Du passage à la comédie…

Le passage, Trianon, Versailles, gildalliere, automne 2021

C’est un couloir végétal, une armature de treillage qui conduit de Trianon au petit théâtre de la reine à l’abri du soleil. Cette petite salle parée de soie, de velours bleus et de sculptures dorées, est pour Marie-Antoinette un lieu secret. Elle vient y jouer la comédie au sein d’une troupe réduite à son entourage intime. Couchée dans sa beauté, dégageant une épaule d’un rêve tissé de ses cheveux, elle sera ce soir l’héroïne du « Devin du Village » de Jean -Jacques Rousseau. Qui a franchi le mur du rêve ?
Les mots lui viennent comme l’eau à la bouche, sourire aux lèvres, énigme au cœur, et tant de nudité au visage.

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Du passage à la comédie…

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Suivre la lumière…

Le buste de Louis XVI dans l’antichambre du Petit Trianon, Louis-Simon Boisot, 1777, Versailles, gildalliere, Automne 2021

Dans le reflet mercurisé du miroir de l’antichambre du Petit Trianon, la lumière est douce, presque laiteuse. Le buste en marbre du roi Louis XVI, sculpté par Louis-Simon Boisot en 1777, apparaît flouté, irréel, et en un clin d’œil le silence se fait. Tout autour, le décor n’est que douceur et harmonie. Le roi regarde l’ombre écrasante du tableau d’Élisabeth Vigée Le Brun représentant Marie-Antoinette à la rose. Dans les jardins intimes aux couleurs de l’automne, se mêle un reste de chaleur estivale.

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L’éloge de l’ombre à la lumière…

Ombre et lumière sur le salon rond du Grand Trianon, Versailles, gildalliere, automne 2021

Au Grand Trianon, dans le salon rond, je suis saisi par l’éloge de l’ombre à la lumière. L’instant est éphémère, dense, essentiel. Un bruissement m’attire au niveau des colonnes corinthiennes qui encadrent la cheminée. C’est alors que derrière un tambour de menuiserie un passage donnant sur un petit escalier s’ouvre pour laisser passer les musiciens du roi vers la salle à manger. L’ombre s’est mise à répandre son univers dévorant sur la lumière magnifiée par le soleil couchant.

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Versailles…

Les chaises musicales, Trianon, Versailles, gildalliere, automne 2021

Au Trianon, en regardant par la fenêtre, je suis entré dans l’Empire. J’y ai trouvé un drôle et tendre bestiaire, comme une variation nourrie du passage de Lewis Carroll. D’ailleurs les sculptures des Lalanne devraient rester sur place tellement elles y sont intégrées. Quant aux photos de Patrick Hourcade exposées au petit Trianon, elles nous plongent dans l’obscurité froide de l’hiver. Sur d’immenses tirages la nuit noire s’étire laissant à peine apparaître les flous d’une fontaine, l’horizon d’un soleil roi, les blancs de l’or de La chapelle restaurée, le rai de lumière qui écrase la gigantesque prise de la Smalah d’Horace Vernet. Dans des écrins de charbon , les lampas de soie dorée de la chambre de Marie-Antoinette et l’ornement ciselé de son petit théâtre réveillent le royaume des mythes.

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Versailles…

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Le temps désarmé…

Saint-Aygulf, le palmier du port, gildalliere, automne 2021

C’est le cœur d’un palmier harassé qui hésite à franchir la ligne d’horizon et se dissout dans un temps désarmé, arrêté en douce, vidé de ses minutes et de ses heures. Ce sont les nuages qui sont éclairés par un soleil que l’on devine à défaut de le voir. C’est un soleil qui est à bout de souffle dont les reflets se dessinent dans le blanc du ciel. Tout est à sa place. La lumière est là pour déposer du charme à la place du crépuscule.

