Vue de la terrasse du Cheval Blanc, Paris, gildalliere, automne 2021
Sur la terrasse du Cheval Blanc, la vie est un éclat de cristal et des nuages. Une veste oubliée, un changement de chambre, un foulard posé sur un dossier de chaise. Des souvenirs, un tas de livres que je n’ai pas eu le temps de lire. un sourire complice. Une envie lumineuse d’avancer.
Vue du balcon du centre Pompidou, Montmatre, Paris, gildalliere, automne 2021
De Montmartre au Centre Pompidou, je suis allé voir Georgia O’Keeffe, il y avait trop de monde et les peintures de fleurs toutes gorgées de couleurs, les paysages surréalistes et métaphysiques m’ont ennuyé. Il faut dire que je sortais de la formidable rétrospective de Georg Baselitz. Il y avait peu de monde et l’exposition m’a renversé. Une certaine fragilité émane de ses tableaux. Il y a de la violence, beaucoup de violence. Il y a du sexe, et plus on avance dans le temps plus il y a des rides, une peau tombante, des os saillants, des portraits à l’envers, des traits anguleux. Il y a de la couleur, beaucoup de couleurs, de la force, une vitalité incroyable. À la fin, Baselitz révèle le noir et le blanc. Néanmoins, là où certains voient dégénérescence, tristesse, maladie et mort, j’y ai vu de l’amour, de la tendresse de l’admiration et de la beauté.
Une idée qui devient obsédante est celle qui rassemble étrangement dans une seule phrase quelques mots complexes : équilibre, chimère, crise, élévation, libertinage, chaos, orientation, entraves, cohérence, attente, diversité, duo, intrusion, identité, coulisses, loyauté, racines. Par rapport à ma future exposition j’ai déjà un titre : « Clair/Obscur ». La première photo, « Racines », se reflète dans le verre sécurité gris qui protège la « Mauvaise graine » de Francisco Ruiz de Infante, un tirage numérique à trois exemplaires. Tout autour les céramiques sont chargées de mémoire.
Clair/obscur #01. « Racines », parc du Dramont, Var, France, automne 2021. Tirage Fine-Art, 70x70cm, sur papier Digigraphie 308g, encres pigmentaires. Passe-partout 3.3mm, 90x90cm. Cadre en bois noir 90x90cm. Verre anti-reflet, anti-UV à 92%. Tirage d’auteur, Gilles Dalliere La franche juxtaposition des branches sombres et claires de « Racines » s’affirme comme une esthétique en soi. Elle s’accorde à l’explosion graphique des noirs saturés et des blancs éclatants de la photo de Jean-Claude Gautrand de la série « Métalopolis » galerie W.
Clair/obscur #01. « Racines », parc du Dramont, Var, France, automne 2021. Tirage Fine-Art, 70x70cm, sur papier Digigraphie 308g, encres pigmentaires. Passe-partout 3.3mm, 90x90cm. Cadre en bois noir 90x90cm. Verre anti-reflet, anti-UV à 92%. Tirage d’auteur, Gilles Dalliere Je vois le soleil se lever. Le chêne s’étirer dans un remuement bruissant de branches rugueuses et de feuillage persistant. Je vois la lumière dérober l’ombre. Le ciel blafard semble fermer les yeux. Je vois les heures du jour cheminer à pas feutrés sur le sentier mouillé par la rosée du matin. Au loin, l’infini glisse sur le rivage vermeil de l’Estérel. Ici, nul besoin de prier, ce qui frappe, c’est ce halo de lumière qui cerne le mystère de nos vies.
Le salon des antiques, Grand Trianon, château de Versailles, gildalliere, automne 2021
Le temps est venu où, au bout de leurs tiges, les feuilles de l’automne frissonnent. Au sortir du jardin des Marronniers, face au Grand Trianon, l’Europe regarde l’amphithéâtre des antiques. Vingt et un bustes immobiles et muets posés sur des scabellons de marbre, transmettent les messages de propagande voulus par le roi Louis XIV. Tout autour, le parc est jalonné de points de vue surprenants et de lieux intimes. Un jardin animé par le mouvement des ombres des arbres soigneusement taillés, projetées sur les allées sablées.
Le péristyle, Grand Trianon, Versailles, gildalliere, automne 2021
Ouvert entre cour et jardins, le péristyle du Grand Trianon pèse sur une terre figée d’histoire, et cette rigidité saisie à la lumière du roi soleil, transforme les marbres roses et blancs en pierres transparentes jusqu’au plus profond de ses profondeurs enflammées. Les colonnades retrouvent leur souffle, comme un râle minéral implore le courant d’une existence pétrifiée par l’ombre de Jules Hardouin-Mansart. La transparence attise la poussière du gravier sablonneux des allées à la française et l’ombre desséchée de quelques graminées argentées projette d’ores et déjà les rigueurs de l’hiver.
les reflets de l’automne dans les eaux de Versailles, gildalliere, automne 2021
Mon œil contemple de plus près ce miroir humide qui enchante tous mes sens. Je vois déjà la terre jointe avec le ciel faire un chaos délicieux de l’onde et de leur image. Je vois les tilleuls et les chênes y mirer leurs couleurs de l’automne. Je vois leurs troncs bien tracés dans les eaux qu’on ne sait si la houle fait trembler leur verdure ou plutôt l’air même et le vent. Ce beau tapis liquide semble enfermer entre ses bords l’or et l’azur des cieux comme un riche mélange dissipant les feuilles mortes et la transparence des fonds.
Le Pavillon Français, Trianon, Versailles, gildalliere, automne 2021
Le Pavillon Français est une fabrique de jeu et de conversation construite en 1750 pour le roi Louis XV et Madame de Pompadour par Ange-Jacques Gabriel au sein du domaine du Petit Trianon. Pour la reine Marie-Antoinette, Trianon est un jouet qui la ravira et occupera son désœuvrement pendant plus de dix ans. Un hennissement franchit une à une les haies devant le pavillon, et des feuilles tombent au vent d’automne. L’architecture est simple. À travers un voile de verdure je vois luire l’octogone blanc. Sa lumière est comme de l’ambre sur les paupières du soleil, et tout cela est uni et fondu avec tant de goût que le jardin s’incline tremblant dans l’air de toutes ses ombres.
Le passage, Trianon, Versailles, gildalliere, automne 2021
C’est un couloir végétal, une armature de treillage qui conduit de Trianon au petit théâtre de la reine à l’abri du soleil. Cette petite salle parée de soie, de velours bleus et de sculptures dorées, est pour Marie-Antoinette un lieu secret. Elle vient y jouer la comédie au sein d’une troupe réduite à son entourage intime. Couchée dans sa beauté, dégageant une épaule d’un rêve tissé de ses cheveux, elle sera ce soir l’héroïne du « Devin du Village » de Jean -Jacques Rousseau. Qui a franchi le mur du rêve ? Les mots lui viennent comme l’eau à la bouche, sourire aux lèvres, énigme au cœur, et tant de nudité au visage.