les bains publics

Douches, Nice, gildalliere, 2018
Photos/Gilles Dallière

Sous la pesante chaleur, dans l’éblouissement furieux de la lumière, la grille s’intègre au contre espace. Tout est affaire de décor. L’angle mort de la Promenade c’est la descente aux bains publics ou seul les bruits d’ablution viennent perturber le silence. Faire du sens en utilisant les surfaces, les matières, les lignes de fuite, cela ne suffit pas à illustrer ce rapport des bains de la ville, entre l’intime et le public. J’ai posé le décor, celui de l’intention, il y a de la place pour la surprise, la déception, ou l’émerveillement. Il ne reste que dans ce bain de multitude, la ville est entre parenthèse et les murs sont couverts de graffitis dans lesquels s’exprime toute la misère sexuelle du monde.

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Les emprunts de l’antique

Église Notre Dame du Port, Nice, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

Notre Dame du Port laisse sa trace dans le paysage architectural de Nice. Dieu seul le sait ; elle est belle comme l’antique. Un seul trait sur l’azur du ciel et le fond outremer du bassin Lympia. Un fronton, un portique et des vagues de chapiteaux, de colonnes, de frises, de rinceaux et de festons, cadrent la perspective s’inspirant du style palladien. Les courbes sont abandonnées. Le clou du spectacle : une façade élancée dont l’ornementation est empruntée au vocabulaire néoclassique. Elle a su épouser la révolution, illustrer le Directoire et le Consulat et offrir son décor à l’Empire. Du bout de la digue, dans l’étroitesse du bassin, il y a de l’immensité.

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Les emprunts de l’antique

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Instant donné

L1011958Pause cigarette, Nice, gildalliere, 2018-Modifier.jpg
Photo/Gilles Dallière

Je me suis posté place Saint François devant un décor composé. J’ai attendu que quelque chose surgisse lorsque l’apprenti du supermarché Express s’est assis sur la main courante. Profitant de cet instant, j’ai fini par cadrer le blanc contrasté de son bleu de travail sur les profondeurs de la place. Il prit de la distance, tira un paquet de cigarettes écorné et en alluma une. Soudain joueur, en soufflant cette fumée tranquillisante dans l’air chaud de l’été, il s’est mis à me regarder par intermittence. Tout est à sa place. C’est l’instant décisif et il faut le saisir avant qu’il disparaisse.

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Instant donné

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L’ocre de tes murs

Les ocres de Nice, gildalliere, 2018.jpg
Photo/Gilles Dallière

À “Nicaea”, sur un ciel essoré, le noir et blanc de mes envies s’incline devant l’épure de ta lumière. Entre les murs, de quoi nourrir mon appétit de couleurs vives, elle tranche comme une lame la beauté de tes aplats. Je saute dans le vide de ta venelle et mon ombre se déshabille dans l’ocre de tes murs. Dans ce crépuscule en couleur annoncé, l’empâtement des jaunes pose au soleil couchant tandis que l’ocre rouge frotte le gris bleuté des marches de l’escalier. Au creux des murs maçonnés un glacis vert pousse l’argile vers sa puissance maximale.

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L’ocre de tes murs

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Son ciel, sous le ciel

Sainte Réparate, Nice-Modifier.jpg
Photo/Gilles Dallière

Loin de la géométrie étroite des ocres jaunes de la rue, Sainte Réparate prend ses aises, grignotant le bleu de l’azur destiné aux mouettes. À la croisée du transept, son ciel sous le ciel, recouvert de tuiles de couleur vernissée, abrite une mosaïque de richesses. Il y plane l’idée de s’enfoncer un bout de ce bleu dans le crâne en ayant la sensation que Dieu a fait le monde et qu’il nous l’a laissé en souvenir. Et vous pouvez tourner la tête, à droite, à gauche, retenter l’expérience à l’infini, une discontinuité de décors s’offre à l’œil nu. Des lignes de stuc, des chutes d’or, des greffes de couleur, des copeaux de marbre, perpétuent l’histoire de la cathédrale. Le présent est son temps, l’instant, mon refuge devant l’infiniment beau de cette coupole presque dépouillée.

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Son ciel, sous le ciel

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Le mystère de l’Annonciation.

Sainte Rita, Nice, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

Le vieux Nice est une terre d’élection pour l’art baroque. L’église de l’Annonciation dédiée à Sainte Rita de Cascia en est son chef d’œuvre. La Sainte patronne des causes perdues et désespérées se cache dans la profusion exaltée du décor. Stucs, angelots joufflus, dorures, fresques, entraînent le regard dans un tournoiement infini vers le ciel d’une étrange demi-coupole qui surmonte les ors d’un cœur en hémicycle. À nous les colonnes torses, les anges virevoltants, les jeux de lumière. Ils témoignent tous de la présence divine. Le regard est happé par le demi-cylindre du chœur souligné par sa hauteur dépassant nettement celle de la nef. Dans un décor champêtre, au centre de la « porte du ciel », la lumière de l’Esprit Saint envahi la beauté du visage de la vierge.

