Abandonner tout.

Photo/Gilles Dallière/Paris
Le temps s’écoule. Le froid me réchauffe. Tes sourires se sont agglomérés dans ce moule de ta main et ta mort protège mon cœur endormi. J’y accrocherais, le jour de l’an, une branche d’étoiles.
Abandonner tout.

Photo/Gilles Dallière/Paris
Le temps s’écoule. Le froid me réchauffe. Tes sourires se sont agglomérés dans ce moule de ta main et ta mort protège mon cœur endormi. J’y accrocherais, le jour de l’an, une branche d’étoiles.
La mer est grise à Nice…

Photo/Gilles Dallière/Tunisie
Soudain la mer est grise à Nice. Il y a de la houle au loin. Des dentelles d’écume. Quelques voiles s’agitent comme des mains qui appellent au-secours. Alors on aime la vie, avec ses défauts, ses banalités, ses petitesses. Tu sais ce que je veux dire. Aime ta vie Maman, immense, flamboyante et unique. Je t’aime…
Pour toi…

Photo/Gilles Dallière
J’ai acheté ces fleurs pour toi. Au fond de la pièce, ton portrait solitaire se laisse gagner par la lenteur. Je sais aujourd’hui que le futur qui m’attend ressemble à une encombrante décharge à ciel ouvert, riche de souvenirs mal empilés. Ce matin, le ciel hivernal s’est subitement pétrifié et tout mouvement est paré d’immobilité.
Un temps mort.

Photo/Gilles Dallière/Paris
Ce soir le ciel est noir, d’un noir graphite sale. Embusquée, la pluie attend son heure et, en attendant, le temps se tient parfaitement immobile. Un temps mort. La projection de la lumière des réverbères découpe des collages sur le papier de riz de mes murs. Le temps trace des signes à l’encre de Chine, des lignes, des courbes, du paysage dans une chorégraphie spontanée. Destruction et reconstruction. C’est ma façon de réparer le secret de mes maux.
Grande ouverte.

Photo/Gilles Dallière/De Uil/Belgique
J’ai laissé la porte grande ouverte, et pourtant ce matin les températures ont subitement chuté. Elles sont en deuil d’un mois d’octobre idiot. Interminable. Monolithique. Elle m’aide à revenir au monde actuel grâce à des petits gestes usés, des sarments de bois morts qu’on enfourne à feux lents dans l’idiotie de croire que tout doit s’arranger, se rassembler, se resserrer. Repartir une fois encore. Devenir.
« Il automne »

Karen Aubroeck, l’atelier, gildalliere, 2011
“Il automne”, et pourtant, dans l’atelier de Karel Aubroeck, une fois nettoyé les nuages, j’ai l’œil ébloui, le souffle bloqué devant la luminosité qui agit comme un renouveau sur l’ouverture carrée donnant sur le jardin inspiré du Land Art. Noyé dans tout ce gris, le jeu de lumière s’anime et les couleurs se réactivent dans la réflexion du miroir, œuvre d’art de Günther Förg.
L’atelier.

Photo/Gilles Dallière/Belgique/Atelier de Karel Aubrroeck
Ton double, trône sur la table voisine,et son immobilité en repousse la part d’ombre. Il y a tant de formes irrationnelles et d’impuissance à créer, tant de sollicitude à s’en laisser conter, tant de difficultés à aimer. Je sais aujourd’hui qu’il ne faut jamais pactiser avec le diable. Éviter tant qu’on peut les manipulateurs, les culs bénis et les malins. Échapper à la vulgarité et à la cupidité.
Le regard…

Photo/Gilles Dallière/Belgique
Un Interieur c’est beau que s’il est regardé, et la beauté ecclésiale de ces deux bergères Queen Anne me tient par la main. Alors je m’abandonne au creux du rouge éternisé de la première. Je te garde et te regarde. Je suis en train de devenir doucement un orphelin d’esprit et de cœur et j’écris ces mots pour rester éveillé.
En regard…

Photo/Gilles Dallière/Belgique
Elle est toujours là, la vieille lampe dressée devant la fenêtre. Ce ne sont que des bandes horizontales et verticales, rien de plus abstrait, coiffées d’un abat-jour métallique, et cependant c’est encore une figure qui se détache sur un fond paysagé et semble oser l’interroger.
Ex-voto.

Photo/Gilles Dallière/Paris
J’ai acheté un jour, rue de Bourgogne, ce petit bonhomme sculpté dans le bois d’un arbre. Avec son air d’âne battu, je l’avais curieusement associé à mes souffrances, mes reculades, mes échecs. Je ne savais pas d’où il venait. Il a pris sa place au dos des murs de mon appartement. J’ai découvert, à la Fondation Cartier, que l’interdépendance immémoriale entre arbres et humains se retrouve de manière spirituelle dans un ensemble d’ex-voto anatomique. Mon voyou est le témoignage d’une tradition religieuse de l’art populaire brésilien. Cette petite sculpture expressive guérie. On doit la placer dans une église en remerciement du miracle accompli. En ce qui me concerne, il va continuer à bouder à la maison.