Belle époque.

Les plafonds du Westminster, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Style Belle Époque/Hôtel Westminster/Nice

C’est la soi-disant belle époque, elle se révèle dans les motifs de ce plafond. On peut y admirer des couleurs à l’antique dans un décor éclairé par des frisures de lumière composée de stucs et de cartons. Tout se répond en un kaléidoscope qui comprend les images les plus signifiantes de cette jeunesse dorée qui flâne dans les salons de l’hôtel Westminster, et peut demeurer des heures et des heures dans le vague et vain espoir qu’un homme fortuné vous offre de prendre un verre. Un mensonge, ou plutôt une ruse de la raison bourgeoise pour masquer le sens de l’histoire, un mythe crée pour habiller de couleurs séduisantes une société hypocrite, gouvernée par la loi impérialiste du profit.

Clichés/architecture, Clichés/décoration, Clichés/Inspiration, Clichés/interiors, Clichés/photos, Clichés/voyage

Belle époque.

Image

Des arcs outrepassés.

Nymphe 1910, Marbre polychrome Henri-Louis Cordier, Musée Chéret, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/sculpture/Nymphe/Marbre polychrome/1910/Henri-Louis Cordier/Musée Chéret/Nice

J’aime la démesure et la simplicité architecturale de cette villa inspirée des palais génois du XVIIe siècle. Eugénie Alix Bressant aurait pu poser pour Henri-Louis Cordier, mais elle ne l’a pas fait. La princesse Kotchoubey préfère user de son charme, de sa féminité, et de son intelligence. Elle aime recevoir, apparaître en haut de son escalier monumental, au beau milieu des colonnades palladiennes encadrant les fenêtres de la salle de bal en arcs outrepassés.

Clichés/architecture, Clichés/collection, Clichés/décoration, Clichés/expositions, Clichés/interiors, Clichés/photos, Clichés/voyage

Des arcs outrepassés.

Image

Pauline

Pauline, palais Masséna, Nice, gildallière, 2019
Photo/Gilles Dallière/Pauline Bonaparte/Antonio Canova/Palais Masséna/Nice

Pauline la scandaleuse, l’air brûle sur ton visage. Tu as offert tes seins que tes vêtements ne suffisent jamais à masquer à Antonio Canova. Tu as livré le velours de ton intimité à Borghese, et aujourd’hui tu me tournes le dos. J’ai vu qu’on t’avait déplacé, mais dès que tu es quelque part, ta sauvagerie envahit tout. Derrière les jardins du Palais Masséna, tes yeux de marbre, pleins de détours, regardent la mer. La brutalité neutre du ciel d’azur te rend molle et ronde.

Clichés/expositions, Clichés/interiors, Clichés/photos, Clichés/voyage

Pauline

Image

être seul

Nature morte, AdeV, gildalliere, Paris, 2008
Photo/Gilles Dallière/chez Antoine de Vilmorin/Paris

La lumière est laiteuse. Divers objets, un vase à l’émail fendu, trois fleurs fanées, un livre, posent au centre de la table. Sur la beauté d’un parquet oublié, une photo perdue aux yeux du monde reste muette, protégée derrière le petit tabouret oriental. Sur la patine du temps qui passe, l’enfant photographié se vide la tête, aspire l’air du large, se grise de solitude, debout sur le rivage, face au vent, campé sur ses deux jambes. Je parle de souffle, d’un besoin d’oxygène. Je pense à la respiration de l’âme, à cet appel qui m’attire ailleurs, loin, très loin des autres, loin de ma vie avec les autres, pour être un moment seul.

Clichés/architecture, Clichés/décoration, Clichés/design, Clichés/Inspiration, Clichés/photos

être seul

Image

Madame est servie.

Verrière, Jacquemart Andr, gildallière, 2019
Photo/Gilles Dallière/Musée Jaquemart-André/Paris

Nous sommes sous Napoléon III. La salle est haute, agréable, bien éclairée. Pavée de marbre, aux murs revêtus de miroirs, elle donne accès au très étonnant escalier à double révolution. Les sculptures qui la décorent en font une galerie d’antiques. Madame Jacquemart-André reçoit. Tout est bien servi. Elle est en robe de soie couleur souris-qui-trotte, un peu montante. Ces messieurs sont en habit noir, en cravate blanche, et montrent une fleur à la boutonnière. Le dîner est simple : deux potages, trois entrées, trois rôtis, trois entremets, des vins irréprochables, une demi-douzaine de plats divers, puis le dessert. Le dîner est brillant, et la joie des convives est à son comble quand on sert le nougat. Vers les neuf heures de la soirée, chaque invité, en remuant discrètement le sucre dans sa tasse de café, se tourne vers son voisin. Tous les sourcils sont haussés et les yeux ont cette expression atone propre aux personnes qui, après un banquet, vont émettre une opinion : quelle belle verrière !

Clichés/architecture, Clichés/décoration, Clichés/Inspiration, Clichés/interiors, Clichés/photos, Clichés/voyage

Madame est servie.

