lignes de fuite

jeu de portes,Monnaie de Paris, gildalliere, 2018-Modifier.jpg
Photo/Gilles Dalliere

La Monnaie de Paris est un lieu institutionnel dans lequel on circule avec un véritable sens du rythme et de l’espace. Je me suis attaché à ce couloir, les murs et les moulures sont peints d’un gris élégant très légèrement bleuté. La lumière douce et zénithale tempère le réalisme de l’exposition des installations de Gupta. Dans ce cadre, cette perspective à quelque chose de magique. L’aplat des cloisons, la rigidité verticale des portes ouvertes, les lignes géométriques des boiseries qui se superposent gardent une part de mystère et de poésie. Et au milieu de ce déballage artistique d’ustensiles de cuisine je cadre l’œuvre la plus singulière, la plus vivante et la plus concrète de cette exhibition : cette grande cheminée de marbre nue, subtilement lumineuse adossée sans effets sur le mur gris nuage.
En fait, je suis obsédé par la beauté, les perspectives, la géométrie, l’architecture. J’aime que tout soit parfait. Je m’immerge complètement dans la géométrie des lignes verticales où horizontale. Je préfère mes cadrages à la réalité. Il y a de l’énergie dans les lignes. Il y a de la folie dans la projection des ombres et de la lumière et j’essaie de capter cette folie et d’y mettre un peu d’ordre. Le cadre est calculé au millimètre prêt. Il y a une certaine froideur dans ce travail, lumière perfectionniste, jeu de la géométrie.

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Un nouvel infini

Subodh Gupta, la Monnaie, Paris, gildalliere, 2018-Modifier.jpg
Photo/Gilles Dalliere

Au 11 Conti, j’ai rendez-vous avec l’artiste indien Subodh Gupta. Un drôle de banian m’accueille dans la cour d’honneur de la Monnaie de Paris. Un amoncellent d’ustensiles de cuisine forme une gigantesque tête de mort et des « dabbas » s’empilent comme des gratte-ciel. Plus loin, deux vélos se prennent pour des vaches sacrées. L’avant garde s’affiche au musée comme une provocation. Un univers qui puise son inspiration dans la culture populaire de l’Inde traditionnelle. Mais sortie du spectaculaire, de la démesure, quand est-Il de cette nature morte ? Si Gupta n’était pas devenu artiste il aurait été cuisinier et je médite devant cette œuvre : des ustensiles de cuisine aux couleurs usées s’entassent sous une lumière glauque dans un évier inoxydable. Aurait-il oublié d’essuyer la vaisselle ?

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Un nouvel infini

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Le trouble

Cremone princesse Najla, J Karam
Photo/Richard Alcock/Gilles Dallière

Muré dans la solitude, je me mets à la fenêtre. J’ai comme un trouble, l’impression que ma rétine se voile d’organza de soie champagne. Derrière les ciselures orgueilleuses de la crémone de cet hôtel particulier je m’invente une histoire, effleurant l’espoir qu’un visage ami vienne se coller là, juste de l’autre côté du double vitrage. Mon univers devient tout à coup fragile et obscur et je me dois de bouleverser mon existence, communiquer avec l’essentiel, atteindre l’inaccessible, imaginer le néant absolu.

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Le trouble

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« La Torre »

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Photo/Gilles Dallière

À la Fondation Prada, toute belle et dorée à souhait, il y a une nouvelle tour, toute propre, toute blanche, avec de belles ouvertures qui ne laissent rien voir de l’intérieur. L’architecte Rem Koolhaas, Chris van Duijn et Frederico Pompignoli l’appellent “Torre”. Soixante mètres de poutres en béton s’orientent d’un niveau à l’autre en créant des motifs alternatifs ouverts et fermés sur chaque façade. Cette géométrie irrégulière assure la juste lumière du nord, de l’est et de l’ouest. Elle entre furtivement dans ce monde d’exposition fantastique où il n’existe ni déformations, ni désordres, où tout est plus grand, plus proportionné, plus heureux. À Milan, ne sommes nous pas inévitablement sur le chemin du progrès.

