Le cloître du silence

Interieur, monastère d'Alcobaca, gildalliere, 2007
Photo/Gilles Dallière

L’église de la Real Abadia de Santa Maria de Alcobaça, avec ses proportions imposantes, trône au milieu de la ville. Le dieu des eaux vives habite la gigantesque cuisine carrelée et la lumière du soleil de ce matin d’hiver frappe la palette des jaunes sables, Castille, ocre clair, jaune de Malte et une foule de détails sans le moindre intérêt. C’est l’architecture qui donne le vertige et cette cheminée qui monte jusqu’au ciel. Je ne regrette ni d’être revenu ni de devoir partir vers l’inconnu. Dans ce volume cistercien il y a du mouvement, de la folie, de la grâce et du silence.

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Le cloître du silence

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La Babel d’Alcobaca

monasteÃÄre d'alcobaca, portugal, gildalliere, 2007
Photo/Gilles Dallière

Cet escalier, énorme, est bien caché. Il est si bien enfoui pour nos yeux aveugles qu’on ne peut le remarquer qu’après un certain degré de concentration. Avec ce nez de marche si particulier, que l’on monte ou que l’on descende, il fuit en piano droit. Comme une Babel indéchiffrable il monte et chaque marche est un souvenir ou un hypothétique futur. Degré par degré je grimpe comme si il s’agissait d’un chemin de croix mais sans rien porter sur l’épaule sinon mon appareil photo. Les marches succèdent à la marche, l’éclat du soleil tourbillonne sur le blanc et la rampe maculée court comme un furet sur le mur de gauche. Elle guide mes pas, l’envie et le désir, elle m’attrape par la main et me montre le chemin d’Alcobaca.

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La Babel d’Alcobaca

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L’harmonie

Nature morte, Anvers, AV, gildalliere, 2012
Photo/Gilles Dallière

Peinture écaillée, murs revenus à un mélange de plâtre et de terre sont tous appréciés comme une forme d’art abstrait renforcé par le passage du temps. Ici tout est adouci par les ombres. Il y a une absence de suffisance ou de fouillis éclectique avec seulement quelques œuvres bien choisies résistants aux tendances et aux modes.

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L’harmonie

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De l’ombre à la lumière

Monastère des Hiéronymites, Lisbonne, Portugal, gildalliere, 2007
Photo/Gilles Dallière

Je pose mon regard sur tout cela. Je feuillette comme un album de souvenirs les images fixées pour toujours sur la toile du virtuel. L’ancien et le moderne, les vestiges classiques et les gratte-ciels des métropoles, le paysage et l’architecture. Une patine sombre recouvre les cartes du passé pour mieux en accentuer la mélancolie. Et d’être encore étonné par la projection de l’ombre sur la lumière, d’avoir le regard émerveillé devant la beauté de ce contraste, c’est un sentiment auquel je ne peux renoncer. Et dire qu’il y a des gens qui ne voient rien.

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De l’ombre à la lumière

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L’art et le design

Sawaya et Moroni, Milan  gildalliere, 2008
Photo/Texte/Reportage/Gilles Dallière/Marie-Jo Malais/FrancisAmiand

Dans son appartement milanais, William Sawaya cultive les esthétiques radicales et les technologies pointues qui laissent la nostalgie au vestiaire. « Pourquoi inonder le marché avec des choses banales ? Je fais le choix de l’exception en commençant là où s’arrêtent les autres éditeurs de design. » l’architecte et designer, fondateur en 1984 de la maison d’édition Sawaya & Moroni avec son comparse Paolo Moroni accompagne les créations de Zaha Hadid, de Jean Nouvel, de Dominique Perrault ou de Jakob & McFarlane. « Que des pièces exceptionnelles limitées à une centaine d’exemplaires pour une clientèle qui cherche l’Objet et pas un simple meuble. » La grandeur néoclassique du lieu reçoit, dans un accord parfait, l’art et le design.

