Le défi…

Les tanneries, Fès, médina, Maroc, gildalliere, 2014
Photo/Gilles Dallière/Les tanneries de Fès/Maroc

Vieille de près de mille ans, la tannerie Chouara excite les pupilles et épouse la peau. Mais ici, l’air sent. Tantôt charnelle, tantôt repoussante, l’odeur flotte au dessus des bassins de chaux, de fiente de pigeon, et d’ammoniac. On est loin d’humer le frais parfum de sève, de verdure et de grand air cher à Madame Bovary. Loin des cuves de fleur de pavot pour le rouge, d’indigo pour le bleu, du henné pour l’orange, de la menthe pour le vert, on est dans la rudesse et la putréfaction. Une odeur sans nom dans la langue. Une odeur qui donne froid, humide au nez. Un véritable défi…

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Le défi…

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Le réverbère…

Lanterne, Fès, médina, Maroc, gildalliere, 2014
Photo/Gilles Dallière/Fès/Médina/Maroc

Seul l’instant présent est réel. Dans mes errances quotidiennes, une ruelle étroite me mène droit à la clarté fanée d’un réverbère. Le lieu semble avoir connu une manière de prestige, il s’efforce de ne pas trop déchoir. La lumière magique est puissante. Elle raconte l’orgueil et le faste de la cité impériale, intime, habitée, secrète, confidentielle, dans laquelle j’aime me perdre.

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Le réverbère…

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Et puis il y a la couleur…

Mur, Fès, médina, Maroc, gildalliere, 2014.
Photo/Gilles Dallière/Fès/Médina/Maroc

Le mur me jette aux yeux sa culture du peu, sa culture du fragile, de l’ineffable, de l’allusif. Une architecture sans histoire, qui n’a pas de sens. Un espace où il n’y a rien à montrer, où il n’y a rien à protéger, où il n’y a pas d’argent pour payer le temps. Ici, il faut conclure tout de suite ou bien laisser tomber. Ici, on atteint la sérénité avec peu de mots. Et puis il y a la couleur, magique comme une œuvre d’art…

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Et puis il y a la couleur…

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Le palais El Glaoui…

Palais El Glaoui, fontaine, Fès, Maroc, gildalliere, Fontaine, 2014
Photo/Gilles Dallière/Palais El Glaoui/Fès/Médina/Maroc

Parmi les orangers émaillés de fleurs, elle est là, la fontaine solitaire, dans son silence d’albâtre, plantée au milieu des étoiles imprimées dans le marbre. Les charpentes de cèdre polychromes qui l’entourent se blessent quand le soleil s’en mêle. Le vent respire les festons couleur d’arc-en-ciel de la singulière féerie des zelliges multicolores. Ce qui n’apparaît pas se découvre. Je touche des yeux un de ces prodiges dont les contes des Mille et Une Nuits ont nourri mon enfance.

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Le palais El Glaoui…

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Un brimborion coloré…

Etentage, palais El Mokri, Fès, Maroc,  gildalliere, 2020
Photo/Gilles Dallière/Fés/Maroc

Là où l’oranger n’a plus de parfum, le cyprès ne s’incline plus avec sa grâce adolescente, les oiseaux se sont tus et les mille étoiles du jasmin ont disparu dans l’ombre du palais El Mokri. Un porche-véranda tient lieu d’entrée. Sur la terrasse, le plafond en larges planches peintes dans ce bleu vert, s’effeuille. Immaculé, le linge sèche au milieu d’un brimborion coloré.

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Un brimborion coloré…

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Le mystère…

Entée du palais El Mokri, Fès, Maroc, gildalliere, 2020
Photo/Gilles Dallière/Palais El Mokri/Fès/Maroc

Un passage, et toutes les possibilités de l’exil. Je n’ai que ce blanc pour y enfouir la lumière et pour la retrouver. Et puis il y a quelque chose d’autre, ce lointain murmure des siècles qui m’arrête, ce mystère qui s’y attache. Je n’ai pour l’instant que mon regard pour y accéder.

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Le mystère…

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Point de vue…

Ombre, portée sur le mur du jardin des Biehn, Fès, Maroc, gildalliere, 2020
Photo/Gilles Dalliere/Le jardin des Biehn/Fès/Maroc

Je pourrais rester ici longtemps. Face au mur couleur sable que dessine la lumière. Face à la végétation irriguée par l’eau qui se répand à ses pieds. Le grimpant donne du sens à la vie. Il trace une ligne sourde dont l’ombre flotte au vent sous les terrasses de la Circassienne et des Sultanes. Je pourrais rester ici longtemps, manger chaque jour le petit pain de ce que pétrit le temps. Bon ou mauvais.

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Point de vue…

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Pour que le vent te morde…

Ombre portée, le jardin des Biehn, Fès, Maroc, gildalliere, 2020
Photo/Gilles Dallière/La chambre du Calife/Le jardin des Biehn/Fès/Maroc

L’arbre du Calife se propose nu. Il penche sur son ombre jusqu’à l’azur qui l’emporte. Je pense à ma mère. Elle si forte et si faible à la fois, elle était ma loi intérieure. Aujourd’hui je ne regarde plus rien comme avant. Je retiens mon amour. C’est cela mon regard. L’arbre a jeté ses racines dans le jardin des Biehn et sur le mur de sable, il s’élance pour que le vent le morde.

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Pour que le vent te morde…

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Jungle fever…

Le jardin des Biehn, jungle, Fès, Maroc, gildalliere, 2020
Photo/Gilles Dallière/Le jardin des Biehn/Fès/Maroc

Noyé dans la jungle du jardin des Biehn, je suis à la recherche d’une lumière magicienne, une lumière énigmatique, toujours changeante, où les ombres denses sont chargées de mystère. Une lecture en noir et blanc, où le noir n’est pas noir. Un effet, une certaine mélancolie, un clair-obscur vert pour dégager l’expression abstraite des apparences concrètes du visible et magnifier la lumière naturelle.

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Jungle fever…

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la coursive…

Coursive, palais El Mokri, Fès, Maroc, gildalliere, 2020
Photo/Gilles Dallière/Palais El Mokri/Fés/Maroc

Des légions de niches en ogive s’élèvent et commencent à déborder sur un jour qui n’en finit plus. Dans ce dessous obscur et confus en milliers d’alvéoles qui surplombent la cour du palais, le vent crie. L’azur éclatant s’effondre sur un toit vernissé pour laisser entrer le paysage et la lumière soutient tout ce qui fut multicolore.

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la coursive…

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