Les griseries d’une répétition.

Le dressing, ES, gildalliere, 2008
Photo/Gilles Dallière/Fontainebleau

Éric Schmitt est un homme de bronze, d’albâtre, de souche d’arbre, de laiton et de verre de Bohème. Chez lui, à la campagne, le courant d’air venant de la porte grande ouverte dans laquelle je m’imprime fait osciller la maquette d’une suspension maîtrisée. La griserie de la répétition des deux armoires est profondément implantée dans l’irrégularité céleste de la charpente. Dans le silence immaculé de ce dressing, les poutres apparentes, les murs chaulés, le mobilier choisi, le plancher, la lampe de lecture, ont retrouvé la rondeur de leurs formes dans un jeu esthétique imprégné de beauté.

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Les griseries d’une répétition.

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Troublé…

Composition, Paris, gildalliere, 2008
Photo/Gilles Dallière/Paris

Ce matin, l’aube est en chair de poule. Tout est crispé. La forme du vase se dessine devant les contours flous de l’alcôve noyée dans l’océan. La fleur s’épuise à s’étirer hors de l’eau, flottant étrangement dans l’espace devenu étrangement léger. Le présent est soustrait au passé, soustrait à l’avenir, enfermé dans l’immanent. Une réalité indéfinie et sans nom.

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Troublé…

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À bout de souffle…

Cimetière de Montmartre, Paris, gildalliere, 2020
Photo/Gilles Dallière/Cimetière de Montmartre

Le visage céleste s’évanouit dans la géométrie de la Rue Caulaincourt. La lumière se déverse dans la contre lumière, saturant celle-ci pour lui donner une intensité démesurément accrue. Au bout de la passerelle, le soleil se précipite dans son image reflétée, capté par les branches d’arbre du cimetière. L’expansion de la croissance recouvre tout l’espace, recouvre tout les cieux, englobe l’abondance des étoiles. À bout de souffle, il reste suspendu dans les ténèbres comme un spectre éclairé d’une pâle lueur absorbée par la nuit.

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À bout de souffle…

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Mise en scène…

Le passage, gildalliere, LS, Paris, 2008
Photo/Gilles Dallière/Paris

Il s’agit d’un long couloir, garni de nombreuses portes. La lumière qui règne est une lumière indirecte. Les murs sont blancs. Ils reflètent la lumière qu’ils reçoivent. Dans le vide du couloir, quelque chose luit faiblement, s’évanouissant comme le souffle d’une étoile qui s’éteint. Tout est radieux et d’une légèreté silencieuse. Il n’est pour l’instant nul être. J’ai juste planté le décor. Les acteurs, dont je pense qu’ils seront au nombre de trois, plus un petit chien, n’ont pas encore fait leur entrée. Le couloir est désert, vide de tout meuble. Rien n’est accroché aux murs. Nulle ombre n’existe sauf celle du balcon projetée sur les rideaux immaculés.

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Mise en scène…

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La lumière reflétée.

Faute de suspension, gildalliere, LS, Paris, 2008
Photo/Gilles Dallière/Paris

Tu t’appelles Arco, et tu m’as égratigné la rétine. Tu cherches en toi l’obscur dont la clarté te donne ta forme et jamais cet espoir ne t’abandonne, toujours il s’accomplit quand tu es le centre de l’espace. Achille a dessiné instantanément, en un éclair, l’arc télescopique accroché aux veines du marbre de Carrare. De ta couronne d’acier, la lumière reflétée plonge dans la lumière reflétée.

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La lumière reflétée.

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Ne pas se laisser aller…

Pause,Frédéric Lebard, gildalliere, Paris, 2006
Photo/Gilles Dallière/Paris

Collé à ton fauteuil, le son au plus de la télévision semblait te protéger. Tu étais moins seule, faussement relié à des images que tu ne regardais pas. Tu t’attachais à un petit feuilleton de rien du tout, navré d’en rater un épisode quand nous sortions dîner. En ma présence, ton attention relevait d’une bonté bien à toi et ton élégance revenait dès que tu allais un peu mieux. Le souci de ton corps, de ta silhouette, de ton hygiène, de ton visage, restait intact. Ne pas se laisser aller. Se parfumer encore. L’odeur de Shalimar de Guerlain…

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Ne pas se laisser aller…

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Tanger.

Tanger, le détroit de Gibraltar, gildalliere, 2012, Maroc
Photo/Gilles Dallière/La médina de Tanger

Sous l’effet d’un vent sec, nous sommes partis à Tanger. Tu aimais les couleurs réactives de la médina qui lentement se fanent au soleil couchant. Ce paysage élargi jusqu’à l’horizon t’a bousculé. Tu t’es accroché au génie architectural de la maison d’Yves Taralon, suspendue dedans-dehors dans les volutes du café Hafa. Tu t’es abandonné chez Geneviève Beaufre dans les délices de la villa Victoria et j’ai eu du mal à vous séparer. Tu as emporté les bleus d’Asilah dans ton cœur. Nous voulions durer. Avoir du temps pour nous. Ce fut un grand moment d’émotion mutuelle, une prière ardente, une ivresse vitale.
Ce qui nous fut offert était-il alors si précieux ?

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Tanger.

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souvenir…

Tunisie, mosquée, gildalliere, 2011
Photo/Gilles Dallière/Tunisie

En 2006, nous sommes partis passer Noël en Tunisie. D’implicites courants traversaient nos propres parois de chair, comme le ferait l’éclaircie d’un feu de Saint-Elme. On tenait à se livrer à nos propres découvertes, seuls, autodidactes en tout. Le vent décidait à notre place et nous marchions tous les deux, pas à pas dans les traces forcément diffuses de tes souvenirs. Une beauté spirituelle nous tenait par la main et cela nous suffisait. Nous restions à notre place, qui n’était de n’en avoir aucune de vraiment définie. Un délice.

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souvenir…

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Le temps du souvenir.

La pyramide du Louvre en hiver, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/La pyramide du Louvre

Ce soir, les températures ont subitement chuté. Elles aussi sont en deuil d’un mois de décembre interminable. « Dans la vie, deux mondes se côtoient : celui des gens qui vont vivre et celui des gens qui vont mourir », notait l’écrivaine Benoîte Groult en 2011, elle avait 91 ans alors, et sûrement se sentait-elle glisser dans le second de ces mondes. Toi aussi tu y vivais à temps partiel. Nous nous sommes promenés là, un soir de Noël, il neigeait et tu avais réinventé un sourire, placé au bord des yeux, « le sourire Shalimar », disais-tu en hommage à Guerlain. Un très beau souvenir.

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Le temps du souvenir.

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Silence.

Architecture, Andrézieux, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Andrézieux-Bouthéon

C’est la sainte Geneviève aujourd’hui. Bonne fête mon petit chat… la plage où tu m’accompagnais pour un déjeuner a blanchi les dents de ses galets en ton honneur. J’ai emporté ce caillou poli à Paris pour sa veine blanche. Il s’appuie sur ton cœur et vit avec moi en silence. Cette architecture volée au détour d’une promenade, la noblesse du vent froid me transmettent ce silence. Tu peux dire à ton ange de venir.

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silence.

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