? Les écuries de Rolls et de Bentley ?
Leur plus grand plaisir est de promener les enfants en poussette, le long des rues ombragées de pins et de palmiers. Les premiers arrivants payaient l’addition au restaurant avec des liasses de billets. Ils sortent une carte American Express Platinium. Il y a 20 ans une villa se vendait 20 millions d’euros, on écarquillait les yeux, la même atteint aujourd’hui 100 millions d’euros et on ne s’en étonne même plus.

Clichés/architecture, Clichés/décoration, Clichés/Inspiration, Clichés/photos, Clichés/voyage

Le pouvoir de séduction

Image

Marbre de soie

Vierge voilée, Giovanni Strazza, musée cheret, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Sculpture/Giovanni Strazza/Musée Cheret Nice

Vendredi saint. Elle est là Notre-dame et le voile qui couvre son visage est un linceul, celui-là même qui recouvre le corps du Christ. Elle refuse la mort deux fois suggérée par celle de son fils et par l’incendie de la cathédrale de Paris. Par ce voile, elle se veut immortelle. La transparence glace son visage. Pétrifiée d’horreur et d’effroi devant les flammes, elle se préserve de la mort par cette paralysie même qui statufie son corps et immobilise le temps. Beauté ravissante, Notre-dame est une image et un nom. Ses yeux se sont perdus au paradis et ce qu’il en reste s’offre en spectacle. Elle transperce le mensonge d’une nuit qui s’est indûment transformée en enfers. Le voile apaisant de la beauté vient recouvrir pour un moment le passage à vide dont elle ne voit pas l’issue. Loin des polémiques, derrière le blanc fantôme de marbre il y a un trou béant. À nous de le reconstruire.

Clichés/collection, Clichés/expositions, Clichés/photos, Clichés/voyage

Marbre de soie

Image

Villa Rosalia

Un balcon Art-Déco, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

Dans la délicatesse de cette architecture se jouent les ombres et la lumière, démontrant en même temps la richesse des combinaisons décoratives. Elles sont intégrées dans la construction elle même. On se plaint de n’avoir pas de style. On se console se disant que nos descendants nous en trouveront bien un. Mais comment se ferait un « style », quand l’impatience, la rapidité d’exécution, les variations brusques de la technique pressent les œuvres ?

Clichés/architecture, Clichés/photos, Clichés/voyage

Villa Rosalia

Image

Quai des États-Unis

Quai des Etats-Unis, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

Sur les façades du quai des États-Unis, la palette des tons chauds de rose ocré, jaune mat, rouge brique, ocres nuancés ou sienne brûlée, disparaît. Face à la mer, la pierre, rehaussée de corniches, bandeaux et autres décors, balance sa beauté architecturale sur les galets de la Baie des Anges. La Prom’ apparaît lumineuse, joyeuse dans la splendeur de ses vieux murs. Les rayons du soleil impriment l’ombre portée des ogives qui font luire les tons chauds et clairs de ces vieilles maisons de pêcheurs.

Clichés/architecture, Clichés/photos, Clichés/voyage

Quai des États-Unis

Image

Des jus de paysages

Galerie des Ponchettes, Adrien Vescovi, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

À la galerie des Ponchettes, Adrien Vescovi réalise ses propres couleurs à partir de décoctions de plantes et de minéraux, créant de véritables jus de paysages. De l’exposition de ses toiles aux vents, aux rayons de la lune et du soleil, aux phénomènes d’oxydations, surgissent des teintes ou des formes primitives habitées par la mémoire de leurs différents états d’existence. L’ordonnance géométrique, suspendue à différentes hauteurs, rythme l’espace contredit par la souplesse des toiles libres et l’expérience sans cesse renouvelée des couleurs. Face à la mer, soumises aux vents, au soleil et aux intempéries, elles se chargent de la mémoire des météores.

Clichés/architecture, Clichés/expositions, Clichés/Inspiration, Clichés/photos, Clichés/tendances, Clichés/voyage

Des jus de paysages

Image

Un matin après l’autre

Bleu lagon, promenade des anglais, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

Dans la violence du temps qui piétine mes rêves, un matin après l’autre, un oubli après l’autre, un mot sur le suivant, je découvre les ombres des matins gris et la lumière de la mer houleuse. Regarde ! Regarde autour de toi ! Bois l’horizon, dévore le vent. Regarde-toi, regarde la vie dessous tes pas. Dans ces nuances de gris qui virent parfois au bleu lagon, prends, façonne, délicatement. Mélancolie, nature, douleur, douceur et joie. Garde les précieusement car elles nous constituent. Transforme les en une étincelle, une bulle de coton, de savon, de tendresse. Dans ce bain de lumière, je fais ce que je peux avec mes silences, le vent souffle et il pleut.

Clichés/photos, Clichés/voyage

Un matin après l’autre

Image

Mirage

La pluie, promenade des Anglais, gildalliere, Nice, 2019.
Photo/Gilles Dallière

L’averse a cessée. La Prom’ s’est saoulée. Le soleil glisse entre les nuées. Bienfaiteur. Dans l’ombre de l’ondée, je capte une chose banale qu’on ne remarque jamais : des passants disséminés dans un espace public, mais cadrés de tel façon qu’on ne sait plus ce qui est réel et ce qui ne l’est pas. Le reflet mouillé du jeune homme se cabre, tremble, s’élève au-dessus du bitume comme une vapeur d’éther qui se disperse dans la fraîcheur pénétrante et humide de cette journée d’avril. Le vent furieux travaille la silhouette du personnage soudé à l’ocre rouge délavé. Je reviendrai certainement faire face à la pluie.

Céramique, Clichés/photos, Clichés/voyage

Mirage

Image