Champagne…

Nature morte, lampe en albatre, gildalliere, 2008, Eric Schmitt
Photo/Gilles Dallière/Fontainebleau/Eric Schmitt

La lumière tamisée aux détails dorés dégage une chaleur douce et enveloppante dans laquelle tu te blottis. Le silence s’installe. Je te revois assise là, détendue et sereine, un léger sourire posé sur ton visage. Je nous revois tous deux au milieu de tous ceux qui ne comprenaient pas l’absence de lumière. C’est pourtant là que ton sourire grandissait, tes bras s’ouvraient vers moi et nous restions ainsi serrés, respirant la douceur qui nous submergeait. Aujourd’hui, il faut que tu laisses venir l’ombre complice de cette figure de Montmartre dont le bleu des yeux et pas que, va te faire rire aux larmes. Tu vas trinquer avec le roi de la nuit parisienne. Champagne…

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Champagne…

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Tchin-tchin…

Un verre d'eau, nature morte, gildalliere, Paris, 2011
Photo/Gilles Dallière/Paris

Deux mois déjà… Ce qui reste et restera d’une mémoire libre et portée au fil de ce petit verre de vin blanc. Tu choisissais de partager ce que l’on aimait en faisant remonter à la surface, la mémoire d’un passé chéri. C’était ta façon d’abolir ce temps qui t’était désormais compté. Se voir peu à peu vivre sans force entre le fauteuil et le lit, s’en contenter cependant. Avec ce petit verre, tu moquais la menace d’une exécution ordonnée. Un pied de nez à la mort en trinquant à la vie. Tchin-tchin Maman.

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Tchin-tchin…

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Nature morte.

Anémone 1, Paris, gildalliere, 2020
Photo/Gilles Dallière/Paris

Mon petit chat, à la vie et à la mort, je t’offre cette nature morte à la Irving Penn. Une nature morte est ce que dit son nom, déjà morte. Pourtant ces fleurs sont étrangement indifférentes à la vie et à la mort. La frontière entre Matieres vivantes et matières mortes est en suspens.

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Nature morte.

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Dis, quand reviendras-tu ?

Plat aux oiseaux, Campos, Nice, gildalliere, 2020
Photo/Gilles Dallière/Plat en céramique signé Campos/Paris

Je n’ai que ce blanc et ce noir enfoui de la céramique pour traiter la lumière. Et puis quelque chose d’autre qui n’est plus sous la garde de ces mots. Ton sourire. Quand j’ai acheté ce plat chez Romain Ginac à Nice, tu étais là, assise, silencieuse et étonnée. Ce que tu n’avais plus avec le corps avait trouvé place dans ton regard. Tu m’as aidé à emballer l’oiseau. Tu t’es inquiété de savoir comment j’allais le transporter à Paris, et quand je repense à ça, c’est comme si un morceau de ma mémoire s’était détaché et flottait au loin sur la mer, si vaste, infinie, d’eau et d’étoiles.

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Dis, quand reviendras-tu ?

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Nature morte.

Nature morte, vase 1930 blanc, gildalliere, Paris, 2020
Photo/Gilles Dallière/Paris

Nous nous sommes ouverts ensemble à la beauté précaire, à la musique, aux voyages. Un objet comme ce vase, nous rapprochait, et bien d’autres encore. Ta vélocité, ton équilibre, m’ont rendu la vie facile. Aujourd’hui, je n’ai plus ta parole pesée, ton regard attentif, ton sourire bienveillant à mes côtés. Une certaine quantité de silence m’est alors nécessaire. Du fond du cœur, j’aimerais retrouver la petite maison dans la prairie, les visages de la famille Ingalls, les rires, l’espièglerie : gommer un peu la distance qu’il y a entre la vie et la mort.

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Nature morte.

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Bonne année.

Escalier, Hôtel Villeroy, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

Le monde change et je pense qu’il faut le regarder avec les yeux d’aujourd’hui. Tout bouge tellement vite. Je me suis placé dans la pénombre dorée des candélabres qui flottent dans le ciel de la cage d’escalier de l’hôtel Villeroy. J’ai écarté les rideaux, les uns après les autres. J’attends l’impossible… Et je sais d’avance que je ne serai pas déçu. L’impossible est par définition ce qui me comble.

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Bonne Année.

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Abandonner tout.

Moulage, maman, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Paris

Le temps s’écoule. Le froid me réchauffe. Tes sourires se sont agglomérés dans ce moule de ta main et ta mort protège mon cœur endormi. J’y accrocherais, le jour de l’an, une branche d’étoiles.

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Abandonner tout.

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La mer est grise à Nice…

Chambre avec vue, Tunisie, gildalliere, 2011
Photo/Gilles Dallière/Tunisie

Soudain la mer est grise à Nice. Il y a de la houle au loin. Des dentelles d’écume. Quelques voiles s’agitent comme des mains qui appellent au-secours. Alors on aime la vie, avec ses défauts, ses banalités, ses petitesses. Tu sais ce que je veux dire. Aime ta vie Maman, immense, flamboyante et unique. Je t’aime…

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La mer est grise à Nice…

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Pour toi…

Muse Montmatre, chez moi, Paris, gildalliere, 2019 L1016745-Modifier.jpg
Photo/Gilles Dallière

J’ai acheté ces fleurs pour toi. Au fond de la pièce, ton portrait solitaire se laisse gagner par la lenteur. Je sais aujourd’hui que le futur qui m’attend ressemble à une encombrante décharge à ciel ouvert, riche de souvenirs mal empilés. Ce matin, le ciel hivernal s’est subitement pétrifié et tout mouvement est paré d’immobilité.

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Pour toi…

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Un temps mort.

Projection des réverbères sur le balcon, Paris, ruedes Saules, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Paris

Ce soir le ciel est noir, d’un noir graphite sale. Embusquée, la pluie attend son heure et, en attendant, le temps se tient parfaitement immobile. Un temps mort. La projection de la lumière des réverbères découpe des collages sur le papier de riz de mes murs. Le temps trace des signes à l’encre de Chine, des lignes, des courbes, du paysage dans une chorégraphie spontanée. Destruction et reconstruction. C’est ma façon de réparer le secret de mes maux.

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Un temps mort.

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