L’escalier Perret…

L’escalier d’Auguste Perret, Mobilier National, Paris, gildalliere, 2021

À l’intérieur du bâtiment, l’escalier de béton est la colonne vertébrale du Mobilier National. Il s’agit alors, pour Auguste Perret, de placer au rez-de-chaussée, sur les deux niveaux de sous-sol et les trois étages, les nombreuses et vastes réserves et ateliers. Une attention particulière est portée aux conditions climatiques : triples parois, triple ouverture, double vitrage aux fenêtres, tout est tenté pour réduire autant que possible les variations thermiques d’un immeuble destiné à la conservation des collections d’œuvres d’art.

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L’escalier Perret…

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Exposé…

Détail, fauteuils Premier Empire, 1804_1815, Jacob Frères, Palais des Tuileries, Mobilier National, Paris, gildalliere, 2021

Je suis toujours là, avec mes déchirures, à peine masquées par le flou artistique du plastique qui me protège de la poussière ambiante de la réserve Perret. Je pose sur mon étagère au cœur des prestigieuses collections du Mobilier National. J’ai quand même meublé la cour impériale ! Alors regardez moi bien dans les yeux. Mes lignes sont claires, mes proportions parfaites. Parfois injustement taxé de rigidité, j’étonne par la variété des détails que l’on découvre et qui, souvent discrets, contribuent à une harmonie d’ensemble. Mon parti décoratif : le joli ton de l’or où se détachent des ornements sculptés qui forcent l’admiration.

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Exposé…

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Bouleversant…

Je casse le rythme de mes photos pour vous faire partager une grande émotion. Au théâtre de l’Atelier, à Paris, Samy Frey incarne Claude Lanzmann et le médecin suisse Maurice Rossel délégué du comité de La Croix-Rouge pour inspecter le camp d’Auschwitz en 1943, puis celui de Theresienstadt en 1944. Il se laissa abuser par la mise en scène qu’avaient organisée les nazis. Il ne vit pas l’horreur au-delà de la parodie. Claude Lanzmann l’avait interviewé en 1979. Il en avait tiré un film et un livre : « Un vivant qui passe ». Ce sont ces mots-là que lit Sami Frey pendant une heure, témoignant dans sa lecture d’un respect infini. Pourquoi et comment ce médecin se laissa-t-il aveugler, sans rien déceler de la combinaison inouïe de violence et de mensonge qui culminait dans les camps de concentration ? Telle est la question fondamentale posée par Lanzmann dans ce document exceptionnel. Cet aveuglement renvoie aujourd’hui aux nôtres dans trop de domaines, politiques, sociaux, et écologiques. Bouleversant. 

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Bouleversant…

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Estampille…

Fauteuils Premier Empire, 1804_1815, Jacob Frères, Palais des Tuileries, Mobilier National, Paris, gildalliere, 2021

Je suis un fauteuil, enfin, un ensemble de fauteuils. Je ne ressemble pas à mon image et pourtant, derrière la transparence opaque du plastique qui m’emballe, j’appartiens aux prestigieuses collections du Mobilier National. Vous me croisez presque démasqué comme une envie post-confinement noyé dans l’architecture d’Auguste Perret, et je donne l’illusion de m’exposer à l’air libre. Il n’en est rien. Il s’avère que mon humeur se révèle délicate. Certes, je joue avec les étiquettes, le genre estampillé Jacob Frères, mais je suis comme je suis ; une histoire sans frontière, fragile. Je fais partie d’un ensemble prestigieux livré sous le Premier Empire au Palais des Tuileries. Aujourd’hui, je suis ailleurs.

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Estampille…

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La fenêtre fermée…

Nature morte, l’équilibre des choses,Anvers, gildalliere, 2006

La fenêtre fermée n’en réfléchit pas moins le monde qu’elle tient à l’écart d’elle-même, les gens qui n’en finissent jamais de passer, le ciel qui ne sait s’arrêter d’être ciel, et la maison d’en face à l’ancre de sa végétation envahissante. La fenêtre fermée tournée vers son envers, donne à la nuit des nouvelles du jour et parle à la chaleur du froid qu’il fait dehors.

