L’atelier.

L'atelier du sculpteur, gildalliere, Vil, Belgique, 2011
Photo/Gilles Dallière/Belgique/Atelier de Karel Aubrroeck

Ton double, trône sur la table voisine,et son immobilité en repousse la part d’ombre. Il y a tant de formes irrationnelles et d’impuissance à créer, tant de sollicitude à s’en laisser conter, tant de difficultés à aimer. Je sais aujourd’hui qu’il ne faut jamais pactiser avec le diable. Éviter tant qu’on peut les manipulateurs, les culs bénis et les malins. Échapper à la vulgarité et à la cupidité.

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L’atelier.

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En regard…

Réflexion autour du miroir, Vil, Belgique, gildalliere, 2011
Photo/Gilles Dallière/Belgique

Elle est toujours là, la vieille lampe dressée devant la fenêtre. Ce ne sont que des bandes horizontales et verticales, rien de plus abstrait, coiffées d’un abat-jour métallique, et cependant c’est encore une figure qui se détache sur un fond paysagé et semble oser l’interroger.

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En regard…

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Ex-voto.

Ex-voto anatomique, Brésil,  1960-1980, en bois sculpté, Nous
Photo/Gilles Dallière/Paris

J’ai acheté un jour, rue de Bourgogne, ce petit bonhomme sculpté dans le bois d’un arbre. Avec son air d’âne battu, je l’avais curieusement associé à mes souffrances, mes reculades, mes échecs. Je ne savais pas d’où il venait. Il a pris sa place au dos des murs de mon appartement. J’ai découvert, à la Fondation Cartier, que l’interdépendance immémoriale entre arbres et humains se retrouve de manière spirituelle dans un ensemble d’ex-voto anatomique. Mon voyou est le témoignage d’une tradition religieuse de l’art populaire brésilien. Cette petite sculpture expressive guérie. On doit la placer dans une église en remerciement du miracle accompli. En ce qui me concerne, il va continuer à bouder à la maison.

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Ex-voto.

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Retenir la grâce.

Réflexion, Saint Jean de Montmatre, Paris, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Saint Jean de Montmartre/Paris

En attendant la fin du monde, de mon monde il va sans dire, je suis pour un temps à l’abri, protégé du vent et des éléments, à promener mon Leica dans la reflexion d’un rayon de soleil automnal entre deux portes vitrées, partageant la même quiétude heureuse que celle d’un gâteau sec dans une boîte en fer-blanc.

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Retenir la grâce.

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À la recherche…

L'autel de la vierge Marie, Saint-Jean de Montmartre, Paris, gildalliere, 2019

L’autel de la vierge Marie, Saint-Jean de Montmartre, Paris, gildalliere, 2019


Photo/Gilles Dallière/Saint Jean de Montmartre

Plus je cherche Dieu, plus il m’échappe. Pourtant, au loin, dans l’ombre de la vierge immaculée, au-delà des grands murs de béton sacralisés par la douleur, l’imprécise éternité de ceux qui ce rassemblent me suffit largement. J’aime cette odeur de cire brûlée, cette luminosité arc-en-ciel, le scintillement précieux de la mosaïque. Une fois nettoyé des nuages, ils agissent comme un renouveau.

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À la recherche…

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Te raconter le temps qui passe.

Décor de cinéma, Montmartre, gildalliere, Paris, 2019L1016594-Modifier.jpg
Photo/Gilles Dallière/Décor de cinéma/Paris Montmartre

Je voudrais me souvenir de tout, te raconter encore. Une image, un son, l’alignement d’une palissade d’un autre temps, la bicyclette de mes souvenirs…J’aimerais te raconter que la vie glisse, que l’amour vole comme une plume…La palissade du temps me grignote l’âme. Ma jeunesse s’y ensable. Le paysage qui m’entoure se serre. J’ai calé le vélo de ma vie contre le gris des nuages et je marche à reculons.

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Nous les arbres.

Fondation Cartier, Nous les arbres, Paris, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Fondation Cartier/Exposition/Nous les arbres/12 juillet-10 novembre 2019

À la Fondation Cartier, je me demande si ma mémoire n’est pas pleine d’arbres et de voyages. À l’étage je trie les livres, les photos, les textes, des piles de choses devenues inertes et innervées et en clapotant sur les toits de tant d’images fugaces, j’entretiens spontanément celle des arbres en mouvement dans cette installation sculpturale et transparente qui, de l’extérieur vers l’intérieur, est d’une étonnante complexité. Un jeu de transposition formelle qui brouille les frontières entre le monde végétal et l’architecture.

