Une pensée antique.

Entrée, Villa Kérylos, Beaulieu sur mer, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Péristyle/Villa Kérylos/Beaulieu sur mer

Dans la clarté d’une pensée antique, je contemple la mort de Talos après la conquête de la toison d’or. J’observe le retour d’Héphaïstos dans l’Olympe. Les scènes sont variées, mêlées de palmettes et de motifs conchyliologiques, évoquant les liens indéfectibles entre la civilisation grecque et le monde marin sur fond ocre jaune et rouge pompéien. Les lumières qui y traînent sont des lettres d’amour. Un amour qui ne demande rien, sinon d’être là. Un amour qui vous donne l’éternel, en passant. J’ai pris la liberté de regarder ces murs. De poser mon regard entre ces deux colonnes qui mènent à bien plus haut que moi : là où plus rien n’est à saisir, sinon l’insaisissable.

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Une pensée antique.

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Fer dans la dentelle.

Etage, le Majestic, gildalliere, 2019,
Photo/Gilles Dallière/Le Majestic/Nice

Au Majestic, la cage d’ascenseur et la volée d’escalier de l’ancien palace de la belle époque sont en majesté. L’entrée est à la hauteur de ses ambitions. Stucs, ferronneries et marqueteries se reflètent sur un sol de pierre ivoire. Le jeu volumétrique et la profusion ornementale de la rampe témoigne de l’apogée de « l’empire français ». Sous les hautes fenêtres de chaque palier, dont les vitres bordées d’un vitrail Art Déco, éclairent l’escalier d’un jour blanc laiteux, je me sens pénétrer par un silence grave, presque oppressant.

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Fer dans la dentelle.

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Cadeau.

Détail, escalier du Majestic, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/ Escalier du Majestic/Nice

Il faut donner à l’autre, ce qu’il attend pour lui, non ce que vous souhaitez pour vous. Car ce qu’il espère, ce n’est jamais ce que vous êtes, c’est toujours autre chose. J’ai donc appris très tôt à donner ce que je n’avais pas.

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Cadeau.

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La souveraineté du vide.

Détail façade, Villa des Palmiers, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Villa des Palmiers/Palais de Marbre/Archives de Nice

La Villa des Palmiers est rescapée du raz-de-marée immobilier des années 60-70, témoin de la splendeur qu’atteignirent, dans la seconde moitié du XIXe siècle, certaines résidences de la Riviera. Un palais de marbre inondé de lumière. Il faut voir ce qui est : un détail de l’architecture de la façade palladienne. On traverse le jardin où l’eau des bassins à la française recouvre la pensée. Le vert absolu des arbres subtropicaux absorbe les fontaines. Les allées sinueuses affluent dans le corps. Le vent s’engouffre dans le sang. Le ciel remonte au cœur. Emporté, abandonné, repris. Et puis il y a le « tout autour ». Une barrière d’habitations dont l’armature en béton armé et les éléments standardisés permettent une construction rapide et compétitive. Alors la solitude est en nous comme une lame. Alors l’amour s’en va. Il ne saurait tenir dans l’étroitesse de cette folie. Il ne saurait même pas se contenter de ce bonheur. Il est libre.

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La souveraineté du vide.

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indécent.

Les lustres de la Villa Domergue, Cannes, gildalliere, Nice, 2019
Photo/Gilles Dallière/Villa Domergue/Cannes

Je regarde le plafond du salon de la villa Domergue. Je tourne autour du lustre vénitien, une apothéose de cristal et d’or qui devient ambre avec le soir. Entre les colonnes asymétriques de l’escalier, je vois des anges et des nymphes signer un pacte secret. Mais à quoi bon te suspendre à des hauteurs vertigineuses si personne ne te voit ?

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indécent.

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La déesse de la jeunesse.

Hébé, Jean Coulon, Musée Cheret, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Escalier du Musée Chéret/Hébé/Jean Coulon/Nice

Je crois à l’incroyable pureté de la douleur et de la joie d’un cœur. Je vois sur le visage d’Hébé, couronné de fleurs, un sourire comme un point de source. Un sourire de marbre immortel. Tu as charmé Zeus, ton père, et il te confia la charge de servir à boire le nectar de la jeunesse qui continue à vibrer bien au-delà de la lumière des étoiles qui nous parviennent même quand elles sont mortes. Hébé, tu as le sourire de quelqu’un qui a tout trouvé : il n’y a plus de calcul ni de séduction.

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La déesse de la jeunesse.

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Poésie inutile.

Voute céleste, gildalliere, Nice, 2019
Photo/Gilles Dallière/ Nice

Cher décor néoclassique, tu résistes encore, mais aujourd’hui la poésie est inutile. Avec le temps qui passe, pour seul titre de noblesse, tes effets tombent en ruine. Derrière ton âme gantée de blanc, tes doigts portent des traces de nicotine. Les architectes vont bientôt sévir. Ils opèrent à froid, ils décortiquent, ils désossent, ils trouvent des milliers de circonstances pour t’abattre. Ce sont de grands malades…

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Poésie inutile.

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La marquise.

Villa  Starzynski, Nice, promenade des Anglais, gildalliere, 2019.
Photo/Gilles Dallière/Nice

Voilà, les choses sont encore là, en représentation. La marquise de la villa Starzynski est là, dans le bleu du ciel, bordée d’un lambrequin à franges et à glands d’or, flanquée de maigres colonnes prises dans le mur. Elle protège tout ce qu’elle voit. Les couleurs sont cassées, le jour s’éteint, plus rien n’est à attendre, et j’attends quand même, je ne sais pas qui, je ne sais pas quoi ! Rien peut-être…

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La marquise

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La maison du village.

La cuisine, gildalliere, Cythère, 2018
Photo/Gilles Dallière/Cythère/Grèce

Tu n’es jamais venu ici, et tu n’y viendras jamais. L’été, cette lumière, ce vent, cette chaleur, c’est comme si un secret était sur le point d’être levé. Alors, que je te dise, c’est une maison dans un village. C’est un village sur une île grecque. C’est la Grèce de l’Odyssée. Je fraie mon chemin dans l’air bleu, et ce matin je n’ai aucun âge. Je suis indifféremment jeune, indifféremment vieux. Je suis fort et je suis fragile. Je suis de passage, heureux d’être rentré dans cette maison par le cœur.

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La maison du village.

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La moustiquaire

infinie dentelle, gildalliere, kithera, 2017
Photo/Gilles Dallière/Grèce/Cythère

J’ai trouvé des copines dans ces fleurs qui ressemblent à des roses tendues en moustiquaire. N’entrez pas dans cette chambre : elle est le lieu de l’écriture, et ne m’en voulez pas de mon silence, il dit que je pense à mes amis où du moins ce qu’il reste de mes amis, il dit que j’écris, où du moins que je rêve d’écrire, c’est un tout.

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La moustiquaire

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