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Jeu de cache-cache…

La jungle du Petit Palais, Paris, gildalliere, 2021

Au milieu de la cour intérieure du Petit Palais, il y a un jardin comme une jungle et deux bassins de bel- albâtre. Partout, le Théorème de Narcisse de Jean-Michel Othoniel. Tout autour, en demi-cercle, de gros piliers de calcédoine et de porphyre et des arcs à l’antique sous lesquels se trouvent des galeries, longues et vastes, ornées de noeuds sauvages, reflets du monde mystérieux de l’artiste.

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Jeu de cache-cache…

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L’illusion de la vie…

Les mosaïques du Petit Palais, Paris, gildalliere, automne 2021

La légende dit qu’il faut savoir lever les yeux pour percer tous les secrets de Paris. Le plus beau des spectacles se joue parfois à terre, juste sous mes pieds. Il prend la forme de splendides mosaïques. J’ai posé mon regard sur les sols du Petit Palais. Un carrelage à motifs géométriques en grès-cérame signé Giandomenico Facchina. Il existe des cultures dans lesquelles une mosaïque ne finit pas par devenir un produit mais se contente de rapporter des histoires secrètes, des mémoires, des mystères, qui sans cela, ne seraient jamais apparus. Ces volutes ont été inventées pour accompagner les gens dans les illusions de la vie.

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Oeuvre d’art…

Chef-d’oeuvre de ferronnerie, escalier du Petit Palais, Paris, gildalliere, Automne 2021

Dans les années 1900, une élite réagit contre les pasticheurs académiques, en puisant son inspiration dans les formes végétales. Charles Girault conçoit le Petit Palais comme un musée modèle qui associe avec élégance les références classiques, le style Art Nouveau et les innovations techniques. La ferronnerie en est un élément majeur. Deux escaliers sous les rotondes fédèrent et justifient toutes les audaces culturelles. Cette savante maîtrise de l’espace met en avant la qualité exceptionnelle des détails floraux de la rampe. Une œuvre raffinée, libérée de sa ténébreuse marginalité.

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Les icônes de la sculpture figurative…

Sculptures figuratives, Jeannette et Apollon, bronze, Paul Belmondo, jardin des Tuileries, Paris, gildalliere, automne 2021

Arrivé sur place, il y a des interdictions : défense de marcher sur les pelouses, propriété privée de Paul Belmondo, chantier interdit, chien méchant, etc… je suis obligé de passer outre et je deviens vite un promeneur suspect. Mais il y a Jeannette et Apollon. Ils apparaissent brusquement sous la pluie du Grand Couvert au jardin des Tuileries, et ils sont beaux. À la netteté des corps mouillés et ciselés dans le noir du bronze s’oppose le flou de l’automne, les arbres et la distance. Ces grands corps sculptés justement qui ont l’air si simple, si évident avec cette frontalité mangée d’ombre, supposent en fait un dispositif rigide, une source de lumière unique, autant de contraintes discrètes qui ont pour effet de vider insensiblement la sculpture d’une subjectivité trop évidente. Et là, sous la pluie ils sont véritablement achevés.

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Les icônes de la sculpture figurative…

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Tapis rouge…

Les géométries de l’architecture du Mobilier National, Auguste Perret, Paris, gildalliere, 2021

À travers la fenêtre de l’atelier, port du masque et passe sanitaire obligatoire, je me suis mis à aimer ce béton corrodé, ces lignes géométriques où s’attarde la lumière des ombres, le store blanc baissé, la poussière du soleil sur les meubles et les luminaires des années 1930-1950 superbement restaurés. J’aime l’élégance de l’ordonnance des bâtiments posés en carré autour de la cour d’honneur fermée par une colonnade, le tapis rouge d’Emmanuel Macron, les variations de textures, les couleurs d’agrégats et les badigeons colorés. Le clou de la visite : le drap mortuaire du retour des cendres de Napoléon Ier en 1848. C’est aussi ça le Mobilier National.

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Tapis rouge…

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