Incertitude…

Cimetière du Mellah, détails, Fès, Maroc, gildalliere, 2020
Photo/Gilles Dallière/Le Mellah/Le cimetière/Fès/Maroc

Je ne traîne plus sans conviction dans la rue. Je me sens perdu, floué comme jamais. Le grand écart commence. La lumière de ce printemps oublié est claire et froide. La ville est happée par le silence opaque qui avance vers moi. L’incertitude du présent marche d’un pas ferme. Le vide perd toute ses couleurs. Tous les jours le malheur fait des cartons ici et là, et l’émotion déborde.

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Incertitude…

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Le réverbère…

Lanterne, Fès, médina, Maroc, gildalliere, 2014
Photo/Gilles Dallière/Fès/Médina/Maroc

Seul l’instant présent est réel. Dans mes errances quotidiennes, une ruelle étroite me mène droit à la clarté fanée d’un réverbère. Le lieu semble avoir connu une manière de prestige, il s’efforce de ne pas trop déchoir. La lumière magique est puissante. Elle raconte l’orgueil et le faste de la cité impériale, intime, habitée, secrète, confidentielle, dans laquelle j’aime me perdre.

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Le réverbère…

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Et puis il y a la couleur…

Mur, Fès, médina, Maroc, gildalliere, 2014.
Photo/Gilles Dallière/Fès/Médina/Maroc

Le mur me jette aux yeux sa culture du peu, sa culture du fragile, de l’ineffable, de l’allusif. Une architecture sans histoire, qui n’a pas de sens. Un espace où il n’y a rien à montrer, où il n’y a rien à protéger, où il n’y a pas d’argent pour payer le temps. Ici, il faut conclure tout de suite ou bien laisser tomber. Ici, on atteint la sérénité avec peu de mots. Et puis il y a la couleur, magique comme une œuvre d’art…

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Et puis il y a la couleur…

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Le palais El Glaoui…

Palais El Glaoui, fontaine, Fès, Maroc, gildalliere, Fontaine, 2014
Photo/Gilles Dallière/Palais El Glaoui/Fès/Médina/Maroc

Parmi les orangers émaillés de fleurs, elle est là, la fontaine solitaire, dans son silence d’albâtre, plantée au milieu des étoiles imprimées dans le marbre. Les charpentes de cèdre polychromes qui l’entourent se blessent quand le soleil s’en mêle. Le vent respire les festons couleur d’arc-en-ciel de la singulière féerie des zelliges multicolores. Ce qui n’apparaît pas se découvre. Je touche des yeux un de ces prodiges dont les contes des Mille et Une Nuits ont nourri mon enfance.

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Le palais El Glaoui…

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Un brimborion coloré…

Etentage, palais El Mokri, Fès, Maroc,  gildalliere, 2020
Photo/Gilles Dallière/Fés/Maroc

Là où l’oranger n’a plus de parfum, le cyprès ne s’incline plus avec sa grâce adolescente, les oiseaux se sont tus et les mille étoiles du jasmin ont disparu dans l’ombre du palais El Mokri. Un porche-véranda tient lieu d’entrée. Sur la terrasse, le plafond en larges planches peintes dans ce bleu vert, s’effeuille. Immaculé, le linge sèche au milieu d’un brimborion coloré.

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Un brimborion coloré…

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Le mystère…

Entée du palais El Mokri, Fès, Maroc, gildalliere, 2020
Photo/Gilles Dallière/Palais El Mokri/Fès/Maroc

Un passage, et toutes les possibilités de l’exil. Je n’ai que ce blanc pour y enfouir la lumière et pour la retrouver. Et puis il y a quelque chose d’autre, ce lointain murmure des siècles qui m’arrête, ce mystère qui s’y attache. Je n’ai pour l’instant que mon regard pour y accéder.

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Le mystère…

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la coursive…

Coursive, palais El Mokri, Fès, Maroc, gildalliere, 2020
Photo/Gilles Dallière/Palais El Mokri/Fés/Maroc

Des légions de niches en ogive s’élèvent et commencent à déborder sur un jour qui n’en finit plus. Dans ce dessous obscur et confus en milliers d’alvéoles qui surplombent la cour du palais, le vent crie. L’azur éclatant s’effondre sur un toit vernissé pour laisser entrer le paysage et la lumière soutient tout ce qui fut multicolore.

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la coursive…

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Le reflet d’un autre monde…

Lumière, réflexion sur le sol du palais El Mokri, Fès, Maroc, 2020
Photo/Gilles Dallière/Palais El Mokri/Fès/Maroc

En dessous des hautes et frêles graminées qui poussent sur les toits de tuiles vertes qui couvrent les pièces enchantées du palais El Mokri, il y a la cuisante chaleur de midi et sa lumière trop blanche. Dans le salon carrelé dont les fenêtres rouges, ouvrent sur la cour d’honneur, je fige, le regard sévère, le tracé d’un sol en noir et blanc. Le reflet d’un autre monde.

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Le reflet d’un autre monde…

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Ébloui…

Cimetière du Mellah, Fès, Maroc, gildalliere, 2020
Photo/Gilles Dallière/Le Mellah/Fès/Maroc

« Nous couvrons toujours de fleurs, de nostalgie, tout ce qui ne nous a pas réussi, tout ce qui ne nous réussira jamais, tout ce qui n’a jamais réussi à personne, c’est-à-dire tout ce qui ne pourra jamais nous réussir. » Ettore Sottsass. Ici, rang par rang, il n’y a que le blanc, immaculé, qui couvre les 12 000 tombes du Mellah depuis le début du XVIIe siècle. Inerte vestige de la longue histoire juive de Fès.Ébloui…

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Ébloui…

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L’innocence du monde…

Champs d'oliviers, Fès, Maroc, gildalliere, 2020
Photo/Gilles Dallière/Moyen Atlas/Fès/Maroc

Nous sommes en mars, le printemps s’annonce. Les troncs et les branches se détachent clairement. La composition est plutôt symétrique. Le ciel se couche de tout son corps sur la campagne du Moyen Atlas. La vie est fragile, mais elle trouve ici, dans ces champs d’oliviers, une solidité inédite. Je respire.

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L’innocence du monde…

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