Le vaste silence

Le corbusier, Firminy, gildalliere, 2006
Photo/Gilles Dallière

Un cône en béton qui s’élève dans le ciel plombé de Firminy. À Saint-Pierre, le dernier projet de Le Corbusier, on apprécie la valeur du silence absolu. Une géométrie simple aux symbolismes complexes, formes archétypiques qui plongent leurs racines dans une recherche de monumentalité aux contours laïques : crassier, pyramide, tour industrielle. Hors des routes du futur, le paysage et les cumulus obscurcis par je ne sais quoi se font immobiles et silencieux comme un présage ininterrompu de quelques événements miraculeux. Le vaste silence.

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Le vaste silence

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La beauté du temps qui passe

Inspiration, Anvers, gildalliere, 2006
Photo/Gilles Dalliere

C’est un lieu sacré du quotidien où l’on peut chercher la solitude et le repos de l’esprit. Un lieu sans prétention où la lumière, adoucie par les ombres, rend le discret encore plus beau. Il y a dans l’ombre une subtilité qui plus que la lumière directe semble favoriser les formes. Elle ajoute de la profondeur et de la beauté. Il n’y a rien de tel qu’un espace vide. Le rayon du soleil illumine la fumée du charbon de bois brûlé dans l’âtre et l’intense obscurité de la pièce pour révéler l’incroyable beauté du temps qui passe.

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La beauté du temps qui passe

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Un marbre qui à l’air mâle

hercule et Cacus de Bandinelli copie. JPEG
Photo/Gilles Dallière

Que dire de cette sculpture d’Hercule et Cacus du « méchant » Baccio Bandinelli. Le sculpteur aurait taillé en pièces les cartons de son illustre rival Michel-Ange par pure jalousie. Mais devant la virilité de cette œuvre, les silences se gorgent de sens. Le bloc de marbre blanc porte les accents rugueux de ce combat. La finesse des silhouettes, les cheveux en bataille, les muscles bandés, les regards apeurés, résonnent aussi fort qu’un coup de tonnerre jusqu’à ébranler la nudité provoquante du David de Michel-Ange. Alors c’est sûr, il y a de la vulnérabilité et de la provocation. Il y manque la vie, et d’ailleurs, plus que tout, Bandinelli a toujours fuit tout ce qui est figé.

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Un marbre qui à l’air mâle

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Une canopée de verre

Av. Malakoff, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

La matière est une composante fondamentale de l’architecture. Sans faire de cinéma, dans cette entrée très glamour du XVIème arrondissement, la géométrie des pavés de verre crève l’écran. C’est une affaire de plans, jusque dans la forme, le découpage, jusque dans le rythme et dans le montage. Les dalles, de formes régulières et répétitives, tamisent la lumière de la cour intérieure sur la surface rugueuse d’un champ de béton patiné à l’ancienne. Une vraie réussite.

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Une canopée de verre

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Le testament de la Grèce Antique

Fresques, Kérylos, gildalliere, 2017
Photo/Gilles Dallière

Un matin ensoleillé du mois de mai, dans le patio de la Villa Kérylos, la force spirituelle du buste figé dans son alcôve ocre rouge, semble rejoindre l’énergie cosmique de l’espace. Tout autour du jardin, le vaste vide résonne d’un silence magnifique. Patines et textures en leur état primitif deviennent plus expressives. La beauté des fresques, l’équilibre des frises et des plâtres mis à nu, la richesse de la mosaïque sont ouvertement accentuées, testament de la Grèce antique. L’espace à ciel ouvert est évocateur et sa beauté en est bouleversante, un néant infini où l’univers tout entier peut enfin exister.

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Le testament de la Grèce Antique

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Projections

Musée Rodin, gildalliere, 2017
Photo/Gilles Dallière

En fait, je suis obsédé par la perspective, l’architecture et la beauté des lignes géométriques. J’aime que tout soit parfait. Je m’immerge dans les verticales et les horizontales. Je préfère mes cadrages à la réalité. Il y a de l’énergie dans la ligne, il y a de la folie dans la projection des ombres et de la lumière et j’y mets un peu d’ordre. Le cadre est calculé au millimètre prêt. Il y a de la froideur dans cette composition mais il y a un angle de lumière parfait.
#ligthandshadows#architecture#window#style#photography📷 @gillesdalliere @leicacamerafrance @museerodinparis

