L’enchanteur.

Péristyle, villa Kérylos, gildalliere, beaulieu sur mer, 2019 L1016198-Modifier.jpg
Photo/Gilles Dallière/Péristyle/Villa Kérylos/Beaulieu sur mer

Dans cet antique revisité, douze colonnes monolithiques de marbre blanc, cannelées, protègent le buste d’Homère et d’Hippocrate. Quand il vit d’amour et d’eau pure, Homère m’enchante. Il est là, noyé d’ocre rouge, il ne prévoit rien sinon l’imprévisible. Il n’attend rien sinon l’inattendu. Et dans ce péristyle, sous l’amertume d’une pluie d’été, La défense d’un soleil brûlant, loin d’Ulysse, tout lui est nourriture. Il n’a souci de rien d’autre. Il attend d’une attente radieuse et infinie.

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l’enchanteur.

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Réjouis toi.

Salle à manger, Villa Kérylos, Beaulieu sur mer, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Bibliothèque/Villa Kérylos/Beaulieu sur mer

« Xaipe », réjouis-toi : c’est le seul mot d’ordre de la Villa Kérylos. Je suis mélangé de terre et de ciel, je suis d’argile et de souffle, et le jour s’éteint sur la couleur cassée de mes tesselles. Les motifs s’enroulent autour du piétement griffé des tables de lecture. Il y a partout des livres de tous âges. Et je suis là. À chaque regard, un peu d’air tombe sur la mosaïque. Les livres achèvent de mûrir dans les vitrines. Je me tiens sur le seuil de la phrase, après quoi le silence. Il est temps d’ouvrir la fenêtre et attendre, attendre, attendre…

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Réjouis toi.

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Une pensée antique.

Entrée, Villa Kérylos, Beaulieu sur mer, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Péristyle/Villa Kérylos/Beaulieu sur mer

Dans la clarté d’une pensée antique, je contemple la mort de Talos après la conquête de la toison d’or. J’observe le retour d’Héphaïstos dans l’Olympe. Les scènes sont variées, mêlées de palmettes et de motifs conchyliologiques, évoquant les liens indéfectibles entre la civilisation grecque et le monde marin sur fond ocre jaune et rouge pompéien. Les lumières qui y traînent sont des lettres d’amour. Un amour qui ne demande rien, sinon d’être là. Un amour qui vous donne l’éternel, en passant. J’ai pris la liberté de regarder ces murs. De poser mon regard entre ces deux colonnes qui mènent à bien plus haut que moi : là où plus rien n’est à saisir, sinon l’insaisissable.

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Une pensée antique.

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indécent.

Les lustres de la Villa Domergue, Cannes, gildalliere, Nice, 2019
Photo/Gilles Dallière/Villa Domergue/Cannes

Je regarde le plafond du salon de la villa Domergue. Je tourne autour du lustre vénitien, une apothéose de cristal et d’or qui devient ambre avec le soir. Entre les colonnes asymétriques de l’escalier, je vois des anges et des nymphes signer un pacte secret. Mais à quoi bon te suspendre à des hauteurs vertigineuses si personne ne te voit ?

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indécent.

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La déesse de la jeunesse.

Hébé, Jean Coulon, Musée Cheret, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Escalier du Musée Chéret/Hébé/Jean Coulon/Nice

Je crois à l’incroyable pureté de la douleur et de la joie d’un cœur. Je vois sur le visage d’Hébé, couronné de fleurs, un sourire comme un point de source. Un sourire de marbre immortel. Tu as charmé Zeus, ton père, et il te confia la charge de servir à boire le nectar de la jeunesse qui continue à vibrer bien au-delà de la lumière des étoiles qui nous parviennent même quand elles sont mortes. Hébé, tu as le sourire de quelqu’un qui a tout trouvé : il n’y a plus de calcul ni de séduction.

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La déesse de la jeunesse.

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Averse.

La pluie, promenade des anglais, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Promenade des Anglais/Nice

Le silence confère à cette inondation une magie particulièrement troublante. La Promenade est tout à moi, l’eau tiède est épaisse. À l’apparition de la foudre, je me suis mis à écouter les roulements du tonnerre avec fatalisme. Mais je regrette de ne pas voir des nappes d’écume tourbillonner sur le rivage, le vent balayer les galets, la houle se heurter à la digue, se brisant en volutes blanches. Il pleut tout simplement.

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Averse.

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L’âme du sculpteur.

David, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Sculpture/David/Michel-Ange/Promenade du Paillon/Nice

Le sourire des statues me laisse indifférent, mais chez Michel-Ange, c’est différent. Si je prends le visage de David, il n’est ni chagriné, ni souriant. Le sculpteur a saisi le visage d’un jeune homme allant vers son visage éternel. Quand je regarde ce visage, je sais que je ne suis pas seul. Il y a ce jeune homme, nu, qui curieusement existe, et bien plus qu’une grande partie des gens que je peux croiser dans la rue. Ce que je vois, c’est tout simplement la pointe de l’âme de Michel-Ange.

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L’âme du sculpteur.

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De rien.

Réservé, grèce, Cythère, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière/Cythère/Grèce

C’est l’histoire de deux lits de repos sur une plage…
Pas si belle, la plage.
C’est l’histoire de deux cailloux, ils se prennent pour des galets, et ils gardent les lits de repos…
Quoi ! Dit le premier lit. Rien, répond l’autre.
Quoi encore ! Soupire le galet de droite, rien, murmure celui de gauche.
C’est une histoire de rien. Et justement, j’aimerais pouvoir ne rien faire. Rester allongé sous les tamaris, mais j’ai de la visite. Ma solitude revient me voir, et elle est plus belle que jamais. C’est fou ce qu’elle te ressemble.

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De rien.

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Le garde-corps.

superposition, kithyra, gildalliere, 2017
Photo/Gilles Dallière/Cythère/Grèce

Un moineau s’est posé sur le bord de la balustrade, m’a regardé avec une curiosité non dénuée de moquerie, se demandant ce qui pouvait tant m’occuper. Il s’est envolé quand il a compris qu’il ne s’agissait que de cadrer la rampe qui règne tout autour du bâtiment. Elle couronne le petit cube cycladique pour occuper le devant de la scène et son garde-corps s’incline comme pour lui rendre le salut.

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Le garde-corps.

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sculpture grecque, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Athènes

Nous sommes dans l’air des yeux vides. Dans ce monde là, ceux qui regardent à travers l’écran de leur téléphone portable, n’observent plus, ne pensent plus, tuent ceux qui pensent. Dans l’air mauve et aseptisé de ce musée, ils ne voient pas la lumière se battre contre les ombres, là où toutes les nervures de son marbre ressemblent à du ciel bleu.

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