L’ombre cède à la lumière

Jeanne d'Arc, Nice, gildalliere, 2019.
Photo/gilles Dallière/Jeanne d’Arc/Nice

La semaine sainte a démarré avec l’incendie de Notre-Dame de Paris. Elle se termine avec la haine terroriste qui tue plus de 300 personnes au Sri Lanka. Dans les courbes géométriques de l’église Jeanne d’Arc, je vous souhaite de très heureuses fêtes de Pâques. L’ombre cède à la lumière, le sommeil ruisselle de rêves, la nuit promet l’aurore des regards confiants, les rayons de tes bras entrouvrent le brouillard. La mer est dans les yeux du ciel, mais j’ai honte du monde dans lequel je vis. Aujourd’hui, le jour de la résurrection du Christ, le jour où tous les hommes réinventent les hommes et la nature, et leur patrie, nous devrions tous, toutes religions confondues, nous embrasser.

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L’ombre cède à la lumière

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Le pouvoir de séduction

Villa Fiorentina, Nice, parc impérial, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Détail d’architecture/Villa Fiorentina/Nice

Rien n’est plus existant pour un photographe que de tomber en arrêt devant le pouvoir de séduction d’une image. Cette intimité est favorisée par des kilomètres de marche à pied. Je me suis plongé dans l’architecture du parc Imperial, celui des Russes blancs, du moins ce qu’il en reste. Aujourd’hui, une nouvelle génération d’oligarques a débarqué sur la Riviera. Plus discrets que leurs aînés, ils aiment quand même faire la fête, mais cherchent aussi à réaliser de juteuses affaires. Plongée dans un univers très secret. Fini les extravagances ? Les feux d’artifice tirés les soirs d’anniversaire des terrasses des somptueuses villas du Cap d’Antibes et de Saint-Jean Cap Ferrat ? Les virées en boîte de nuit à écluser des bouteilles de Cristal Roederer et de Dom Pérignon rosé ? Les écuries de Rolls et de Bentley ?
Leur plus grand plaisir est de promener les enfants en poussette, le long des rues ombragées de pins et de palmiers. Les premiers arrivants payaient l’addition au restaurant avec des liasses de billets. Ils sortent une carte American Express Platinium. Il y a 20 ans une villa se vendait 20 millions d’euros, on écarquillait les yeux, la même atteint aujourd’hui 100 millions d’euros et on ne s’en étonne même plus.

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Le pouvoir de séduction

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Des jus de paysages

Galerie des Ponchettes, Adrien Vescovi, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

À la galerie des Ponchettes, Adrien Vescovi réalise ses propres couleurs à partir de décoctions de plantes et de minéraux, créant de véritables jus de paysages. De l’exposition de ses toiles aux vents, aux rayons de la lune et du soleil, aux phénomènes d’oxydations, surgissent des teintes ou des formes primitives habitées par la mémoire de leurs différents états d’existence. L’ordonnance géométrique, suspendue à différentes hauteurs, rythme l’espace contredit par la souplesse des toiles libres et l’expérience sans cesse renouvelée des couleurs. Face à la mer, soumises aux vents, au soleil et aux intempéries, elles se chargent de la mémoire des météores.

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Inspirante authenticité

Maman, portrait, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

Chère Maman, j’aime te faire poser, et même si tu bouges tout le temps, j’aime saisir les passions qui se sont incrustées sur ton visage. Ton œil vert voltige sur les fatigues de ton âge, et mille rides laissent voir ton sourire. Nulle mollesse dans ta figure, mais de la bonté. Parfois, tu sembles avoir connu toutes les tragédies possibles et avoir gravi, comme autant de marches, la peine et la souffrance, mais tu souris pour escroquer ta solitude, pour continuer à vivre, pour croire que tout ne va pas si mal. Aujourd’hui, même si ta mémoire est devenue aussi distante qu’une déesse, tu as pris de la dignité et une beauté pure et calme qui te va bien.

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Autoportrait, ou les métamorphoses du regard

Moi, par Miguel Chevalier, Machine vision, Art Fair, Grand Palais, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

À la galerie Lélia Mordoch, mon visage, face à l’œil de la machine de Miguel Chevalier, se compose, se décompose, se recompose, se dématérialise en temps réel, un véritable bouleversement. Je me déplace dans un monde virtuel, je cadre l’écran, miroir de mon avatar. Le pointillisme, l’impressionnisme, le cubisme sont à l’honneur grâce aux algorithmes de Voronoï et de Delaunay, deux maillages cybernétiques qui tesselisent en temps réel. Au Grand Palais Paris Art Fair, dans un univers saturé d’images, je me perds tel Icare, fou d’infini, jusqu’à ma disparition.