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Le mystère de l’Annonciation.

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La bière qui roule…

Abandon, Nice, 2017-Modifier.jpg
Photo/Gilles Dallière

T’as pris la vie du bon côté sur le trône de la planète foot et tu rêves de te voir imprimé en bleu blanc rouge sur le papier de tes envies numérisées. Tous ces cris de la rue, tous ces trucs c’est ton style. Quand tu t’y mets c’est pour la nuit. Le premier match France/Australie te fait jouer des coudes avec des pintes et des demis ; la bière qui roule n’amasse pas mousse. On a gagné in extremis 2-1. Mais réveille toi car aujourd’hui l’Allemagne écrase le Mexique. L’amer à boire t’a rétamé au creux d’un lit improvisé sur les galets que t’as semé. Tu mets ton vague à l’âme à marée basse sur le marché du petit matin, recroquevillé sur le bagage de ta nuit déchargée. À la lumière blanche et crue, tu ne fais plus gaffe aux inconnus qui tournent autour de tes yeux bleus. Au yeux du monde t’as l’air out.

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La bière qui roule…

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Tout fout le camp

Le Negresco, Nice, 2018
Photo/Gilles Dalliere

Que reste-t’il de la Côte d’Azur chère à Stéphen Liégeard ?
Que reste-t’il de la French Riviera ?
Que reste-t’il de la douceur du climat ?
La beauté des paysages du château d’If jusqu’au palais de Gênes est-elle toujours aussi chaude et saturée ?
Il ne flotte plus ce parfum d’oranger.
Il ne souffle plus ce vent de fraîcheur et d’insouciance au pays de la mer bleue, du soleil et des fleurs.
Et même ce bleu du ciel et de la mer, ce bleu d’azur s’est grisé de l’incivilité des femmes et des hommes d’aujourd’hui.
Nice reste la capitale d’hiver de cet infini troublé, sa promenade reste défigurée à vie par la folie d’un homme et le Negresco, unique et intemporel, échoué au beau milieu des galets de la baie des Démons reste une extravagance de vieille dame, servie sur un plateau d’argent.
Aujourd’hui, les reines, les rois, les artistes, les créateurs de mode, les acteurs, ne s’y amusent plus comme au temps des années folles.
Que reste-t’il de ce subtil équilibre entre élégance et décontraction ?

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Tout fout le camp

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Le pélican protecteur

Villa Gloria Mansion,Nice, gildalliere,2018
Photo/Gilles Dallière
À Nice, le Gloria Mansion construit en 1932 par les architectes arméniens Garabed Hovnanian et Kevork Arsenian a vaincu la pollution et renaît de sa blancheur originelle. Lassé d’un long voyage le couple de pélicans se fige à l’entrée de l’immeuble dont il est le gardien. Cet oiseau grégaire, symbole de l’amour paternel, se transperce le cœur pour nourrir les petits de son sang ; c’est la raison pour laquelle l’iconographie chrétienne en fait le symbole du Christ. Pêcheur mélancolique, il s’offre en saillie sur le béton fleuri du haut-relief. Sauvage et impassible, il s’impose majestueusement. Le pélican sculpté ouvre son aile au vent de la Méditerranée pour avertir le visiteur de regarder droit devant.

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Le pélican protecteur

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L’Elevador de Santa Justa

Ascenseur de Santa Justa, Lisbonne, gildalliere, 2007
Photo/Gilles Dallière

Entre le ciel et la mer tu me transportes à la surface de la vie. Elle grouille dans tes poumons d’acier et le désordre de tes câbles. De la Baixa au Chiado, tes ornements mathématiques frissonnent à 360 degrés. Tous ces cris de la rue, ces ombres qui courent, ces bruits qui résonnent, s’agrippent à ta couronne pour écouter la mélodie qui s’élève de la poussière du ciel. Tu restes au cœur de Lisbonne la figure de proue qui au son d’une guitare acoustique rend le Fado plus vivant. La pluie et tant et plus, t’ont marqué, toi, le voilier sans voiles, le quai que tu as déserté a reçu bien des marées nouvelles. Dans le brouillard d’une intuition, dans tout ce gris, aucune amarre ne te retient, ton regard se fixe sur la rivière et tu portes dans l’air glacé la course vive des varinas.

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L’Elevador de Santa Justa

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