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L’art et le design

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La conversation des objets

Andrea Branzi, nature morte, gildalliere, 2010,CZ
Photo/Gilles Dallière

C’est une photographie de la mémoire, du souvenir, de l’histoire. Ici, quasiment un seul objet est cadré, un objet trivial et quotidien au possible, un meuble objet qui est surtout une œuvre d’art. « L’objet doit susciter d’emblée une pensée, bien avant d’être conçu comme fonctionnel, dans l’hypothèse utopique qui se construit en vue d’élaborer une synthèse cohérente », affirme Alessandro Mendini. Je suis ému par ce mouvement anti-design qui remet en cause la vision des choses. Il bouleverse les formes convenues. Je suis heureux de l’assemblage audacieux de ces boîtes peintes, stratifiées, marquetées. Curieux de découvrir qu’au sommet de la pyramide improvisée, une tête de mosaïque d’or m’observe étrangement pour me voler mon âme.

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Souvenir renouvelé

Bibliothèque, Robert Gervais 2011
Photo/Gilles Dallière

Gustave Flaubert a dit : « c’est une belle chose qu’un souvenir, c’est presque un désir qu’on regrette. » je ne regrette rien, et dans ce souvenir tout ce que je suis est là : l’amour de l’art, l’admiration du beau, le large compas ouvert sur toute chose, l’amour suprême de la forme, la religion du cadrage, l’interprétation, la mise en place, la composition, une course inlassable vers l’idéal. Pour qui prend un peu de hauteur, pour qui voit les choses avec quelques attentions, on retrouve encore bien plus qu’on ne trouve ; mille notions que l’on avait en soi qu’à l’état de germe s’agrandissent et se précisent, comme un souvenir renouvelé.

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De bronze et de marbre

Escalier, Nellcote, Villefranche sur mer, JK., 2013
Photo/Gilles Dallière

Le soleil méditerranéen accable la villa de sa lumière. La déesse se dresse, vivante, à cette heure de l’après-midi sous l’immense azur de l’escalier faisant sur la verrière une tache sombre. Elle s’étire, balançant son enfant sur ses épaules. Le plissé de sa toge glissant de ses larges hanches jusqu’au creux de son dos. Le poids de son marbre immaculé tire en arrière sa tête délicate et lui donne un air triomphant et paresseux. Elle sourit d’un blanc sourire comme si elle apercevait un miroir reflétant sa beauté, belle et froide comme l’albâtre.

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De bronze et de marbre

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Soufflé d’or et de lumière

Valmarena, lustre de Venise, gildalliere, 2011
Photo/Gilles Dallière

Loin de ces rendez-vous savamment organisés, fait de mille éclats bleus, je regarde le temps chavirer dans les eaux profondes du lac de Côme. Dans ce flou artistique il n’y a pas d’ombre sans lumière. Cette harmonie secrète mène à l’indolence et l’envie me gagne de laisser le temps couler dans ce silence mystérieux qui résonne jusqu’au bout du ciel. Tout est là pour la mise en scène. Dans l’écrin du soleil couchant la pénombre glisse dans les cristaux de verre du lustre de Venise. Un rêve d’or et de ténèbres.

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Soufflé d’or et de lumière

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La sophistication

Entrée, avenue Montaigne, JK, 2014
Photo/Gilles Dallière/Francis Amiand

Léonard de Vinci a dit « la simplicité est la sophistication suprême. » Après Maison&Objet, je suis allé détendre mon regard sur la poésie du banc #Fallen Tree » YMERETMALTA#benjamingraindorge. En pureté et en puissance, il nargue le buste de Jules César dans cette étonnante entrée décorée par Joseph Karam. Il y a dans cet esquisse une légèreté et une joie qui stimulent l’esprit et réjouissent le cœur. Libre de tout superflu, le chêne sculpté adouci par les ombres crée une conscience affinée de l’espace, du vide et du silence.

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La sophistication

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