TRY TO GET WHAT YOU LOVE OR YOU'LL BE FORCED TO LOVE WHAT YOU GET
Archives de Catégorie: Clichés/photos
Au vent mauvais…
La chaise de Sab, Nice, gildalliere, été 2022
Quel philosophe disait : « La création c’est le passage du cercle au carré » ? De la courbe que l’on trouve dans la nature à l’angle droit que seul l’esprit humain a conçu, il y aurait ainsi deux réels, l’organique et l’organisé, le naturel et le culturel, et l’une des missions de l’art, peut-être sa grande utopie, serait de les réunir et de les confronter.
Louis XVI, chapelle expiatoire, Paris, gildalliere, automne 2022
Sur la plaque en marbre noir, le testament du roi. Ce dernier, représenté dans une position extatique par le sculpteur François-Joseph Bosio, est soutenu par un ange qui lui montre les cieux. La chapelle expiatoire, dédiée au souvenir de l’exécution de Louis XVI et de Marie-Antoinette apparaît comme le vestige d’un autre temps, une enclave inattendue dans le contexte urbain du boulevard Haussmann. Un petit square encadré par de hauts immeubles , pleins des rumeurs de la ville, le soustrait au regard des passants pressés. Sans doute est-il moins propice à la rêverie et au recueillement que l’ancien jardin circonscrit dans un cœur d’îlot. Mais l’œuvre édifiée par Pierre-François-Léonard Fontaine, bâtie à l’écart des grands axes monumentaux, fut toujours discrète et introvertie dans son organisation architecturale.
La coupole de la chapelle expiatoire, Paris, gildalliere, automne 2022
L’intérieur de la chapelle expiatoire n’a pas la simplicité d’un volume centré, clairement constitué et dominé par sa coupole qu’on imagine depuis l’extérieur. On est au contraire étonné par la présence de quatre ouvertures zénithales, l’une au centre de la coupole, les autres en haut des culs-de-four : cette pluralité entraîne, par le biais du couvrement, une complexité accrue par l’emploi de divers types de caissons. Carrés dans la grande coupole, en référence au Panthéon romain et dans les voûtes secondaires, l’architecte a placé une résille de caissons octogonaux plus sophistiquée et décorative, associant ainsi dans un assemblage éclectique, davantage que deux logiques de décor contradictoires. Une polyphonie spatiale qui fait écho au morcellement du plan.
Marie-Antoinette soutenue par la Religion, par Jean-Pierre Cortot, marbre, Chapelle expiatoire, gildalliere, Paris, Automne 2022
Au centre des hémicycles latéraux de la chapelle expiatoire, les groupes en ronde-bosse, exécutés en marbre blanc, reposent sur de hauts piédestaux aux faces avant plaquées de marbre noir. Pour Marie-Antoinette, soutenue par la Religion, et sculptée par Jean-Pierre Cortot, la lettre gravée est bouleversante de justesse et de délicatesse. Le testament spirituel de la reine prouve qu’il n’y a pas d’autre explication que sa profonde dimension chrétienne pour comprendre la sérénité qui se dégage de ces mots. Son attitude face à la mort tient à des raisons terrestres et célestes, liées autant à son statut d’archiduchesse et de reine qu’à sa foi.
Air de battage, Pitsinades, Kithira, Grèce, gildalliere, été 2022
Je dois entrer dans le cercle infranchissable où il n’y a que du verre brisé, avec deux cartons que je transporte devant et derrière moi. Je passe la barrière de tessons. Et le danger de tomber dans ces morceaux coupants m’enchante terriblement. Je suis proche de l’œil du système, et je n’ai plus qu’à franchir une zone terreuse et indéterminée, où les rats courent en tout sens. Le trou est là, comme un œil éteint.
Quand la reine Elisabeth II pose les yeux fermés devant l’objectif de Chris Levine en 2004
Au revoir Madame… Vous avez su conserver la mystique de la monarchie jusqu’au bout. Vous avez toujours été un repère de stabilité dans un monde qui s’est métamorphosé. Le monde vous le rend bien aujourd’hui. Vous avez été une reine exemplaire qui se sera toujours distinguée par son sens de l’honneur. Vous avez toujours évolué, osé une sorte de second degré, tout en plaçant votre devoir au-dessus de tout et ce n’est pas le moindre des équilibres. C’est qu’au fil de vos soixante-dix ans de règne vous avez été à la fois réservée et audacieuse, vous avez su appréhender la communication moderne pour en faire un atout majeur, aidant la monarchie à ne pas sembler anachronique. Votre grand écart : imposer l’image d’une reine toujours dévouée à sa tâche, pouvant se permettre quelques facéties sans abîmer le décorum. « Honi soit qui mal y pense ». Que Dieu vous garde, Madame.
Paysage, Potamos, Kithira, Grèce, gildalliere, été 2022
Ce n’est pas un monde de repos mais d’enivrement, il suffit d’être au centre de la spirale végétale pour être emporté par l’ivresse des lumières éparpillées. Enfin l’odeur si forte de fleur et de sucrerie, protège de tous les autres désirs et isole matériellement mais aussi spirituellement le champ de toutes les prédations de la réalité.
Les rues d’Aroniadika, Kithira, Grèce, gildalliere, été 2022
Mais qui peut bien habiter cette maison ? Ce passage est le lieu idéal pour cacher un mystère ou se cacher dans le mystère de sa propre existence. Aucune ingérence, aucun contact, ni optique ni physique, et puis finalement, au bout du couloir, je respire l’air d’un monde que je ne me rappelais pas aussi coloré, aussi vivant, aussi riche. Et là, dans ce chaos sensé, il ne me reste plus qu’à fredonner. Je fredonne des tierces soutenables et évasives avec le vent, le bourdonnement des abeilles et les percussions des feuilles froissées.
Après la mort de la reine Elisabeth II, et de Jean-Luc Godard qui a eu la chance de choisir la sienne, Antigone, Électre, Hélène de Troie, Pénélope, bien-sûr, Irène Papas aura su incarner avec toute sa force de conviction et sa majestueuse beauté, les légendes de la Grèce antique. L’immense tragédienne, née elle aussi en 1926 est morte ce matin à l’âge de 96 ans. Les épopées modernes du septième art n’ont pas oublié non plus d’immortaliser le talent de l’actrice. Dans Les Canons de Navaronne elle est la farouche résistante Maria Pappadimos. Sous la direction de son mentor et ami Michael Cacoyannis, elle sera la veuve martyre de Zorba le Grec. Costa-Gavras a fait d’elle la femme du député assassiné dans son film dénonciateur Z. Et à chaque fois le jeu dépouillé de cette comédienne, dont le seul regard énigmatique signait une scène, aura marqué le cinéma. Réincarnation impeccable des personnages d’Euripide, de Sophocle, d’Homère, Irène Papas a aussi éclaboussé de ses qualités d’interprète les symphonies magiques de Vangelis et de Mikis Theodorakis. Papas était comme une présence impressionnante, fière, implacable, ses yeux sombres brûlants férocement sous ses lourds sourcils noirs.
Les rues d’Aloizianika, Kithira, Grèce, gildalliere, été 2022
Le mur s’entrouvre, la lumière le traverse. Peut-être qu’il existe une maison dans ce village dont la porte s’ouvre pour toujours ce matin aux rayons du soleil levant, et son message de lumière est alors accompli.