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La fenêtre fermée…

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Les arts décoratifs…

Détail d’architecture, MAD, Paris, gildalliere, 2020

Les passages, les couloirs, sont, eux aussi, un morceau choisi. Combien de vestibules traversés pour fixer la pureté de l’architecture dans une demi-obscurité. Combien de marches d’escaliers gravies pour saisir telle des épures la texture de la pierre sculptée d’une frise aux géométries certaines. J’arrache l’œuvre de l’architecte de la banalité utilitaire et quotidienne et lui redonne sa qualité d’œuvre d’art.

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Le pied…

Un fleuve, 1759, marbre, sculpture, Jean Jacques Caffieri, le dieu fleuve personnifié est représenté ici à califourchon sur un grand vase déversant de l’eau. Musée du Louvre, Paris, gildalliere, 2021

J’effleure du regard « Un Fleuve ». J’écarte la blancheur du marbre de Paros. Je remonte les contours immobilisés de la pierre dure à la chair. La sculpture de Jean-Jacques Caffieri retombe dans la nuit du musée du Louvre et je n’échappe pas à ce silence. À la froideur du marbre, je prends mon pied.

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Le pied…

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Le grand frisson…

Cicéron, plâtre, version du plâtre commandé en 1803 pour la salle des séances du Sénat au palais du Luxembourg, placé au Louvre avant 1857, Jean-Antoine Houdon, Musée du Louvre, gildalliere, Paris, 2021

Cicéron est un athlète de la parole, un styliste de l’émotion. On se presse à ses discours pour admirer un art qui tient en trois principes : éclairer l’assistance, satisfaire son goût du beau, faire passer le grand frisson. Pour le célèbre avocat romain, l’amitié est le bien fondamental : « je me demande si, à part la sagesse, les dieux ont donné aux hommes quelque chose de meilleur ». 
Comment choisir ses amis ?
Comment les mériter ?
Comment les garder ?
Je me pose la question. 
J’ai quelque peu perdu mon goût des rencontres nouvelles, et cette souplesse d’esprit qui me permet de m’associer à la pensée d’autrui.

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Le grand frisson…

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L’esprit d’escalier…

Musée du Louvre,Escalier Lefuel, Aile Richelieu, Paris, gildalliere, 2021

Je suis au pied du grand escalier monumental Lefuel. Je monte quelques marches dans la poussière du temps. C’est une des réalisations les plus emblématiques de l’architecture du XIXe siècle. Il fut édifié entre 1852 et 1858 dans l’aile nord des bâtiments du Nouveau Louvre, appelée désormais aile Richelieu. Par les oculus du haut, tombe un jour pâle dont le faisceau oblique désigne la double volée de pierre blanche richement décorée de multiples sculptures. Il est bon qu’avant de monter cette suite de marches, je puisse donner un peu plus d’élégance à ma démarche.

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L’esprit d’escalier…

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Pomone et Cérès…

Pomone et Cérès sur le balcon de la cour Puget, Musée du Louvre, Paris, gildalliere, 2021

C’est peut-être ça un chef-d’œuvre : le balcon de la cour Puget, Pomone et Cérès posées sur leur piédestal, altières, couronnées de lauriers et de fleurs d’été. Elles surgissent tranquillement, les bras chargés de fruits. J’oublie qu’elles sont de marbre et que le marbre ne marche pas. Du moins le socle explique l’immobilité. Pour les statues comme pour les hommes, un piédestal c’est un petit espace étroit et honorable, avec du vide tout autour qui te donne de l’importance. L’essentiel de la statue, de sa substance, c’est le silence.

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Pomone et Cérès…

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