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Projections

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lignes de fuite

jeu de portes,Monnaie de Paris, gildalliere, 2018-Modifier.jpg
Photo/Gilles Dalliere

La Monnaie de Paris est un lieu institutionnel dans lequel on circule avec un véritable sens du rythme et de l’espace. Je me suis attaché à ce couloir, les murs et les moulures sont peints d’un gris élégant très légèrement bleuté. La lumière douce et zénithale tempère le réalisme de l’exposition des installations de Gupta. Dans ce cadre, cette perspective à quelque chose de magique. L’aplat des cloisons, la rigidité verticale des portes ouvertes, les lignes géométriques des boiseries qui se superposent gardent une part de mystère et de poésie. Et au milieu de ce déballage artistique d’ustensiles de cuisine je cadre l’œuvre la plus singulière, la plus vivante et la plus concrète de cette exhibition : cette grande cheminée de marbre nue, subtilement lumineuse adossée sans effets sur le mur gris nuage.
En fait, je suis obsédé par la beauté, les perspectives, la géométrie, l’architecture. J’aime que tout soit parfait. Je m’immerge complètement dans la géométrie des lignes verticales où horizontale. Je préfère mes cadrages à la réalité. Il y a de l’énergie dans les lignes. Il y a de la folie dans la projection des ombres et de la lumière et j’essaie de capter cette folie et d’y mettre un peu d’ordre. Le cadre est calculé au millimètre prêt. Il y a une certaine froideur dans ce travail, lumière perfectionniste, jeu de la géométrie.

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Un nouvel infini

Subodh Gupta, la Monnaie, Paris, gildalliere, 2018-Modifier.jpg
Photo/Gilles Dalliere

Au 11 Conti, j’ai rendez-vous avec l’artiste indien Subodh Gupta. Un drôle de banian m’accueille dans la cour d’honneur de la Monnaie de Paris. Un amoncellent d’ustensiles de cuisine forme une gigantesque tête de mort et des « dabbas » s’empilent comme des gratte-ciel. Plus loin, deux vélos se prennent pour des vaches sacrées. L’avant garde s’affiche au musée comme une provocation. Un univers qui puise son inspiration dans la culture populaire de l’Inde traditionnelle. Mais sortie du spectaculaire, de la démesure, quand est-Il de cette nature morte ? Si Gupta n’était pas devenu artiste il aurait été cuisinier et je médite devant cette œuvre : des ustensiles de cuisine aux couleurs usées s’entassent sous une lumière glauque dans un évier inoxydable. Aurait-il oublié d’essuyer la vaisselle ?

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Un nouvel infini

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Le trouble

Cremone princesse Najla, J Karam
Photo/Richard Alcock/Gilles Dallière

Muré dans la solitude, je me mets à la fenêtre. J’ai comme un trouble, l’impression que ma rétine se voile d’organza de soie champagne. Derrière les ciselures orgueilleuses de la crémone de cet hôtel particulier je m’invente une histoire, effleurant l’espoir qu’un visage ami vienne se coller là, juste de l’autre côté du double vitrage. Mon univers devient tout à coup fragile et obscur et je me dois de bouleverser mon existence, communiquer avec l’essentiel, atteindre l’inaccessible, imaginer le néant absolu.

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Le trouble

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La Villa des Arts

Villa des arts, Paris, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dalliere

Évidemment, pour ressentir l’espace, la préciosité d’une lumière, la dimension d’une cage d’escalier que l’on doit à Gustave Eiffel, il faut savoir ouvrir les portes d’un monde un peu secret et avide de sensation. Passé le portail en fer forgé, c’est l’histoire du quartier de Montmartre Grandes-Carrières qui s’ouvre à vous, un miracle perpétuel de l’émerveillement face à la réalité la plus ordinaire de la fin du XIXe siècle. Un dédale d’ateliers qui ont vus défiler Léon Bonnat, Benjamin Constant, Eugène Carrière, Auguste Renoir, Louis Marcoussis, Francis Picabia, Marcel Jean. Paul Cézanne y a réalisé le fameux portrait de Vollard. À la Villa des Arts, on ne se laisse pas dominer par son sujet, on le sublime loin du maniérisme raffiné du XVIIIe siècle.

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La Villa des Arts

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