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Point de vue

Thomas Schütte, Monnaie de Paris, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

À l’étage du 11 Conti Monnaie de Paris, en plein milieu de la salle Dupré, j’entre dans la « Kristall II » de Thomas Schütte. J’y pénètre pour voir, tout en observant les points de vue choisis par l’artiste allemand sur la toile marouflée du plafond peint par Jean-Joseph Weerts en 1892. Les flammes du crépuscule s’évanouissent dans les ors des moulures. Le lustre en cristal trace un sentier fictif entre la toile et les planches de bois clair serties de cuivre. C’est comme la scène d’un théâtre quelques secondes avant le lever de rideau. Tout au long de la visite, la céramique, la cire, le dessin, la peinture, l’architecture, participent d’un mouvement incessant qui absorbe et renouvelle les problématiques et les formes des matériaux les plus traditionnels aux techniques les plus pointues, de la maquette à l’architecture grandeur nature, de la miniature à la sculpture monumentale.

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Abyss

Détail 2, Alain; gildalliere, 2011
Photo/Gilles Dallière

Le corps danse, libre devant mon objectif, noyé dans ce flou volontaire. Ici, j’affirme autant l’existence physique que je mets en doute la vérité de ce corps que j’ai asexué. La photographie est sous-exposée et grâce à la lenteur du mouvement, une trajectoire visuelle prend forme. Elle va du blanc transparent à l’opacité des noirs. De la présence à l’absence. Le noir englouti les notes saccadées du piano de Ryuichi Sakamoto, le temps ralenti ce qu’il reste de la lumière sur le lâcher-prise de la main grande ouverte. L’espace est mesuré.

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Courants d’air

Calder, Picasso, gildalliere, Paris, 2019
Photo/Gilles Dallière

Alexandre Calder, selon les termes de Jacques Prévert est l’horloger du vent. À l’hôtel Salé, les plafonds s’ornent des gammes et des accords de mouvements inconnus. Calder sculpte l’abstraction du vide. Il redessine l’espace. Une idée merveilleuse qui n’a de prise sur rien sinon sur l’air et les forces qui s’opposent, les énergies qui se balancent, les poids et les contrepoids qui s’appellent et se contredisent. L’imagination se réjouit de ces formes pures qui s’échangent à la fois libres et réglées, suspendues à presque rien, échappant à la pesanteur, ne s’équilibrant que par leur déséquilibre. Jusqu’au dimanche 25 août, à Paris, il y a de la poésie dans l’air.

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Entre les lignes

Réflexion, Frédéric Vayr, Ivry, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

À un âge pas encore amer, mais plus tout à fait insouciant, je passe beaucoup de temps à observer les visages car ils me racontent des histoires. Derrière les traits de l’ophtalmologiste il y a les marques de la vie d’un autre visage et l’espace-temps de ces deux profils représente bien plus qu’un simple moment. Dans ce reflet, il y a une vraie histoire, celle de l’artiste, de l’instant où l’essence humaine va se libérer. Entre yin et yang, entre ciel et ciel, derrière cette imprécision lumineuse, j’ai tenté de capturer sa sensibilité, ses questionnements et l’ombre qui les voile déjà. Elle suit son regard fixe puis s’arrête avec pudeur dans cet entre-deux, prêt à se délier et à se perdre dans la lumière de l’autre.
fredericvayr.art

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Entre les lignes

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J’ai rêvé

Géométries sud, fondation cartier, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

Jorge Luis Borgès a dit : « j’ai rêvé la géométrie, j’ai rêvé la ligne, j’ai rêvé le plan et le volume. Le jaune, le rouge et le bleu. J’ai rêvé les mappemondes et les royaumes et le deuil à l’aube ». Hier après-midi, j’ai rêvé dépasser cette géométrie unique et je me suis perdu dans l’entre deux. J’ai rêvé de beauté, j’ai rêvé de bonheur, j’ai rêvé de se qui se voit parce qu’un nuage a disparu. J’ai rêvé de ce qui doit changer parce que des raisons fortuites entraînent ce changement. J’ai rêvé du reflet de la beauté et de l’élan de vie, j’ai rêvé…

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J’ai rêvé…

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