À toucher l’azur…

Medersa Attarine, Fès, gildalliere, 2020
Photo/Gilles Dallière/Fès/Maroc

Là, tout à coup, à toucher l’azur, la pièce étroite et obscure s’élargit en éventail, formant comme un triangle où un rayon de soleil tombe d’un coin de ciel bleu. Tout cela est si antique, si déformé, si déjeté, qu’il n’y a pas de mots pour l’exprimer. Dans le grand silence qui règne en ce lieu désert, la rumeur de la ville se perçoit librement. Un bruissement de pas et de voix sur lequel viennent se détacher les aigres cymbales des batteurs de cuivre.

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À toucher l’azur…

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L’impériale désuétude.

Fontaine du Palais Moulay Idriss, Fès, gildalliere, 2020 Maroc
Photo/Gilles Dallière/Palais Moulay Idriss/Fès/Maroc

Ici, on dit que les choses sont ainsi ; il y a là une allée pavée de marbre, des bassins asséchés, des orangers et des cyprès. Il y a là un jet d’eau, une vasque de marbre, une étoile de zelliges multicolores. L’eau s’échappe de la fontaine, ruisselle et baigne le marbre majestueux. D’innombrables pigeons vont et viennent sur les dalles descellées au soleil et leur promenade roucoulante est encore ce qui donne le mieux à mon esprit la mesure de la majesté du lieu.

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L’impériale désuétude.

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Biarritz…

Maman, Biarritz, gildalliere
Photo/Gilles Dallière/Espelette

En 2003, nous sommes partis à Biarritz. Quand j’ai pris cette photo, j’avais la conviction que le ciel n’était bleu que par convention, en réalité il était rouge piment. Toi, tu riais dans le remous des vagues à regarder la marée qui fiche le camp. Toute la plage était épuisée. Elle ressemblait à un miroir immense. Arcangue, campo-les-Bains, Guéthary, Espelette, Saint-Jean-de-Luz, San Sebastián, Bilbao et l’exposition Calder au musée Guggenheim, on a tout fait avec passion. Patricia et Laurence s’en souviennent encore. Tu aimais respirer les derniers rayons du soleil du soir avant de se faner dans un sourire embarrassé. Il fallait bien rentrer…

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Biarritz…

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Je barbouille…

Travaux, peinture, l'homme caméléon, gildalliere, Tanger, 2012
Photo/Le barbouilleur/Tanger/Maroc

Mon petit chat, tu aimais la barbouille, mais là, tu as trouvé ton maître. Le garçon s’est surpassé. Avec toi, j’ai fait des voyages, c’est là que je suis devenu ton fils. On a tous plus ou moins mal vécu son roman familial. Aujourd’hui, je suis heureux de tout ce que nous avons partagé. Il y a beaucoup de choses qui se disent moins bien avec la parole. Tu m’as écrit de longues lettres. Tu as pesé tes mots. Loin, très loin de l’avidité, la cupidité, le mensonge, et la rancœur de ces deux derniers mois.

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Je barbouille…

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Tanger.

Tanger, le détroit de Gibraltar, gildalliere, 2012, Maroc
Photo/Gilles Dallière/La médina de Tanger

Sous l’effet d’un vent sec, nous sommes partis à Tanger. Tu aimais les couleurs réactives de la médina qui lentement se fanent au soleil couchant. Ce paysage élargi jusqu’à l’horizon t’a bousculé. Tu t’es accroché au génie architectural de la maison d’Yves Taralon, suspendue dedans-dehors dans les volutes du café Hafa. Tu t’es abandonné chez Geneviève Beaufre dans les délices de la villa Victoria et j’ai eu du mal à vous séparer. Tu as emporté les bleus d’Asilah dans ton cœur. Nous voulions durer. Avoir du temps pour nous. Ce fut un grand moment d’émotion mutuelle, une prière ardente, une ivresse vitale.
Ce qui nous fut offert était-il alors si précieux ?

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Tanger.

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souvenir…

Tunisie, mosquée, gildalliere, 2011
Photo/Gilles Dallière/Tunisie

En 2006, nous sommes partis passer Noël en Tunisie. D’implicites courants traversaient nos propres parois de chair, comme le ferait l’éclaircie d’un feu de Saint-Elme. On tenait à se livrer à nos propres découvertes, seuls, autodidactes en tout. Le vent décidait à notre place et nous marchions tous les deux, pas à pas dans les traces forcément diffuses de tes souvenirs. Une beauté spirituelle nous tenait par la main et cela nous suffisait. Nous restions à notre place, qui n’était de n’en avoir aucune de vraiment définie. Un délice.

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souvenir…

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Ganesh.

Ganesh, Nice, gildalliere, 2020
Photo/Gilles Dallière/Paris

Gros, gras, en grès rouge, un Ganesh ventripotent, assis, nous observe du coin de l’œil dans la vitrine d’un antiquaire, rue Antoine Gautier. À cette époque, tu n’envisageais pas ta vieillesse. Tu te moquais allègrement de la mort. J’ai acheté l’éléphant en souvenir de mes séjours indiens. Il a trouvé sa place à Paris. Lui qui est mélangé de terre et de ciel, il n’a pas rendu son âme à Dieu. Il a donné sa langue au petit chat qui n’en a fait qu’une bouchée.

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Ganesh.

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Silence.

Architecture, Andrézieux, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Andrézieux-Bouthéon

C’est la sainte Geneviève aujourd’hui. Bonne fête mon petit chat… la plage où tu m’accompagnais pour un déjeuner a blanchi les dents de ses galets en ton honneur. J’ai emporté ce caillou poli à Paris pour sa veine blanche. Il s’appuie sur ton cœur et vit avec moi en silence. Cette architecture volée au détour d’une promenade, la noblesse du vent froid me transmettent ce silence. Tu peux dire à ton ange de venir.

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silence.

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Ralentir les jours…

Zarziz, Tunisie, gildalliere, 2011
Photo/Gilles Dallière/Zarziz/Tunisie

Je voudrais ralentir les jours, marcher presque à reculons. Retrouver cet été et tenir ce bouquet de promesses que nous nous sommes fait. Aujourd’hui une dépression respiratoire te plonge dans une somnolence considérable. La nuit, le jour, le chaud, le froid, la peur, la solitude,sont là. Le plus triste est de voir s’effacer ta voix, ton regard, une foule de petits éclats vifs rien qu’à toi. Demain peut-être, les mots reviendront, minuscules. Peut-être pas…

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Ralentir les jours…

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La mer est grise à Nice…

Chambre avec vue, Tunisie, gildalliere, 2011
Photo/Gilles Dallière/Tunisie

Soudain la mer est grise à Nice. Il y a de la houle au loin. Des dentelles d’écume. Quelques voiles s’agitent comme des mains qui appellent au-secours. Alors on aime la vie, avec ses défauts, ses banalités, ses petitesses. Tu sais ce que je veux dire. Aime ta vie Maman, immense, flamboyante et unique. Je t’aime…

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La mer est grise à Nice…

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