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Open Sky

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Photo/Gilles Dallière

Il ne faut pas rater l’installation de la marque COS qui fait appel à l’artiste américain Phillip K. Smith III pour imaginer un éventail de miroirs monumental au cœur même de la cour du Palazzo Isimbardi. Les grandes lignes pures d’Open Sky, débordent de mouvement, elles reflètent et fragmentent tous les jeux de l’architecture historique de ce palais italien du XVIe siècle. Plus on s’en approche et plus le bleu du ciel de Milan agresse le soleil qui paraît ne plus être à la hauteur de ses multiples réflexions. À nous de zoomer dans l’abstraction des jeux de lignes et des nuages qui s’y reflètent, balayés par le vent.

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Open Sky

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Cadrage

Rue Jean Goujon, Paris, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dalliere

À Paris, rue Jean Goujon, j’ai trouvé que cette porte, cette vitrine, ce regard, étaient vraiment dessinés pour durer éternellement. J’ai figé l’arrondi avec l’œil de verre de mon appareil-photo. Un œil fixe comme un œil artificiel. J’ai figé l’image comme pour en faire une carte postale et je m’aperçois que je n’ai même pas un timbre sur moi à coller dessus pour l’expédier quelque part.

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Cadrage

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Comedia dell’arte

L'orangerie, Paris, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

Ce célèbre tableau du musée de l’Orangerie est une commande de Paul Guillaume à André Derain. Il représente deux personnages de la Commedia dell’arte italienne : Arlequin dans son costume à losanges colorés, coiffé d’un bicorne et Pierrot dans son habit blanc à collerette, la tête recouverte d’une calotte noire. Ils sont figurés sur un fond neutre, dans une danse sans fin, tels des marionnettes ou des pantins. Leur regard ne se rencontre pas et l’expression de leur visage est grave. Ce que l’on sait, c’est que Pierrot est le portrait de Paul Guillaume et il y a dans ses yeux beaucoup de mélancolie.

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La main courante

Passage Vero Dodat, Paris, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

En sortant de la Galerie du Passage où Pierre Passebon expose avec maîtrise l’œuvre décorative et parfois monumentale de Giuseppe Ducrot, je suis rentré par curiosité dans cette cage d’escalier et je me suis mis à cadrer le tracé vertical de sa main courante. Tout au bout de cette ligne, il y a une intensité lumineuse bien supérieure à la réalité. Le contour de la rampe est estompé par une sorte de halo vibrant qui la magnifie. Elle descend vers le flou d’un noir qui respire le temps passé. La profondeur est fictive, l’image est plate, elle s’oppose parfaitement au travail de Giuseppe qui lui, fait rentrer l’esprit dans la matière en sculptant avec relief le baroque revisité de ses céramiques jaunes.

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La beauté du Lario

Balcon, lac de Côme, Varenna, Italie, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

À quoi bon aller chercher le bonheur, il est là sous mes yeux. Le lac de Côme s’endort sous la brume hivernale, à l’horizon, les sommets encore enneigés des montagnes plongent sur la surface bleue saphir du Lario.

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Il Palazzo Crivelli

Palazzo Crivelli,Milan, gildalliere, 2008-Modifier
Photo/Gilles Dalliere

Il Palazzo Crivelli via Pontaccio 12 à Milan est un lieu magique perdu au yeux du monde sauf au moment de la Fashion-Week et du Salone Del Mobile qui commence le 17 avril prochain. Mais là, j’y suis seul face à la beauté de ce palais aristocratique qui me vide la tête. J’aime ce lieu austère. J’aime y retourner à chacun de mes voyages dans la capitale lombarde et me planter là, sans bouger, devant le jeu de l’ombre et de la lumière qui effleure les entrelacs de la rampe d’escalier. Je rentre à pas feutré dans ce décor insolite face à la beauté architecturale de ce détail et j’ai l’impression qu’une chose est claire : à cette minute précise, une page se referme enfin dans ma vie.

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Il Palazzo Crivelli

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