Image

Le geste architectural

Escalier, musée Jacquemard André, gildalliere, Paris, 2019
Photo/Gilles Dallière/Escalier/Musée Jacquemart André/Paris

Mon travail photographique accorde une large place aux escaliers. On ne photographie rien par hasard. Je poursuis ce qui me hante, m’obsède, me traverse, me déchire. Rien d’autre. Question de point de vue. La prouesse architecturale de cet hôtel particulier est son escalier monumental, curieusement rejeté en fin des appartements alors qu’on l’attendrait au centre de la construction. La lumière du matin perce le chat de marbre sculpté. C’est comme une vérité qui se dérobe. La beauté du geste architectural. La perfection des courbes. La pureté de la matière. Rien d’autre qu’une autre vision, les yeux prêts pour la photo suivante.

Clichés/architecture, Clichés/décoration, Clichés/Inspiration, Clichés/photos

Le geste architectural

Image

Le temps suspendu.

Hammershoi, le maître de la peinture danoise, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Vilhelm Hammershøi/Interieur avec femme de dos/1898/Musée Jacquemart André/1′ mars-22 juillet 2019

Avec l’exposition Hammershøi, le maître de la peinture danoise, je me suis plongé au cœur d’une œuvre unique, aux confins du silence et de la solitude. Un monde énigmatique, cadré, réduit à une palette de gris et de bruns. Subtile, le blanc est immaculé. Le noir, profond est presque angoissant. Entre rêve et réalité, dans cette atmosphère étrange, je me suis installé au festin de Babette, une flûte de Veuve Clicquot 1860 à la main, devant la poésie du vide et de la lumière. Cet art de l’épure m’a donné faim. Au menu : soupe de tortue géante, blinis Demidoff, cailles en sarcophage farcies au foie gras et sauce aux truffes, le tout arrosé d’un Clos Vougeot 1845. Dans cette poésie du vide et de la lumière, je me suis régalé d’une salade d’endives aux noix, et pour terminer, d’un baba au rhum et fruits confits, accompagné d’une coupe de Fine Champagne. J’ai mille fois savouré des yeux ce temps suspendu nourri d’une dimension supplémentaire : la grâce.

Clichés/collection, Clichés/expositions, Clichés/Inspiration, Clichés/interiors, Clichés/photos

Le temps suspendu.

Image

La solitude

Entrée, Sawaya Moroni, Milan, 2008
Photo/Gilles Dallière/Milan/Sawaya&Moroni/Chaise Ollwood/William Sawaya

Lorsqu’on habite depuis longtemps dans un immense appartement, en retrait de la société, dans l’ampleur retrouvée de sa propre vie, on devient peu à peu conscient de la présence d’un autre solitaire, d’une solitude identique à la sienne, quelque part, en marge du monde et de la foule. Je me souviens encore de la stupeur qui m’a saisi dans le noir en voyant cette chaise, posée là, seule, perdue devant la porte d’entrée grande ouverte. Pourquoi cette chaise ?
Pourquoi utilise t’elle cette lumière pour donner voix à ma propre nuit?
Je suis resté là, dans le noir, seul avec la chaise et je me suis laissé subjuguer par un tourbillon d’images et de souvenirs.

Clichés/architecture, Clichés/décoration, Clichés/expositions, Clichés/interiors, Clichés/photos, Clichés/voyage

La solitude

Image

Les clés du décor

Escalier d'Honneur de l'hôtel de la Monnaie, gildalliere, Paris, 2018
Photo/Gilles Dallière/Hôtel de la Monnaie/Escalier d’honneur/11 quai de Conti

Faisant montre d’un dessin tout à la fois sobre et savant, les balustrades du plus bel escalier de Paris espacent leurs motifs de minces socles ornés de couronnes de laurier. Le motif en frise, et celui venant orner les sous-pentes des volées de marches témoignent des formes géométriques, et surtout de la sobriété du « goût à la grecque » à la pointe des évolutions stylistiques du XVIIIe siècle. Le sol en damiers, à la fois patinoire et tremplin, plante le décor. Partout des colonnes et un ciel peint en trompe-l’œil et au sommet une fenêtre sur le temps. L’espace est pur et rigoureux, sans aucune transparence aux états du dehors : la pluie.

Clichés/architecture, Clichés/décoration, Clichés/expositions, Clichés/Inspiration, Clichés/interiors, Clichés/photos

Les clés du décor

Image

L’élégance du silence

Cheminée médiévale, Anvers, Belgique, Boris Vervoordt, 2006
Photo/Gilles Dallière/Anvers:Belgique/Boris Vervoordt

À Antwerpen, au rez-de-chaussée, l’espace est sublimé par le dessin de cette cheminée à double foyer. À gauche un tout petit tableau, presque vide, et sans aucune indication de lumière. À droite, une œuvre révélant trop d’imprécisions et de faiblesses à mes yeux. Au sol, les imperfections de la pierre bleue des carrières du Hainaut, superbe et transparente. J’aime cette tension. Le passé qui s’inscrit dans le présent, dépoussiéré, rangé, lumineux. Les murs sont aussi nus et rugueux qu’au XVe siècle. La même fenêtre haute laisse voir une épaisseur neigeuse creusée dans le mur. Mais ce n’est pas tout, il y a surtout le silence, et le silence c’est le silence, et ce n’est rien que le silence.

Clichés/architecture, Clichés/décoration, Clichés/design, Clichés/expositions, Clichés/Inspiration, Clichés/photos, Clichés/voyage

L’élégance du silence

Image