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Nous les arbres.

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Pierre Yovanovitch.

Pierre-yovanovitch
Monographie/Pierre Yovanovitch/Édition Rizzoli

Cher Pierre, est-ce un livre sur la décoration ou la monographie d’un architecte d’intérieur ?
En fait, peu importe. L’essentiel est la poésie qui s’en dégage. Il faut commencer par lire la lettre à Mademoiselle Oops, écrite par Olivier Gabet. Elle parle de liberté, de fantaisie, d’espace, d’art, et d’objets pensés et posés par vous avec rigueur. Et puis elle parle de vous, des arbres qui vous protègent, d’escaliers, cœurs battants de vos intérieurs. Elle parle de cette exigence, de cet amour de la ligne minimum, et de l’Art en majuscule. Vous nous faites voyager de Paris à New York, de Porto à Londres. Vous nous faites rêver des Étangs d’Ixelles et quand on quitte Tel Aviv, on marque la pause, chez vous, au château de Fabrègues. Il donne l’exemple de l’absurde entêtement magnifique des végétaux et de l’architecture recomposée.
C’est là où vous apprenez à attendre et ça se voit.
On ferme le livre sur votre histoire, votre famille et Nice où vous avez grandi. Je suis très heureux que vous ayez choisi mes photos pour illustrer votre et notre amour de cette région. Merci Pierre.

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Pierre Yovanovitch.

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Bacon en toutes lettres.

Ombre et lumière au centre Pompidou, gildalliere, Paris, 2019
Photo/Gilles Dallière/Centre Pompidou

Je suis allé voir « Bacon en toutes lettres » au Centre Pompidou, et j’avoue que je suis resté hébété devant ces œuvres impitoyables. Mis à part la palette des couleurs : des roses, des jaunes, des rouges, des oranges, tous encadrés d’or, Bacon tue la mort sous toutes ses formes. La mort du vieillissement, la mort de la violence, du sexe, de la pisse, du sang, de la pourriture du corps. La mort de l’immanence et de l’illusion du temps, la mort de l’absence, la mort de l’oubli. Soixante œuvres majeures dont douze triptyques se perdent dans un labyrinthe douloureux. Ponctuant le parcours, six salles minimales diffusent des extraits de textes puisés dans la bibliothèque de l’artiste. Mathieu Amalric, Carlo Brandt, André Willis, Dominique Reymond, Hippolyte Girardot, et Valérie Dréville, mettent en résonance les mots choisis de Georges Bataille, T.S. Eliot, Joseph Conrad, Eschyle, Friedrich Nietzsche, et Michel Leiris. Ce que l’art nous dit, à la vue de tous ces corps enchevêtrés, c’est qu’il est souffrance. Je me suis réfugié dans l’entre-deux des portes closes du musée pour digérer.

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Bacon en toutes lettres.

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Le fils de Caïn.

Sépulture d'Otto Klaus Preis, sculpture de Paul Landowski, cimetière de Montmatre, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Sépulture Otto Klaus Preis/ Sculpture Paul Landowski/Jabel, le pasteur qui scrute l’horizon/Les fils de Caïn 1906 bronze

L’allemand Otto Klaus Preis s’installe à Paris à la fin des années 1950 pour rejoindre la maison Nina Ricci où il entre comme dessinateur. De la haute couture à l’amour de l’art, il n’y a qu’un pas, franchis en 1972 quand il achète l’hôtel particulier de la nouvelle Athènes. Ce lieu d’exception deviendra l’écrin de sa collection vouée à différents artistes de la seconde moitié du XIXe siècle. À sa mort, en 2003, un jeune homme de bronze marche sur sa sépulture d’un pas résolu, la tête aimantée par la cime des marronniers du cimetière de Montmartre. Dans ce brouillard de cendres, sa virilité s’est perdue dans la contemplation d’elle même, et c’est l’azur du ciel qui colore sa course, vert-de-gris, vers l’avenir. Dans les décombres de la mort, le corps magnifique de la statue de Paul Landowski, s’expose à l’indifférence des cieux.

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Le fils de Caïn.

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